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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 09:56

Dans quelques mois auront lieu les élections municipales et les européennes. Comme d’habitude, les soirs d’élections, les ténors des partis qui penseront avoir gagné, défileront dans les médias pour dire que « ces élections sont une très grande victoire pour le parti et marquent le rejet des français pour la politique menée par les perdants ».

C’est ainsi, la langue de bois sera de sortie, mais s’il est un point dont il ne sera que rarement question, ce sera l’abstention et on se mettra en avant des pourcentages de voix obtenues par rapport aux votants, mais jamais ceux obtenus par rapport aux inscrits.

Quelques chiffres sur l’abstention…

De 1979 à 2000, aux européennes, l’abstention est passée de 39 à 59 % des électeurs inscrits. Aux législatives (1ers tours) elle est passée de 29 à 49 % de 1981 à 2012. Pour les régionales, l’évolution passe de 25 à 53 % entre 1986 et 2010. Pour les municipales (1ers tours), on est passé de 20 à 35 % entre 1983 et 2008 et pour les cantonales de 44 à 55 % entre 2001 et 2011.

La seule élection jusqu’ici préservée par des abstentions massives est la présidentielle puisque l’abstention n’est que de 19 % aujourd’hui contre 14 % en 1981.

Les raisons principales

La présidentielle est le grand rendez-vous des Français et les choses paraissent simples : deux candidats au second tour et une couverture médiatique énorme qui rappelle à chaque instant aux électeurs à coup de petites phrases et d’évènements médiatiques les enjeux ou supposés tels. La circonscription électorale est le Pays et non pas une subdivision territoriale.

Pour les municipales, la circonscription électorale est bien connue également, mais pour cette élections, d’autres facteurs interviennent pour expliquer l’augmentation des abstentionnistes : le mode de scrutin selon la taille de la commune avec ses exigences en terme de parité qui peuvent parfois conduire à la présence d’une seule liste, l’obligation de listes complètes sans possibilité de panachage, l’émergence de l’intercommunalité qui fait prendre conscience aux électeurs que tout ne se décide plus à l’échelon communal. On peut également citer la politisation des élections pas toujours souhaitée par les électeurs ainsi que l’apport de populations nouvelles dans des communes périurbaines ou rurales, peu impliquées dans le local.

S’agissant des législatives qui interviennent juste après les Présidentielles, les abstentionnistes considèrent sans doute que l’essentiel a été fait lors de la Présidentielles et que l’assemblée nouvelle aura forcément la couleur du Président élu. C’est un facteur de démobilisation, surtout pour les électeurs des petits partis qui hésiteront à se déplacer. La taille et les contours des circonscriptions électorales législatives découpées afin d’obtenir le plus de sièges possibles tiennent aussi un rôle dans l’abstention : le système n’est plus compréhensible par l’électeur.

C’est peu de dire que les européennes ne sont que peu prisées par les électeurs, pour le mode d’élection bien sûr (taille et contour des circonscriptions électorales) mais aussi en raison du rejet croissant des institutions européennes, de leur bureaucratie et de leur incapacité à entraîner les pays dans la voie de la régulation sociale et financière. On peut s’attendre à des taux d’abstention record en juin prochain.

Les régionales, en l’absence de compétences claires et non partagées avec d’autres niveaux de collectivités et aussi de la méconnaissance de l’institution régionale, de création récente, ne passionnent pas les foules. Le mode d’élection (par circonscription départementale) même s’il permet de dégager des majorités pour gouverner ne facilite pas la mobilisation de l’électeur.

Enfin, les cantonales détiennent un taux d’abstention voisin de celui des européennes. A cela plusieurs raisons : les découpages de circonscriptions favorisant le secteur rural et rarement en prise avec les bassins de vie, et l’image même de l’institution départementale battue en brèche par une intercommunalité très présente. Ajoutons également que l’idée de canton en zone urbaine est une hérésie et se confond pour l’électeur avec la notion de quartier. La réforme en cours (nombre de cantons divisé par deux pour élire des couples homme/femme dans une même circonscription attirera t’elle les électeurs partisans de la parité ? On en doute, tellement l’image du Département s’estompe au profit des intercommunalités et de la Région.

D’autres raisons…

On pense immédiatement au comportement de la classe politique, prompte à faire des promesses qu’elle ne tiendra pas, ou à critiquer lorsqu’elle est dans l’opposition, des mesures qu’elle envisageait elle-même de mettre en place (la TVA, par exemple).

La dé-crédibilisation de la classe politique est à son zénith en France et l’électeur comprend de mieux en mieux que les promesses sont illusoires dans un environnement économique et financier plus que contraint : le vrai pouvoir n’est plus détenu par les politiques, mais par la nébuleuse financière et économique internationale ou bien par des institutions supra nationales (Europe, O.M.C.,…).

Les partis en devenir (?) qui nous promettent des lendemains qui chantent surfent sur ce mécontentement en n’ignorant pas les limites de leurs discours. Ils obtiendront peut-être quelques succès limités avant de se fondre dans l’anonymat de la classe politique installée.

Chaque parti, chaque élu ou chaque candidat est considéré aujourd’hui par l’électeur comme un outil de prise du pouvoir et moins comme un lieu de résolution des problèmes. Cette perte de confiance dans la classe politique explique l’évolution à la hausse de l’abstention.

Enfin, il faut bien noter l’incompréhension croissante de l’électeur face au nombre de couches administratives. Plus personnes n’y comprend rien entre la commune, la communauté de communes et bientôt les métropoles, les syndicats intercommunaux, le Département, la Région, l’Etat, l’Europe.

Le système est vu aujourd’hui comme une hydre chargée de collecter l’impôt tout en apportant des réponses incomplètes et rejetant sur l’autre la responsabilité des refus.

La nature même de la classe politique française, centrée sur la prise de pouvoir, la possibilité de cumuler les mandats pour faire carrière ainsi que l’accumulation des strates administratives, outil indispensable de recyclage des élus nationaux désavoués ou en fin de carrière explique la situation française faite de discours, de promesses et d’exclusion des citoyens qui n’y comprennent plus rien et se désintéressent de la vie de leurs institutions.

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