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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 19:21

Il attendit qu’elle ait franchi le portail et tourné au coin de la rue. Comme chaque dimanche matin, depuis deux mois elle partait faire une marche au bord de la mer, pour s’aérer, disait-elle.

Il avait une bonne heure devant lui pour essayer de conforter ses soupçons.

Depuis quelques temps, Jeanne était distante, trop silencieuse. Elle fuyait les caresses, les baisers. Après 15 ans de mariage, la lassitude avait sans doute creusé son sillon, ou bien plus grave, Jeanne avait sans doute trouvé ailleurs ce qu’elle n’avait plus l’impression d’avoir dans le couple.

Il avait bien pensé à la suivre lors de ces promenades dominicales, mais dans un premier temps, il avait jugé plus pertinent de faire l’inventaire de son sac, cet accessoire auquel peu d’hommes s’intéressent de peur de s’y perdre.

En ouvrant le sac, lui vint à la mémoire les premières paroles de la chanson de Michel Jonasz « Dites-moi » : « Elle avait toujours dans son porte-monnaie l’île aux trésors et des pièces de un franc usée ». Les cartes de fidélité faisaient aujourd’hui office d’ile aux trésors et côtoyaient la carte bancaire. Un autre compartiment du sac était occupé par les produits de beauté, fond de teint, crayon, rouge à lèvre ... Ne manquait qu’ « Un pinceau de poil de martre pour mettre des rideaux bleus aux fenêtres de ses yeux, aux fenêtres de ses yeux » dixit la chanson de Jonasz qui lui vrillait la tête pendant qu’il s’adonnait à cette basse besogne d’inventaire.

L’examen du répertoire téléphonique ne donna pas grand-chose, mais d’un autre côté, si elle avait une double vie, ce serait le dernier endroit pour noter les coordonnées d’un potentiel amant.

L’agenda par contre éveilla son attention : à deux dates différentes dont l’une vieille de 3 semaines et une autre prévue dans une semaine figuraient une mention sibylline, DV, qu’il n’arrivait pas à interpréter mais qui augmenta ses doutes.

Et toujours cette mélodie lancinante qui tournait sans cesse dans sa tête : « Dites-moi, dites-moi, qu’elle est partie pour un autre que moi, mais pas à cause de moi, dites-moi ça, dites-moi ça ».

Il referma le sac en prenant soin de tout remettre à sa place et attendit le retour de Jeanne qui perçut son trouble.

  • Assieds-toi, lui dit-elle, j’ai quelque chose à te dire.

A ces mots, il lui sembla que le monde allait s’écrouler, que ce bonheur bâti patiemment, la maison, leur fille, allait s’écrouler, qu’elle allait partir avec un autre. C’était le seul scénario possible. Il cherchait confusément ce qu’il avait raté, sa passion envahissante pour le foot et les copains peut-être, ou alors son côté bourru, son manque de tendresse ou de participation dans la cuisine… Il était perdu.

  • Voilà, reprit-elle, il y a un mois et demie, je suis allé voir le médecin qui a détecté des ganglions au sein droit et m’a demandé d’aller passer une mammographie chez un de ses confrères, le Docteur Vivien. Il m’a rappelée et je dois le revoir dans huit jours pour qu’il décide du protocole pour résorber la tumeur. Je ne voulais pas t’inquiéter avant de savoir, ni que notre fille s’inquiète, mais il est difficile de masquer mes craintes et je vois que tu t’es aperçu d’un changement chez moi, alors…

Il reçut ce discours comme un coup de massue. Décidément, il était trop con. Pas un instant, il ne s’était douté que le comportement de Jeanne avait pour origine la maladie. Sa jalousie avait construit un tout autre scénario.

Il ne savait plus quoi dire, il avait la gorge serrée, les larmes au bord des yeux. Il s’assit à ses côtés sur le canapé, lui prit les mains et lui demanda de lui pardonner de ne pas avoir deviné, d’avoir imaginé un tas de choses, mais maintenant reprit-il « je suis là pour t’accompagner, comme au premier jour, tu guériras et nous aurons des milliers de projets pour nous et pour Marion ».

  • Ne change rien, Julien, je t’aime comme tu es, je suis forte et je pourrai faire face. Continue à aller au foot le dimanche, je sais que c’est bon pour ton équilibre, et puis l’opération ne sera peut-être pas nécessaire et les chances de guérir sont très importantes…

Elle cherchait à rassurer Julien et à se rassurer elle-même.

Enlacés l’un contre l’autre, ils entendirent Marion sortir de sa chambre, descendre l’escalier. Elle les embrassa, s’allongea en chien de fusil dans le canapé et mis sa tête sur les jambes de sa mère, attendant les caresses dans les cheveux qui ne manqueraient pas d’arriver et les yeux mi-clos leur dit : « je vous aime fort tous les deux ».

Impossible d’ajouter quelque chose pour Julien brisé par l’émotion. Il était passé en moins d’un quart d’heure d’accusateur potentiel à un être honteux, méprisable, prêt à demander à Jeanne de lui pardonner d’avoir douté, d’avoir fouillé son sac,…

C’était sûr, désormais il serait encore plus attentif, plus aimant, plus présent.

C’est cet amour familial qui réconfortait Jeanne, qui la maintiendrait debout. Elle le savait.

Et puis, et puis… il y avait Samira, sa perle d’orient comme elle l’appelait, rencontrée au cours de Zumba. De frôlements en caresses, puis d’étreintes furtives en baisers fougueux, elles avaient basculé dans le plaisir saphique. Elle était devenue la confidente, l’amie aux yeux de Julien qui voyait avec bienveillance les deux femmes passer l’après-midi du dimanche ensemble lorsqu’il était au foot et que Marion rejoignait ses amies ados. Il était heureux de les voir boire un thé en devisant gaiement lorsqu’il rentrait le soir, sans se douter…

Et puis, c’est à Samira qu’elle avait confié en premier ses craintes, ses peurs quant à l’éventuelle opération, aux suites… Samira avait juste posé sa main sur la poitrine en lui murmurant à l’oreille : « je serai là, à tes côtés », avant de la prendre dans ses bras et lui donner un baiser langoureux.

Plus tard, c’est sûr, Jeanne choisirait, elle clarifierait les choses, enfin peut-être, mais pour l’instant elle se sentait portée par tout cet amour et elle en avait besoin.

Peut-être aussi, n’aurait-elle pas le loisir de choisir…

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