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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 09:03

Raphaël Liogier est sociologue spécialiste des religions. Il a étudié l’apparition dans les années 2000 d’un nouveau fondamentalisme musulman à travers la question du voile intégral.

Il indique (Ouest France 26/01/2016) que les jeunes femmes qui le portaient avait selon lui un discours proche du new age : « Le voile et l’Islam sont bons pour la santé ; la prière me fait du bien ; je veux être dans le rapport à l’autre… ».

Arrêtons-nous un instant sur cette dernière affirmation : comment être dans le rapport à l’autre lorsque que l’on masque son visage ? A moins que ce principe ne s’applique uniquement que par soumission à un code édicté par des prescripteurs davantage préoccupé par leur propre souhait de domination que par l’observance d’un code religieux par ailleurs très flou, s’agissant du voile, intégral ou pas.

Une seconde hypothèse, mais qui rejoint la précédente, consiste à penser que la religion musulmane a décidé d’être visible et pour qu’elle le soit, préconise que la moitié de ses membres doit renoncer à la liberté de s’habiller comme elle le veut et donc de vivre en marge du code des femmes du pays où elles résident.

La question du « rapport à l’autre » semble d’autant plus sujette à caution que dans ce cas elle répond davantage à un prosélytisme qui impose ses codes qu’à un véritable art de vivre tenant du new age. Rappelons-nous que cette revendication du voile est relativement récente et que notre pays y est confronté depuis un peu plus d’une vingtaine d’année. Or, que je sache, notre pays n’a pas été « envahi » récemment par une immigration incontrôlée, et c’est bien à un tournant qui se prévaut de la religion mais qui sous-tend un comportement patriarcal que nous devons cette mode.

Pas sûr, donc, que toutes les femmes musulmanes acceptent de gaîté de cœur de s’habiller comme le veulent les mâles qui leur imposent leur manière de voir les choses, mais sous la pression du voisinage, du quartier, d’un prêcheur, de la famille (mais pas toujours) ou tout autre, certaines se résignent sous la pression sociale exercée.

Emportés par leur élan, certains prêcheurs devisent allégrement sur les feux de l’enfer qui guettent la femme qui sort non voilée et sur sa capacité ou non à refuser d’accomplir le devoir conjugal sous « l’injonction » de son mari.

Nous regardons ce qui se passe ailleurs, notamment dans ces pays prescripteurs de ces règles de vie qui nous sont étrangères, mais que nous regardions de loin tant que nous n’étions pas interpellés. Aujourd’hui, notre perception des choses a changé et nous ne sommes plus indifférents à ce qui se passe dans ces pays patriarcaux où la femme est considéré comme un être de seconde zone, qui peut être répudiée, violée sans que les violeurs soient inquiétés outre mesure, vitriolée ou lapidée.

Nous considérons donc cela comme un sous-statut qui nous choque parce que conduisant, selon nos critères, à la marginalisation de certaines de nos compatriotes, à leur quasi assignation à résidence, toutes choses impensables en France où l’égalité des sexes ne semble plus faire débat.

L’égalité des sexes est un acquis dans nos sociétés et nous devons combattre pour qu’il le reste et qu’il s’applique à tous, mais sommes-nous bien certains que le mouvement de libération de la femme dans les années 70 n’a pas pris un coup de vieux ?

Face à la crise économique, la pression sociale trouve toujours à s’exercer et le discours de la femme au foyer pour élever ses enfants est toujours présent. Le discours paternaliste, mais aussi religieux est toujours là avec comme arrière-plan la femme soumise. Les choses se sont encore aggravées par l’augmentation du nombre de divorces qui laissent immanquablement la femme, passé 45/50 ans, sur le carreau, sans ressources et sans statut social.

La pub et de nombreux reportages nous incitent également à considérer la femme comme seule dépositaire de l’obligation des tâches ménagères, de l’éducation des enfants, pendant que l’homme forcément très occupé ou fatigué par son travail ne participera à ces tâches que ponctuellement. C’est toujours une femme qui fait une double journée travail/maison que l’on met en scène pour vendre des produits tout préparés pour le dîner du soir qui lui faciliteront la vie pendant que les hommes s’égosilleront devant le match de foot à la télé, une bière à la main…

Tant pis pour elle, donc, si elle a choisi de travailler… Elle doit assumer, y compris quand elle est confrontée au harcèlement de rue ou aux « frotteurs » dans les transports en commun quand elle se déplace

Le machisme rampant est toujours là. Il s’exprime différemment, par les différences salariales hommes/femmes en entreprise, la difficulté qu’ont les femmes à rentrer dans les comités de direction, ou bien dans des initiatives tendant à offrir aux femmes des formations pour leur apprendre à concilier leur vie professionnelle et leur vie privée (à Europe 1). Des formations destinées à gérer le stress, mais pas les causes qui peuvent relever de la sphère privée ou du management de l’entreprise.

On disserte doctement de la place de telle ou telle religion dans notre pays, on imagine des mesures cosmétiques destinées à mieux les intégrer dans le paysage. Les musulmans sont aujourd’hui accusés de toutes les turpitudes alors qu’ils n’aspirent pour la plupart qu’à avoir les mêmes droits que les autres religions. Nous ne devons pas être choqués par ces aspirations, mais le problème n’est pas religieux et il faut que nos gouvernants arrêtent de se précipiter dans les lieux de cultes dès qu’un acte barbare ou un fait divers se produit. Il leur revient d’observer une stricte neutralité et de rappeler les règles qui s’appliquent dans notre pays, à savoir la laïcité, qu’ils ne défendent que mollement actuellement, réaffirmer fermement l’égalité entre les sexes, et appliquer le droit en vigueur pour rappeler qu’il n’existe aucune sous-catégorie de Français et aucune autre communauté que nationale.

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