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Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 23:17

Les économistes qui n’ont pas vu les crises arriver dissertent doctement sur les mesures à prendre pour nous en faire sortir.

Une pincée de rigueur par-ci, une dosette de relance par là, les deux en même temps pour ne pas plomber l’emploi, tout est envisagé, mais toujours dans le cadre des vieilles recettes où la finance, le néolibéralisme et le statu quo sont érigés en dogme.

Cela concerne l’Etat, et depuis peu les collectivités locales dont on nous dit qu’elles sont les mauvaises élèves de la classe, qu’elles recrutent des fonctionnaires à la pelle quand l’Etat, vertueux, ne remplace pas un fonctionnaire sur deux partant en retraite, et qu’elles se ruinent en dépenses de prestige.

Au passage, ces attaques ne sont que le contrepoint de l’échec  de la loi sur la réforme des collectivités locales qui s’est fracassée sur le réalisme politique des élus qui tiennent à leur pouvoirs, leurs petits mandats et leurs petits cumuls et qui s’est traduit par un changement de majorité historique au Sénat.

La chasse aux fonctionnaires territoriaux est ouverte 

Les purs et durs mettent en avant la recherche d’économies d’échelle et on lit en filigrane « moins de fonctionnaires territoriaux », c'est-à-dire la même recette que celle que l’Etat applique, qui ne résout rien et qui dégrade le service public (Education, justice police, concurrence et consommation, etc…).

Afin de contraindre ces collectivités à aller vers ce modèle, on envisage (le député Mariton) que l’Etat pourrait « moduler » ses concours et dotations en fonction de la maîtrise des effectifs, seule variable d’ajustement pour les défenseurs de l’émiettement territorial, c'est-à-dire de nos 36000 communes, 101 Départements, 22 Régions et 14000 Etablissements Publics de Coopération Intercommunales (Communautés et communes et syndicats divers).

Cela coûte cher bien sur, mais en aucun cas la diminution des effectifs de fonctionnaires n’apportera de réponse satisfaisante, mais elle augmentera surement le chômage.

Diminuer le nombre de collectivités en regroupant les Communautés de communes, les syndicats intercommunaux, par exemple et en supprimant les départements (en confiant ses compétences à la Région et aux intercommunalités élargies), constitue la base de départ de réalisation d’économies d’échelles.

Les tenants de la diminution des effectifs verront dans cette proposition la consécration de leur théorie sur la diminution des effectifs, pour eux unique vecteur des économies d’échelle, sans chercher plus loin.

La pensée unique locale

Nous avons en France la moitié des ronds points d’Europe : d’où nous vient ce suréquipement ? Pas exclusivement du souci pour les élus locaux d’assurer la sécurité de leurs concitoyens, mais beaucoup de la prépondérance des lobbies du B.T.P., très présents au travers de leurs organisations syndicales et de leurs bureaux d’études qui proposent des ronds point clés en mains aux élus, toujours soucieux du maintien de l’emploi. « L’investissement, c’est bon pour l’emploi », ce crédo est très largement répandu parmi les élus qui ne veulent pas, par conformisme, par faiblesse vis-à-vis de ces lobbies, reconsidérer leur politique d’investissement.

Combien faudra t-il de nouveaux ronds points, d’aménagements urbains coûteux et pas toujours utiles (chicanes, candélabres, barrières, poteaux, etc…), de déviations qui ruinent l’environnement avant qu’on se rende compte qu’il y a peut-être mieux à faire, que les solutions qui consistent à contraindre l’automobile en milieu urbain et à faciliter son expansion en zone rurale, au nom du fameux aménagement du territoire, sont totalement antinomiques ?

Au travers de cet exemple des ronds points, transposables aux autres investissements, à l’entretien des locaux publics, qui nécessite forcément la reconduction d’un contrat annuel, au transport des personnes à mobilité réduite dans le petit périmètre d’une intercommunalité, au transport des élèves à la piscine d’une seule commune, on se rend compte du conformisme des élus et surtout du poids des lobbies sur leurs décisions.

Les véritables économies d’échelle

Elles nécessitent un changement radical de la part des élus concernant l’intercommunalité qui permettra de faire des économies financières par une mutualisation des services et des investissements sur un périmètre plus grand. C’est tout simple, mais cela évitera qu’un prestataire facture deux fois la même chose à deux petites structures locales (le matériel d’enlèvement des ordures ménagères par exemple). La dispersion des contrats ne favorise pas les économies d’échelle.

Elles passent par la fin de l’emprise des lobbies professionnels sur les décisions des élus, ce qui n’est pas le plus simple quand il s’agira de leur expliquer qu’on ne fait plus de ronds points par exemple : cela s’appelle le courage politique.

Elles obligeront les élus qui souscriront à ce schéma à réfléchir au redéploiement des salariés dont les emplois sont appelés à disparaître ou se transformer que ce soit dans le secteur public ou dans les entreprises privées : le développement des emplois de service à la personne constitue un gisement important.

Dans ce cadre territorial et de pensée élargis, les économies financières réalisées trouverons à être redéployées vers des investissements d’avenir : l’enseignement supérieur, la recherche et développement, le développement des entreprises exportatrices, les investissements structurants (haut débit, transports collectifs interrégionaux,…) et non plus vers les ronds points et chicanes.

Ce serait la fin des particularismes et des égoïsmes locaux, des petits investissements de confort qui favorisent les réélections, le début d’un mode de pensée différent.

Serait-ce trop demander aux décideurs de modifier leur manière de penser, d’arrêter de taper sur les fonctionnaires, par facilité, et de faire preuve d’un peu d’imagination et de courage ?

Par ielosubmarine - Publié dans : collectivités locales - Communauté : Collectivités locales
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 10:19

Ouest France du 17 décembre consacre un article à Jean Pierre Dagorn « héraut » de la lutte contre la ligne A du VAL à Rennes dans les années 90.

L’intéressé considère aujourd’hui que le métro correspond aux attentes des rennais et encourage désormais la construction de la seconde ligne.

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs, mais ce qu’il faut peut être rappeler, c’est le climat particulier (et parfois violent) qui régnait à l’époque autour de ce projet puisque ce fut une véritable stratégie politique contre le Maire de Rennes pour le déstabiliser.

Le côté le plus visible, ce furent trois conseillers généraux élus au Conseil Général en 1992 sur un programme anti-Val et non pas sur des compétences départementales, c’est-à-dire qu’à l’époque on a entretenu la confusion entre les compétences de deux collectivités, la ville et le Département et on a de fait pris les électeurs pour des imbéciles.

Ces trois Conseillers généraux anti-Val, qui n’ont fait qu’un petit tour à l’Assemblée départementale, n’étaient pas les plus actifs dans les débats  de cette assemblée mais étaient toujours là lorsque les dossiers concernaient la ville de Rennes : on pouvait alors s’attendre à des prises de paroles vigoureuses contre le « projet démagogique, coûteux et inutile, qu’un tramway pouvait remplacer », sous le regard complaisant du Président du Conseil Général de l’époque dont l’opposition à Rennes (surtout aux élus socialistes) ne s’est jamais démentie.

Voilà pour le côté public du débat. Côté coulisses, on rappellera que la subvention initiale de l’Etat pour ce projet de métro rennais avait été fixée à 500 Millions de Francs, mais qu’elle fut ramenée à 385 Millions, et que les multiples pétitions et recours intentés contre le projet ont fait perdre un temps précieux et on renchérit notablement son coût.

De cela M. Dagorn ne parle plus. Il préfère parler de passion pour le dossier, là où la motivation première était le combat politique et pas l’intérêt du citoyen. Il dit également « qu’être contre le Val à l’époque, c’était très populaire », là où je ne vois pour ma part qu’instrumentalisation des électeurs et populisme.

L’histoire lui a donné tort et le Val « répond à une demande des rennais » comme il le reconnait lui-même, tardivement, mais il reste un goût amer : beaucoup d’argent, de temps et d’énergies qui auraient trouvé à être mieux utilisés pour le bien des citoyens, ont été perdus définitivement.

Cette façon de faire de la politique est exécrable et non respectueuse du citoyen qu’elle utilise à des fins politiciennes en ne faisant pas le pari de l’intelligence. Elle affaiblit la démocratie.

Par ielosubmarine - Publié dans : collectivités locales - Communauté : Collectivités locales
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 20:59

"La police vous parle tous les soirs à 20 heures"

Ce slogan de mai 1968 agrémentait un dessin où l’on voyait un policier en uniforme devant le micro de l’ORTF était destiné à mettre en lumière l’emprise du pouvoir politique sur les médias de l’époque. Le gouvernement faisait alors pression sur les patrons de presse (écrite et audio visuelle) pour minimiser les « évènements » et distiller au bon peuple une information aseptisée.

Plus de ça aujourd’hui ! La presse est libre, officiellement au moins.

Les choses se passent de manière plus feutrée : en haut de l’édifice, il y a le pouvoir qui nomme désormais les présidents de chaînes publiques et pour les chaînes privées ou pour la presse écrite, il n’y a pas trop de problème surtout lorsque l’on constate que beaucoup de titres sont  entre les mains d’amis politiques ou tout du moins de patrons de presse bienveillants cherchant davantage à vendre leurs journaux qu’à s’opposer ouvertement.

Lorsque l’on décline les choses au niveau des rédactions, force est de constater que les trublions, les enquêteurs maladroits (ceux qui mettent en cause le pouvoir), ou tout simplement ceux qui souhaitent exercer leur métier dans le respect de règles déontologiques doivent se conformer aux lignes éditoriales s’ils veulent conserver leur gagne pain. La clause de conscience n’est ainsi que peu utilisée.

La télévision est en première ligne de ce système de soumission et de prudence et les journaux télévisés de 13 ou 20 heures, obligés qu’ils sont tout de même de faire des sujets sur la crise, sont toutefois très friands d’informations ou d’évènements relevant du fait divers, qui ne manquent pas.

Crimes, délinquance, agressions de toutes sortes tiennent une place importante dans les journaux télévisés et obéissent à un scénario bien rodé :

1 – L’exposé des faits par le présentateur du journal avec la gravité qui convient

2 – L’envoyé spécial sur le terrain qui rappelle les faits, ne sait pas grand-chose et  brode (sur fond d’images pas toujours en rapport avec l’évènement et de gyrophares).

3 – L’interview d’un voisin ou d’une voisine qui n’a pas vu, ou entendu grand chose, mais qui avec une émotion palpable et compréhensible, ajoute souvent à la dramaturgie.

4 - L’interview d’une « autorité » (procureur, officier de sapeur pompier, capitaine de police ou de gendarmerie) qui rappelle les mêmes faits en langage administratif et technique froid.

5 – Souvent, désormais, nous avons également droit à une intervention d’un représentant d’un syndicat de policiers qui donne sa version protectrice (lorsque des représentants de l’ordre sont mis en cause) ou revendicative, à chaud, et pas toujours objective. On se demande pourquoi les journalistes continuent à les interviewer.

6 – Enfin, pour les évènements les plus dramatiques, nous avons droit (surtout en période pré électorale) à la visite sur place, du Ministre de l’Intérieur, voire du Président de la République en personne, qui  annonce  généralement le renforcement du dispositif répressif par le vote prochain d’une nouvelle loi en omettant de parler de celles qui existent déjà et qui ne sont pas appliquées faute de moyens ou de décrets signés.

C’est ainsi, les journaux télévisés se contentent de renouveler paresseusement à chaque fois ce type de scénario. Comment refuser une belle image à un ministre de l’intérieur qui se déplace spécialement sur le terrain ? On ne donnerait pas cher de la peau d’un rédacteur en chef qui refuserait de mettre à l’antenne l’intervention dudit Ministre.

Pour ceux qui n’auraient pas envie de s’endormir immédiatement et qui voudraient voir et revoir de belles images de la police, de gyrophares, de descentes musclées dans les banlieues ou de poursuites de délinquants sur les autoroutes, il y a aussi des chaînes privées de télé qui se sont fait une spécialité de la diffusion et de la rediffusion à 20 h 30 de ces belles images, généralement tournées la nuit, et où il n’est pas possible de distinguer grand-chose à cause du floutage (des policiers, des délinquants présumés, des plaques d’immatriculation et des façades d’habitation, des témoins,…) . Qu’importe, dans ces cas là un bon commentaire vaut toutes les images et cela conforte le citoyen dans l’idée qu’il est bien protégé, même si, RGPP oblige, les moyens attribuées à la police et à la gendarmerie diminuent chaque année.

Cette situation est-elle nouvelle, et le pouvoir en place est-il le premier à vouloir utiliser le système médiatique et policier à son profit ?

Certes non, et ce serait manquer d’objectivité que de dire que cela n’existait pas auparavant. Un exemple célèbre d’autocensure  médiatique et d’utilisation de moyens policiers pour son profit privé (masquer sa double vie) nous a été donné sous le règne de F. Mitterand.

Par ielosubmarine - Publié dans : Coups de gueule en vrac
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 16:35

Sous la pression des « marchés », l’Europe s’apprête à adopter un nouveau traité renforçant les règles d’équilibre des budgets nationaux, autrement dit la mise en place de politiques de rigueur. Les agences de notation, devenues le bras armé des marchés pour contraindre les états à plus de rigueur budgétaire maintiennent une pression quotidienne sur les politiques, d’autant plus effarés que se profilent des échéances électorales, en France et en Allemagne, notamment. Les dirigeants de ces deux pays mais aussi les opposants qui se situent dans une logique libérale font profil bas et nous annoncent quasiment chaque semaine une « réunion de la dernière chance » censée résoudre les problèmes structurels des états, c'est-à-dire l’endettement chronique, la faiblesse du secteur financier et l’absence de perspectives de croissance.

La perte de crédibilité des politiques en place

Les choses sont désormais bien établies : le politique ne dispose plus d’aucune marge de manœuvre et la différence entre droite et gauche classique se résume à quelques « marqueurs » qui ne remettront pas en cause le régime sec auquel les citoyens seront soumis.

Alors, faut-il aller voter, continuer à croire que les choses peuvent encore changer, se choisir un nouveau Prince qui nous racontera de belles histoires pendant cinq ans pour nous dire au terme de son mandat qu’il n’a pas pu mettre en œuvre ses promesses de campagne à cause de la « crise »? La question mérite d’être posée d’autant que sept pays européen on voté ou se sont dotés de gouvernements d’opposition suite à des élections ou à la démission des exécutifs en place (Grèce, Espagne, Portugal, Italie, Irlande, Grande Bretagne, Slovaquie). Ce que l’on remarque, c’est que ce sont les partis traditionnels d’opposition qui ont remporté la mise ou bien ce sont des gouvernements « d’union nationale » allant de la gauche à l’extrême droite qui ont été mis en place. Autant dire que la réponse citoyenne n’a pas été à la hauteur des enjeux.

Pour l’instant, donc, l’électeur se comporte comme le lapin pris dans les phares d’une automobile, c'est-à-dire qu’attiré par la lumière, il ne sait plus où aller et finira par se jeter sous les roues des marchés en croyant se sauver.

La vraie gouvernance n’est plus décidée démocratiquement et la pression sur le politique s’exerce avant tout de la part de nébuleuses, de think tank et d’organismes divers qui dictent désormais aux gouvernements les politiques à mener.

Après l’Etat, les collectivités locales ?

Soyons donc prêts dans les mois qui viennent à subir la rigueur, de gauche ou de droite, rigueur qui touchera tout le monde et un peu moins les plus aisés si la droite conserve le pouvoir et surtout pas les exilés fiscaux qui continueront à se dorer la pilule à nos frais . A nous donc les augmentations de taxes de toutes sortes (TIPP, TVA,) les privatisations des services publics qui restent encore debout contre vents et marées et la RGPP qui les prive des moyens nécessaires à l’exécution de leurs missions (éducation, justice, police, concurrence et consommation, etc…).

Prochaine étape, la RGPP dans les collectivités locales, choisie par les exécutifs qui adhèrent aux thèses libérales ou subies par les autres qui verront leurs dotations d’Etat fondre comme neige au soleil et seront bien obligés de réduire leurs dépenses de fonctionnement ou se résoudre à accepter les fusions de collectivités, ce qu’ils refusent obstinément (et bêtement, selon moi) jusqu’à présent.

C’est le souhait émis par l’O.F.C.E. (Organisation de Coopération et de Développement Economique) qui déclare que le regroupement des petites communes et la suppression de l’échelon départemental pourraient engendrer des économies d’échelle substantielles : toujours cette idée fixe d’économies budgétaires, mais rien comme d’habitude sur la qualité du service public et les attentes du citoyen.

Alors, le citoyen, il est où ? Mis sous tutelle par les politiques, méprisé, ignoré par ceux qui décident pour lui sans avoir reçu un quelconque mandat, il semble arrivé au bout de la réflexion, mais tétanisé, il hésite encore à employer des moyens expéditifs : jusqu’à quand ?

 

 

Par ielosubmarine - Publié dans : Coups de gueule en vrac
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 22:09

Cette expression qui associe deux mots a priori contraires est largement utilisée dans les commentaires de la presse écrite et audiovisuelle.

 

Dernière utilisation en date, il y a quelques jours sur France Inter à propos du désaccord entre les Verts et le Socialistes sur le nucléaire : Eva Joly a été recadrée par les « professionnels de la politique ».

Il est curieux de constater que le citoyen accepte que son quotidien et son avenir soit entre les mains, non pas d’élus censés les représenter et les défendre dans les instances démocratiques, mais dans celles de salariés de la république en Contrat à Durée Indéterminée avec une forme de contrat de travail très avantageux. Ils sont la face visible de ces professionnels de la politique dont on parle, la face cachée étant ceux qui peuplent les allées des partis politiques.

Le peuple souverain ne l’est donc pas tant que cela. Il faut dire que c’est un peu de sa faute au peuple souverain puisque c’est tout de même lui qui envoie par son vote les mêmes élus depuis bien longtemps et qui leur permet de cumuler allègrement des mandats.

C’est juste un article dans mon quotidien régional paru le 23 novembre qui m’a fait prendre conscience réellement de ce problème qui mine notre démocratie.

Les cumulards/professionnels de la politique

Deux élus de l’Ille-et-Vilaine répondent à mon sens à cette appellation de « professionnels de la politique ».

L’un (Pierre Méhaignerie) est entré en politique en 1973 comme député et l’est toujours. Dans les intervalles de son mandat de parlementaire, il a été Ministre (garde des sceaux, Equipement, Agriculture). Il est en outre Maire de sa commune depuis 1977 sans interruption, a été conseiller général (et Président pendant une longue période de cette collectivité) de 1976 à 2001, sans parler de la Présidence d’une communauté de communes depuis 2002 et pendant deux ans conseiller régional.

Le second, (un socialiste pour équilibrer) a un palmarès un peu moins fourni, mais présente lui aussi la caractéristique d’être élu (depuis 30 ans), sans discontinuer à l’assemblée nationale et d’y avoir des responsabilités dans le secteur de la défense nationale. Il a été conseiller général de 1976 à 1994 et conseiller municipal depuis 1977. Il s’agit de Jean Michel Boucheron, plus jeune que son collègue Méhaignerie, ce qui lui laisse sans doute l’espoir de pouvoir durer encore dans la carrière politique. C’est sans doute le sens de son combat local actuel puisqu’il est en concurrence avec un autre socialiste pour l’investiture dans une circonscription nouvellement créée.

Au-delà de ce constat, peu glorieux pour la démocratie, pour la parité hommes femmes et le renouvellement du personnel politique, force est de constater que ces élus, « professionnels de la politique », dont on se demande comment ils peuvent assumer tous leurs mandats, sont totalement coupés de la société qu’ils sont censés représenter dans sa globalité.

Ils vous diront, ou pas…

Ils vous diront que le mandat local leur permet d’être en prise avec la population et leur permet bien entendu d’être plus performants au Parlement en oubliant de vous parler de l’absentéisme chronique qui mine les assemblées.

Ils ne vous diront pas par contre que leur « carrière » dans des mandats locaux et nationaux les obligent à composer avec les lobbies de toutes sortes qui œuvrent dans les couloirs des différentes assemblées en leur faisant savoir qu’en ne votant pas les dispositions souhaitées ou en n’ayant pas localement une politique hardie d’investissements (par exemple en matière de routes et de ronds points), ce serait très mauvais pour l’emploi (sous entendu que les élus porteraient la responsabilité de licenciements ou de délocalisation d’activités).

Ils ne vous diront pas non plus que leur survol de dossiers, lié au papillonnage d’une assemblée à l’autre, est compensé par des assistants, personnels de cabinet  et experts de toutes sortes liés aux partis et payés aussi par la collectivité publique qui sauront leur dire en quel sens voter sur des dossiers qu’ils n’auront pas eu le temps d’étudier. On voit là une autre limite à la démocratie représentative qui est la notre.

La réserve parlementaire

Voilà donc décrites quelques recettes pour durer. Il y en a d’autres, comme cette fameuse réserve parlementaire, autrement dit une somme de 150 Millions d’euros répartie entre Députés et Sénateurs et qui leur permet de donner des « coups de pouce » à des projets locaux ou à des associations selon des critères obscurs dont la finalité ne doit pas toujours  être loin du « coup de pouce » en retour lors des élections suivantes.  

S’agissant du Département d’Ille et Vilaine on saluera la transparence affichée par tous les parlementaires sur le montant de la réserve attribuée et son utilisation (dans les grandes lignes), tous sauf un (Pierre Méhaignerie) qui a refusé de communiquer sur le sujet. On peut le comprendre lorsqu’on remarque que les parlementaires de droite disposent d’enveloppes trois à quatre fois plus importantes que leurs collègues de gauche et que sa position de Président d’une commission parlementaire lui permet sans doute d’émarger à un montant bien supérieur et ainsi s’attirer les bonnes grâces des relais locaux pour les prochaines élections.

Saluons l’honnêteté de J. M. Boucheron qui parle de « système électoraliste peu transparent » et qui n’utilise plus la réserve qui lui est attribuée.

La déconnection du réel

Enfin, ils n’avoueront pas que, n’ayant plus aucune vie professionnelle, ils ne sont sans doute pas les mieux à même d’appréhender ce qui se passe au quotidien dans les entreprises, les usines et les administrations, que leur statut de « professionnels de la politique »et les avantages qui vont avec les font vivre sur une autre planète, et que leurs votes sont parfois déconnectés de la réalité.

Un exemple : pour financer la remise en cause du 4ème jour de carence dans le privé (200 millions), il n’est pas venu à l’idée de M. Méhaignerie de proposer la suppression de la fameuse réserve parlementaire. Cela aurait pourtant eu un certain panache !

Réformer le système

Pour mettre fin à ce genre de « mandat à vie », il faut bien entendu modifier les règles, en interdisant le cumul de mandats aux parlementaires et en interdisant plus de deux mandats successifs au Parlement. Cela permettrait aux intéressés de renouer épisodiquement avec une vie professionnelle et de rentrer dans le droit commun des rémunérations et des pensions de retraites, de goûter aux joies des journées de carence en cas de maladie, d’être exposés aux aléas de la vie des entreprises avec les plans sociaux qui vont avec, bref, de tester au réel les lois votées et de revenir dans la communauté des citoyens « normaux ».

Par ielosubmarine - Publié dans : Coups de gueule en vrac
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