Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 16:49

Lors de son discours de politique générale, le premier Ministre a annoncé trois mesures concernant le mille feuille territorial : diminution du nombre de régions, réforme de l’intercommunalité et suppression des départements.

Tous aux barricades !

Aussitôt l’annonce faite, les élus régionaux et départementaux sont montés au créneau de manière violente pour dénoncer la « brutalité de la méthode gouvernementale ». C’est le cas notamment du Président du Conseil Général des Côtes d’Armor, Claudy Lebreton, par ailleurs Président de l’Assemblée des Départements de France, qui n’hésitait pas – diantre – à évoquer une grève des départements, une démission en bloc ou une grève de la faim (Ouest-France du 11/04) !

On se calme !

Aujourd’hui, 17 avril, M. Lebreton signe avec deux de ses collègues (les Présidents des conseils généraux de l’Ille et Vilaine et du Finistère), un point de vue dans le même journal dans lequel les auteurs utilisent des mots plus châtiés, font des propositions plus consensuelles et se déclarent prêts à faire des efforts dans l’intérêt de leurs concitoyens.

Ils se font les ardents défenseurs des zones rurales, territoires traditionnellement couvés par les conseils généraux, parlent d’une intercommunalité « solide » qui pourrait assurer les solidarités sociales et de régions dont l’élargissement ne devrait pas se limiter à une ambition identitaire.

Comment interpréter cette sérénité retrouvée ?

D’abord par la proximité des élections départementales de 2015 : le risque est grand de voir se reproduire pour les majorités départementales socialistes (majoritaires dans le pays) la raclée reçue par leurs homologues municipaux le mois dernier. Il fallait donc reprendre l’initiative, compte tenu par ailleurs que les Français, interrogé sur la réforme Valls, y sont plutôt favorable.

Ensuite, par la volonté de peser dans le débat, méthode plus sûre qu’une grève de la faim : « Puisque la situation nous échappe, feignons d’en être les instigateurs », tel est le principe qui semble donc avoir été adopté par les élus départementaux sous tranquillisants et qui considèrent qu’il vaut mieux être dans le débat pour, bien évidemment, « porter un projet », qu’en dehors.

Les lobbies d’élus à la manœuvre

L’influence des lobbies dans la vie politique est une réalité et ils n’hésitent pas à faire le siège des partis politiques et des parlementaires pour faire voter un texte favorable à leurs intérêts. En l’espèce, c’est donc le lobby « Assemblées des départements de France »et celui des Régions qui seront à la manœuvre, pour amender, triturer, voire supprimer des dispositions du texte afin d’en amoindrir les effets jusqu’à le rendre inopérant sous certains aspects.

Quels risques ?

Si on annonce la suppression du Conseil Général, il n’y a aucune raison objective pour que les 4050 conseillers généraux bénéficient d’un quelconque « reclassement » dans d’autres assemblées (la Région par exemple) ou que l’on maintienne une assemblée quelconque dans les départements au nom d’intérêts particuliers et politiques. Ce qui est en jeu, parce que cette réforme destinée à clarifier le système pour le citoyen est aussi faite pour faire des économies. Ce sont, par exemple, les indemnités versées aux conseillers généraux (150 Millions/an environ), les dépenses de communication (plus de 200 Millions), mais aussi, à terme, c'est-à-dire lorsque les personnels nécessaires au fonctionnement des collectivités restantes auront été repositionnés en respectant leurs statuts, des économies substantielles sur les dépenses de personnel (territoriaux et Etat), sans compter les économies réalisées par la suppression des postes de cabinets ou chargés de mission divers et variés qui ne sont rien d’autre que des emplois réservés aux copains des partis.

La vigilance citoyenne

Tout se met en place pour que le citoyen qui devrait être le premier concerné soit encore le cocu de l’affaire et la prédiction de certains élus qui nous disent que la réforme coûtera plus cher que si on laisse les choses en l’état risque fort de s’avérer exacte si nous manquons de vigilance.

Exigeons donc une réforme complète qui produira des économies tout en offrant aux administrés un service public rénové et performant et dont ils comprendront le fonctionnement.

Pour conclure…

…une citation de Machiavel

« Rien n’est plus difficile à prendre en main, rien n’est plus délicat à guider, rien n’est plus incertain dans ses résultats que de chercher à promouvoir le changement, l’introduction d’un nouvel ordre des choses.

Ceci s’explique par le fait que ceux qui pourraient gagner au change en identifient mal les bénéfices alors que ceux qui ont à y perdre en connaissent exactement les conséquences et sont prêts à tout pour les éviter ».

Partager cet article

Repost 0

commentaires

pierre mousse 18/04/2014 08:16

Moins de régions, plus de départements, mais que va t'on faire de ces immenses et prétentieux hotel de region, hotels de départements, et que deviennent les Préfets? et tout ce personnel, les secrétaires , les agents de photocopies, les chauffeurs de ces élus???? Encore du cômage en vue pour tous ces petits employés, généralement recrutés par "relations" pour rendre service à tel ou tel maire, pour un renvoi d'ascensseur. Même les interco, si elles doivent fusionner, devenir des "métropoles" de plus de 200 000hab que deviendrons les agents des interco actuelles, des mairies dont les compétences seront transférées? Et quel intéret de choisir des élus en 2015 qui auront pour tâche principale de faire les déménageurs?

Pierre Mousse 22/04/2014 16:17

Beaucoup de points d'accord, me semble t'il. Bien sûr je me veux un peu provocateur. Pour le changement de mode d'élection, je pense que c'est une idée mais rien n'y incline. J'ai vu chez nous une élue au conseil regional, qui n'a jamais dépassé 3 ou 4 % quand elle se présentait aux éléctions communales et éliminée au 1er tour aux 2 cantonales auxquelles elle a participé. Le fait que les agents partant en retraite ne soient pas remplacés, n'empèche pas le chômage pour ceux qui ainsi ne seront pas recrutés. Mais c'est bien le moyen de diminuer "un peu" les dépenses, car bientôt les habitants ne seront plus en mesure de financer par les impôts des "services" et une "qualité" dont ils ne sont pas demandeurs mais sont imposés par des élus qui sont très généreux. Interessants points de vue dans vos articles, et quelques contes agréables à lire.

ielosubmarine 19/04/2014 09:11

Bonjour Pierre
La disparition du conseil général se traduira par une répartition de ses anciennes compétences vers les régions ou les intercommunalités et les "négociations équilibres" se feront naturellement avec ces nouveaux interlocuteurs. Il n'y a donc pas de risque de retour au centralisme puisque les compétences seront toujours exercées localement avec l'aide des services territoriaux.
La critique que vous formulez à l'encontre des élus éloignés du terrain et placés par les partis n'est pas sans fondements même si au quotidien les citoyens s'adressent naturellement à leurs élus communaux qui sont reconnus et ne sollicitent que très rarement leurs conseillers généraux et sans doute jamais leurs conseillers régionaux (qui connait les compétences de chaque niveau de collectivité ?).
Les élections aux conseils communautaires doivent donc se faire à terme au suffrage universel direct afin de conforter le lien de proximité et assurer la représentativité des communes.
S'agissant des associations, il y aurait beaucoup de choses à dire, entre celles qui assurent réellement du lien social, celles qui sont des entreprises à qui l'on confie des compétences (sociales, en particulier) et celles qui ne représentent que leurs administrateurs et se comportent comme des lobbies.

Pierre Mousse 19/04/2014 08:05

S'il y a toujours le Préfet, (et les sous préfets), et plus de négociation-équilibre avec le président du CG, ce n'est plus de la décentralisation mais au contraire un retour au centralisme, on est loin d'une régionalisation façon allemande. Le mode d'élection des conseillers régionaux est trop éloigné des préoccupations locales, souvent des gens placés par les partis sans ancrage sur le terrain. Pour les élection des conseillers (inter-)communaux ceci n'est pas apparu comme essentiel pour les habitants, uniquement focalisés par leurs élus communaux, pas de projets d'ensembles proposés dans ce que j'ai observé. Alors quand on imagine qui va "gouverné" les metropoles, quel va être le ressenti des populations, quelle représentation ensuite des "quartiers" (ou petites communes) dans ces ensembles? Que dire aussi des pouvoirs des associations, qui sont en général des auto-représentations de quelques groupes sans élections, dans des structures dites participatives.

ielosubmarine 18/04/2014 09:59

Bonjour
Pour le Prefet, voir le commentaire de Patrick. C'est le Conseil Général qui devra être supprimé.
Pour le personnel, hormis les contractuels politiques, les recrutements par relations dans les départements sont rares et de plus il n'est pas question de mettre au chômage les petits ou grands employés mais de les reclasser dans les nouvelles collectivités compétentes, leurs postes étant gagés sur des départs en retraite.
Donc, pas de licenciements mais des postes budgétaires supprimés, à terme.
Sur la derniere question, Pierre, je pense qu'on aurait pu aller plus vite en prolongeant le mandat actuel et de ce fait ne pas organiser d'élections départementales en 2015.

Patrick Jéhannin 18/04/2014 08:20

Mais il n'est pas question de supprimer le département en tant que circonscription administrative placée sous l'autorité du Préfet, représentant de l'Etat !...

Patrick Jéhannin 17/04/2014 22:11

Ah, la menace de grève de la faim : c'est quand même un morceau de bravoure !...

Quel manque de dignité...

Présentation

  • : Le blog de Michel
  • : Société - Réforme des collectivités locales - Vie des collectivités locales d'Ille et Vilaine - Nouvelles - Coups de gueules
  • Contact

Recherche

Liens