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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 17:16

Voilà, les élections départementales ont eu lieu. Triste bilan, puisqu’au premier tour, seulement un électeur sur deux s’est déplacé pour voter, et encore, ne parlons pas des bulletins blancs ou nuls qui n’auront servi à rien mais qui auront satisfait ceux qui placent le « devoir citoyen » bien au-dessus du reste.

Le reste ?

Ce sont les interrogations légitimes que les votants auraient dû avoir avant de se déplacer : qu’est-ce que cela va changer ? Et les impôts locaux dans tout ça ? L’alternance va-t-elle être bénéfique ? Ne pourrait-on pas se passer du Conseil départemental ?

Je me les suis posées et voilà mes réponses, dans l’ordre : Pas grand-chose, attendez-vous au pire, sans doute pas, oui.

Qu’est-ce que cela va changer ?

Pas grand-chose effectivement, parce qu’il faut savoir que le Conseil Départemental est surtout une collectivité de gestion et que ses marges de manœuvre sont faibles dans un contexte où c’est l’Etat qui détermine la règlementation et détient le pouvoir normatif (action sociale, normes de construction, sécurité dans les transports,…) ainsi que les cordons de la bourse pour les dotations qu’il verse à toutes les collectivités. La décentralisation, si elle a été bénéfique à ses débuts, devient donc davantage une charge de gestion qu’une réelle opportunité de changer la vie dans un territoire donné d’autant que les élus ont envahi tous les espaces, sans que pour autant la démocratie y ait gagné et qu’ils s’y incrustent.

Et les impôts locaux dans tout ça ?

Compte tenu de la baisse des dotations de l’Etat et de l’atonie de l’économie qui plombe les recettes fiscales locales, si les nouveaux exécutifs élus veulent mettre en place leurs promesses électorales (gardez bien les professions de foi), il va falloir casquer.

Bon, maintenant que la majorité des départements a basculé à droite, vous allez avoir droit à d’intenses campagnes de communication sur les départements étranglés par l’Etat, à l’instar de ce qui s’est déjà passé il y a quelques semaines pour le lobby des communes de France (cornaqué par M. Baroin) réclamant à cor et à cri des rallonges budgétaires pour pouvoir continuer à arroser les associations amies et à faire des ronds-points.

N’oubliez jamais une chose : ce sont les mêmes qui hurlent mais qui ne font rien quand ils sont au pouvoir. Ce sont simplement des postures politiques destinées à caresser dans le sens du poil l’électeur lambda et faire les gros titres des gazettes. Il existe donc une alternance de l’indignation politique aussi peu efficace que l’alternance politique elle-même.

L’alternance va-t-elle être bénéfique ?

Non, car comme vous le savez, le conseil départemental fait avant tout de la gestion et ses marges de manœuvre pour impulser des politiques originales et innovantes sont quasi-nulles, d’autant que la loi en discussion sur les compétences des collectivités pourrait retirer au Conseil Départemental, toute compétence « générale », c’est-à-dire tout ce qui n’est pas expressément confié par la loi à cette collectivité (social, collèges, transports, routes,…par exemple).

Par ailleurs, vous vous apercevrez rapidement que des projets initiés sous l’ancienne majorité, et que la nouvelle n’a pas cessé de dénoncer, seront tout de même repris : il ne faut pas désespérer le milieu associatif ou d’autres lobbies ainsi que les entreprises qui seront chargées de faire les travaux envisagés. Politiquement, ce ne serait pas tenable, et cela pourrait compromettre la réélection future, alors, c’est le principe de réalité qui prime…

Pas d’économies majeures non plus à prévoir du côté des coûts de fonctionnement des assemblées départementales : elles continueront à « communiquer » massivement pour faire oublier qu’elles ne servent plus à grand-chose et elle continueront à employer une kyrielle de collaborateurs politiques qui feront vivre le parti et aideront les Présidents ou les vice-présidents à mieux vivre leur cumul de mandats.

On continuera aussi à faire appel à des cabinets conseils, à des experts à qui on demandera des études et des évaluations « impartiales » pour dire combien l’ancienne majorité était dépensière et justifier les augmentations d’impôts « en raison de la situation catastrophique que nous avons trouvée à notre arrivée », en sachant que ces études ont un coût, et qu’elles sont parfois réalisées par des sociétés « amies » qui reverseront leur obole au parti, le tout pour avoir « les éléments de langage » souhaités.

Bon, bien sûr, il y aura du symbole, parce que les électeurs ne comprendraient pas…. Peut-être y aura t-il un collège Denoix de Saint Marc pour faire plaisir aux nostalgiques, des caméras de surveillance à la porte de collèges, des maîtres chien dans les autocars ou d’autres marqueurs tels que l’augmentation des subventions aux écoles confessionnelles, des grandes messes avec le Medef pour relancer l’économie locale et des suppressions de subvention aux associations culturelles. Cela ne dépassera pas le symbole, mais cela suffira à satisfaire ceux qui sont allés voter en fonction de « convictions » et non en fonction de l’efficacité réelle des Conseils départementaux et cela fera également la une des gazettes et des télés. Et tout le monde sera content…

Ne pourrait-on pas se passer du Conseil Départemental ?

La réponse est oui pour l’assemblée élue et les cohortes de berniques politiques qui s’accrochent au rocher et vivent bien grâce aux indemnités et salaires prélevés sur nos impôts.

La réponse est oui également parce que sur le plan technique, les compétences de gestion des Conseils Départementaux peuvent être transférées soit aux Régions, soit aux intercommunalités, la gestion de proximité étant assurée par les services sociaux, techniques et administratifs existants qui changeront simplement de patron et continueront à gérer localement les affaires au sein d’agences. Rappelons que les Conseillers Régionaux sont élus dans des sections départementales et qu’ils pourraient tout à fait remplir le rôle et des missions des ex-conseillers départementaux.

Vous êtes prévenus !

Au-delà des sentiments de victoire, de défaite, de revanche que vous éprouverez à partir d’aujourd’hui, du sentiment que vous aurez eu d’avoir rempli votre rôle de citoyen en déposant votre bulletin dans l’urne sans vous apercevoir que vous étiez victime d’une arnaque politique, il faut que vous sachiez que vous n’avez pas provoqué le grand soir des collectivités locales, malgré les changements intervenus.

Il faut que vous sachiez que vous venez de signer un contrat de six ans avec un peu plus de 4000 élus et d’un nombre significatif de collaborateurs ou contractuels politiques dont il vous faudra assurer leurs fins de mois, sans possibilité de licenciement.

Par conséquent, avant de hurler au loup sur l’augmentation des impôts locaux posez-vous la question de savoir si on n’aurait pas pu faire aussi bien, voire mieux et à moindre coût en supprimant le Conseil Départemental. La réponse est oui, mais c’est trop tard !

Fallait pas les élire !

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