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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 07:59

Si la modification des rythmes scolaires faisait a priori consensus à l’origine, il semble qu’à l’instar de toute autre réforme en ce moment, elle soit fermement combattue et ce, pour des motifs pas toujours en lien avec l’intérêt des élèves.

C’est pourquoi il faut être prudent sur les contours et les motivations de ce combat qui s’ajoute aux autres « révoltes » et « contestations » actuelles : bonnets rouges, verts ou jaunes, la force du symbole est bien là pour assurer une bonne couverture médiatique au risque de faire récupérer ces mouvements par d’autres aux motivations plus obscures.

S’agissant des rythmes scolaires, les revendications sont plus complexes. Si beaucoup étaient d’accord pour revenir sur la semaine de quatre jours, les modalités étaient loin de faire consensus.

Le poids des lobbies

Les syndicats des hôteliers et des voyagistes ont obtenu ce qu’ils voulaient, à savoir qu’il ne fallait pas toucher au sacro-saint week-end, dont la suppression aurait sans doute également provoqué « des dizaines de milliers de licenciements » dans la branche. Alors exit le samedi matin comme jour scolaire, même si les adeptes du week-end à la mer ou à la campagne ne représentent qu’une infime partie des parents d’élèves. Les lobbies ont bien fait leur travail et les élèves doivent donc travailler le mercredi matin alors que le samedi matin aurait semblé plus opportun pour leur bien être.

Les enseignants, les parents et les intervenants communaux

Les revendications des intervenants communaux ou associatifs qui organisent et encadrent les activités hors du temps scolaire peuvent être légitimes et il faut les entendre. Une réforme de cette envergure nécessite une organisation sans faille, un temps d’adaptation et des moyens, pas toujours au rendez-vous, certaines communes étant tentées de faire le minimum.

Les revendications des enseignants sont parfois plus difficiles à cerner et mettent souvent en avant l’intérêt des enfants, argument bien commode parfois et qui peut masquer des revendications catégorielles plus classiques sur l’organisation du temps de travail des enseignants (5 jours au lieu de 4 dans la réforme Sarkozy).

Certains parents suivent le mouvement de protestation, d’autres pas. C’est selon : l’organisation varie d’une commune à l’autre et le suivisme politique n’est pas étranger aux attitudes.

La « fronde » des élus locaux

La réforme adoptée, il a fallu convaincre les élus locaux de mettre en place des activités permettant de meubler les temps libérés dans les autres journées par l’ajout du mercredi et c’est là que les choses ont commencé à déraper et que le clivage gauche/droite, même s’il n’est pas absolu en l’espèce, a ressurgi fort opportunément.

Ce clivage peut être illustré par l’appel d’une cinquantaine de maires classés à droite qui en appellent à la désobéissance s’agissant de la mise en œuvre de la loi. Nous avions eu il y a quelques mois un tel mouvement de refus en ce qui concerne le mariage pour tous. Ce qui doit inquiéter dans cette démarche c’est la multiplication des appels à la désobéissance civique par des élus locaux dépositaires de l’autorité de l’Etat de par leur fonction. Assisterons-nous à la multiplication de ces appels dans les prochains mois au risque de saper l’autorité d’un gouvernement légitimement élu ? En d’autres termes, certains élus chercheraient-ils à obtenir par la rue ou par le blocage ce que le suffrage populaire leur a refusé, jouant ainsi avec le feu de l’extrémisme ?

Gouverner, c’est choisir : l’éducation ou le goudron et le béton

L’argumentaire développé est toujours le même : « cette réforme coûte cher » et les communes n’auraient pas les moyens d’assumer ces nouvelles dépenses. Le comble du cynisme aura été franchi avec un reportage télévisé sur la ville de Cannes, ville dans le besoin financier s’il en est.

L’Etat, lui-même en grandes difficultés financières, racle les fonds de tiroirs et cherche de nouvelles recettes fiscales. De leur côté certaines communes ne roulent pas sur l’or, du fait de leur endettement, des moindres recettes fiscales en raison de la crise ou de la baisse de leur population.

D’autres vivent confortablement ne veulent surtout pas remettre en cause la moindre de leurs dépenses et considèrent la réforme des rythmes scolaires comme une atteinte à leur indépendance.

Où est l’indépendance lorsque le pays va mal ? Les collectivités locales ne doivent-elles pas être mises à contribution pour une réforme, si imparfaite soit-elle, destinée à favoriser les apprentissages des élèves ?

En d’autres termes, et pour être plus précis, faut-il continuer à faire des ronds points, des aménagements urbains et autres dispositifs de sécurité dont l’utilité est loin d’être avérée et qui ne sont rien d’autre qu’un système de droits acquis des entreprises de BTP et de Voirie ? Et tout cela pour continuer à dire que les collectivités assurent 71 % de l’investissement public en France : triste record !

Autre question : les communes seules ne peuvent pas faire grand-chose en dehors de l’intercommunalité : le système doit être élargi à des aires intercommunales pertinentes (échelles des Pays) qui permettront la mise en œuvre de solidarités nouvelles et des économies d’échelle.

Oui mais voilà, il faudrait que les Maires se remettent en cause, dépassent les clivages des territoires et des appartenances politiques, et cela pour le bien commun. On en est encore loin !

Beau sujet de discussion au congrès des Maires qui s’ouvre aujourd’hui…

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