Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 07:53

Des milliards comme s’il en pleuvait

Ce début de quinquennat aura été marqué par des annonces plus folles les unes que les autres : et que je te supprime la taxe d’habitation, les cotisations sociales des salariés pour leur redonner du pouvoir d’achat.

A y regarder de plus près, ces mesures qui font saliver le petit peuple risquent d’avoir du mal à se mettre en place et ne représentent pas grand-chose à côté des milliards promis aux entreprises et aux plus riches, sans garantie de retour sur investissement et sur l’amélioration de l’emploi.

L’arbre qui cache la forêt

C’est vrai qu’elles sont populaires ces mesures visant les actifs, entre la diminution des cotisations salariales et la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des redevables, mais depuis quelques temps la vision précise de la mise en place de ces mesures dans les temps se fait plus trouble : pour les cotisations salariales, ce sera étalé en deux fois, comme la revalorisation du minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapé. Il ne faudrait pas que les plus pauvres croient qu’ils seront exemptés d’efforts.

Par contre pour l’augmentation de la CSG, il n’y aura pas d’étalement, ce sera le 1er janvier 2018 et plein pot, y compris pour les retraités « favorisés » qui touchent plus de 1200 euros de pension et pour les fonctionnaires pour lesquels aucune compensation n’est prévue.

Pas d’étalement non plus pour la diminution des APL de 5 euros par moins : 5 euros, qu’est-ce que cela représente pour un fonctionnaire de Bercy, un Ministre ou un député en marche ? Rien, ils ne connaissent rien des fins de mois difficiles.

Voilà un bel exercice limité de solidarité Macronienne qui stigmatise les retraités sommés d’être solidaires des plus jeunes. « Les pauvres d’aujourd’hui sont moins les retraités que les jeunes » nous dit-il. La ligne de partage se fait donc sur un statut présumé plus favorable, excluant les riches qui l’étaient déjà hier et qui le seront encore plus demain par la transformation de l’ISF.  

Ce n’est pas fini

Comment boucler le prochain budget ? C’est l’exercice auquel est confronté le Premier Ministre et il est à la peine. Le concours Lépine de l’invention fiscale la plus bête (cf Canard Enchaîné) est ouvert dans les différents Ministères. C’est ainsi que le chiffrage du report de l’âge légal de la retraite de 62 à 63 ans (non prévu dans le programme Macron) a fait l’objet d’études savantes (4 milliards de gagnés en 2018, 6.3 en 2019 et 15.7 en 2019). Le calcul sur le gel des pensions en 2018 et 2019 a également été fait et pour ne rien oublier dans le sordide on a calculé ce que pourrait rapporter le versement des pensions à l’euro inférieur !

Du côté des aides aux logements, il ne faudrait pas croire que les 5 euros de gagnés sur les APL seront suffisant et nos brillants technocrates ont envisagé de prendre en compte les prestations sociales dans le calcul dans le calcul des ressources des allocataires ce qui pourrait produire une perte de 100 euros par mois pour les allocataires du RSA et de 60 euros pour ceux qui touchent la prime d’activité.

Le partage des miettes des pauvres est en route !

L’effort de l’Etat et des collectivités

On a beaucoup parlé du gel de crédits dans différents Ministères, ce qui pose tout de même quelques problèmes au quotidien. C’est le cas des armées dont le matériel n’est plus de toute première jeunesse. C’est aussi le cas dans la police avec les biens belles images des commissariats vétustes, des cafards qui y grouillent et des véhicules qui ne passeraient pas le contrôle technique. Parlons enfin de la grande misère de la justice et des services pénitenciers.

A part les sempiternelles annonces d’augmentation des budgets ou du déblocage de crédits gelés, les militaires et fonctionnaires ne voient rien venir, comme d’habitude.

La palme de la mesure nulle revient à M. Colomb, Ministre de l’Intérieur qui a annoncé la sous-traitance des contrôles de vitesse par des sociétés privées (sans doute des autoentrepreneurs…) afin de remettre des fonctionnaires sur le terrain et au passage augmenter les recettes issues des contraventions. Belle hypocrisie !

Le service public de l’Etat part en quenouille et il va entraîner avec lui celui offert par les collectivités locales qui vont voir leurs dotations amputées de 3 Milliards.

Ces collectivités (qui ont bien profité du système et recruté à tour de bras) vont devoir faire preuve d’ingéniosité afin de boucler leurs budgets et nul doute que des services publics locaux, donc les administrés, vont en faire les frais.

Moins de services publics ou services publics en déliquescence signifient plus de dépenses à la charge des usagers ou d’augmentation de la fiscalité locale.

Prochaine étape, la suppression de la taxe d’habitation. On verra quand et comment la compensation s’opérera entre l’Etat et les collectivités. Les 10 ou 11 Milliards attendus ne seront sans doute pas au rendez-vous. Et surtout comment justifier que les 20 % les plus aisés continueront de payer cette taxe jugée inéquitable.

Notons enfin l’économie possible de 3 ou 4 milliards par la suppression des emplois aidés soudainement devenus inefficaces et considérés par M. Macron comme une perversion de la politique de l’emploi. Comment qualifier alors les milliards du pacte de responsabilité et du CICE qui n’ont quasiment pas créé d’emplois : un scandale !

Comment faire rentrer plus d’argent ?

Les recettes sont connues. On évalue entre 60 à 80 Milliards la fraude fiscale et sociale de la part des entreprises. Cela fait des années que le phénomène est connu mais on ne voit pas arriver de mesures qui permettraient de passer à la vitesse supérieure. Les contrôles sont faits avec parcimonie et avec des effectifs restreints, ce qui correspond à une volonté réelle de ne pas froisser les entreprises « créatrices de richesses » surtout pour leurs dirigeants et actionnaires.

On permettra de rappeler (ce qu’a fait le Canard enchaîné de cette semaine) les pratiques d’entreprises ou de certains secteurs d’activités en matière de concertation, échange de prix, abus de position dominante ou de répartition des marchés par zones géographiques en vue de maintenir des prix élevés sur le dos des consommateurs. Le champ des investigations est connu depuis des décennies mais l’action de l’Autorité de la Concurrence n’est pas adaptée à l’immensité de la tâche.

Plus facile d’en distribuer… à quelques-uns

L’Etat est généreux, mais pas avec tout le monde. Si le simple citoyen a toutes les raisons de penser qu’il sera grugé en fin de course, M. Gattaz et ses mandants ont toutes les raisons d’être satisfaits, même si les ordonnances ne concernent que peu ou pas les entreprises du Medef. Ce sont en effet les PME qui sont les plus satisfaites par les mesures.

M. Gattaz cache sa joie. Il est « prêt à jouer le jeu » (lequel ?). Il a « retrouvé le sourire ». Il a été entendu lorsqu’il a « appelé à changer de modèle ».

Mais surtout M. Gattaz est très content de voir pérennisé le pacte de responsabilité et le CICE, ce qui se traduira par une baisse de 7% (ou plus ?) des charges patronales : environ 25 Milliards par an de consolidés. Ajoutons la baisse prévue de l’Impôt sur les Sociétés (11 milliards) ainsi que la transformation de l’ISF en impôt immobilier (3 milliards de recettes en moins pour l’Etat) et le taux d’imposition unique à 30 % des revenus du capital (1 milliard de recettes en moins).

La politique de l’offre…

On aura compris que les quelques sucreries accordées aux salariés seront payées par eux-mêmes et par les retraités « aisés ». La CSG ainsi que le rabot sur les services publics s’en chargeront.

Par contre, les dizaines de milliards d’allègements offerts aux entreprises et aux riches profiteront ils à l’économie ? Il est permis d’en douter. Comme d’habitude, M. Gattaz et les autres nous diront que c’était nécessaire, qu’il s’agit d’un nouveau point positif mais pas suffisant.

Dans leur avidité, leur constance à vouloir se constituer des matelas d’argent et si possible à pouvoir les faire sortir de l’emprise du fisc, ils vont sans vergogne finir par scier la branche sur laquelle ils sont assis ou bien délocaliser leur activité pour faire encore plus de profits. Pendant ce temps les PME non délocalisables auront toutes les facilités pour licencier et flexibiliser ou externaliser avec des autoentrepreneurs.

Bienvenue dans le monde des travailleurs pauvres, des salariés invités à se prononcer par référendum sur l’augmentation des cadences et du temps de travail et des retraités dont on rognera les pensions par solidarité avec les jeunes.

Le monde de M. Gattaz est en marche et l’intendant Macron est à la manœuvre.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Michel
  • : Société - Réforme des collectivités locales - Vie des collectivités locales d'Ille et Vilaine - Nouvelles - Coups de gueules
  • Contact

Recherche

Liens