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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 10:15

Nous sommes le 31 mars 2014 et comme beaucoup de français, j’ai passé ma soirée à zapper entre les chaînes télé et les stations radio pour connaître les résultats du second tour des municipales et écouter les commentaires et analyses.

Les ténors des partis se sont succédés à l’antenne et on tous sortis leurs discours langue de bois pour nous dire qu’il n’ont peut-être pas gagné mais qu’ils ont limité l’érosion pour les uns ou bien qu’ils ont accru leur audience sans pour autant gagner de nouvelles mairies pour les autres.

Bref, tout le monde est content et les commentateurs politiques se livrent à leurs analyses brillantes et projettent les résultats sur les européennes ou bien les sénatoriales, à moins que ce soient les cantonales et les régionales de 2015 ou alors les présidentielles de 2017.

Bref, comme d’habitude, des propos et des analyses à la petite semaine qui ont dressé un écran de fumée sur d’autres éléments plus importants.

La désaffection des urnes

Entre 1983 à 2008 aux 1ers tours des municipales l’abstention est passée de 20 à 35 % et cela ne s’est pas arrangé en 2014 puisqu’on passera vraisemblablement à plus de 40 %.

De cela, les commentateurs et les partis politiques n’ont pas parlé et les rares questions sur le sujet ont été balayées par « On ne peut pas faire de commentaires tant que les résultats définitifs n’auront pas été proclamés par le Ministère de l’Intérieur ». Une façon d’éluder un problème connu et qui touche tous les scrutins mais qui est régulièrement planqué sous le tapis par nos politiques qui s’accrochent contre vents et marée à la notion de suffrages exprimés même si par endroit, ils ne sont plus majoritaires par rapport à un corps électoral.

Dans le déni complet, pas la peine non plus de leur demander des explications sur cette évolution dangereuse pour la démocratie et qui induit de plus en plus de désengagements pour la gestion de la chose publique.

De moins en moins de candidats

Dans le grand ouest, à 24 heures de la clôture du dépôt des listes en Préfecture, une centaine de communes n’avaient pas de candidats. D’autres n’ont qu’une seule liste, ce qui limite fortement l’expression démocratique.

Des explications techniques sont bien évidemment avancées et elles sont entendables. La difficulté à constituer des listes complètes dans les communes désormais soumises à cette obligation avec obligation de parité hommes/femmes est la plus avancée surtout par certains partis dont la culture de la parité et le culte de l’homme providentiel font partie du logiciel.

Il y a aussi l’effet générationnel qui s’est traduit par le renouvellement régulier du maire, quelquefois autocrate, depuis 30 ou 40 ans, et qui laisse un désert démocratique derrière lui.

Cette situation est également provoquée par la complexification des règles de gestion des affaires communales et la responsabilité pénale qui pèse de plus en plus sur les élus locaux.

Il y a enfin le manque d’engagement citoyen. Pourquoi passer ses soirées et ses congés à s’occuper d’une commune sachant que les administrés (« la majorité silencieuse ») ne manqueront pas de vous tomber dessus à la moindre poubelle renversée ou le chien qui gueule toute la journée.

Résultat de ce constat : des communes seront administrés à partir d’avril par des délégations spéciales nommées par le Préfet, ce qui constitue un énorme retour en arrière par rapport aux avancées de la décentralisation. En cas d’absence de solutions au terme de trois mois, le Préfet pourra proposer le rattachement à une commune voisine.

Pourquoi cette désaffection ?

On remarquera tout d’abord que ces phénomènes de désaffection se produisent principalement en zones rurales et dans des communes de petites tailles (en dessous de 1500 habitants) étant entendu que dans les communes de plus grandes tailles en zones périurbaines ou bien dans les grandes villes, les choses sont souvent prises en mains par les partis politiques et les résultats de ces communes seront ceux pris en compte pour « l’analyse politique » dans les médias.

C’est vrai que les enjeux ne sont plus les mêmes depuis la mise en place de l’intercommunalité. On a incité, et c’est une bonne chose, les communes à se regrouper entre elles pour gérer des dossiers communs dans une logique de rationalisation.

Le défaut de cette évolution c’est que les intercommunalités se sont constituées avant tout sur des attendus politiques, soit par adhésion soit par rejet, ce qui nous donne des territoires aux contours incertains et exotiques et bien souvent éloignés des habitudes et des territoires de vie des habitants.

Il n’en reste pas moins que les élus et les habitants des petites communes ont l’impression (et ce n’est pas qu’une impression) de voir les choses leur échapper et être absorbées par des élus pour lesquels ils n’ont pas voté et qui sont majoritaires dans l’intercommunalité.

Cette impression n’est pas fausse mais elle doit être tempérée : que peut faire aujourd’hui une commune seule avec des moyens financiers et une expertise technique et administrative limités ? (à moins d’augmenter considérablement les impôts locaux pour pallier ces manques).

La responsabilité de la classe politique

Les élus, enfin les partis politiques, ceux qui décident en votant les textes au Parlement, n’utilisent pas les mêmes grilles de lecture que les citoyens, bien qu’ils s’efforcent de faire croire le contraire.

Les calculs politiques, les luttes d’influence, la perspective de faire carrière voire de cumuler ce qui sera encore bientôt cumulable, les intérêts particuliers, induisent des comportements qui ne sont pas ceux des citoyens et qui expliquent la situation.

La complexification de la gestion territoriale (le mille feuille), s’est construite sur ces attendus et non sur la recherche d’explication du système et ses éventuelles évolutions.

Pourquoi expliquer les enjeux aux citoyens ? Il serait capable de les comprendre, de demander une simplification qui entraînerait une diminution du nombre de mandats (sans impacter le service rendu à l’usager) : impensable !

C’est pour cela que les choses évoluent lentement, très lentement, trop lentement et on met en place à petites touches (on « expérimente ») des dispositifs d’intégration progressive des communes dans les intercommunalités, sans le dire clairement ou bien des « absorptions ou fusions » de départements dans les Métropoles, tout en affirmant que les choses ne sont pas généralisables.

On en mesure les effets et quand ça réagit trop fort, c’est la technique du pas en avant et des deux pas en arrière qui prévaut.

Pour l’instant, rien ne bouge et les citoyens désertent de plus en plus les bureaux de vote. C’est le seul effet mesurable actuellement.

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