Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 08:55

Décentralisation, Macron, canton…

Victoire ! La solution aux problèmes d’éloignement et des carences en matière de mobilité est trouvée : un guichet « France services » dans chaque canton.

Dans mon département, il y aurait donc 27 guichets estampillés « France Services » dont 6 dans la ville centre de 200 000 habitants… Cherchez l’erreur !

Et encore, on a de la chance, car depuis la réforme du mode d’élection des conseillers territoriaux (Un homme et une femme dans chaque canton), c’est le double de guichets qui aurait dû être mis en place.

Au fait, c’est quoi un canton ? Avant la dernière réforme, le canton, constitué au moment de la révolution, était une circonscription administrative qui avait du sens dans la mesure où la mobilité des citoyens et les échanges entre cantons et avec le chef-lieu de département étaient limités. On y trouvait les services publics de proximité. Peu à peu, l’Etat a fermé ces services…

En 2013, ces cantons ont été redécoupés, d’une part pour satisfaire les questions de parité, et d’autre part afin de rééquilibrer le nombre d’électeurs en fonction de l’évolution de la démographie. Le tripatouillage électoral a bien évidemment eu sa place dans le redécoupage et aujourd’hui le canton idéalisé n’est plus qu’un lointain souvenir.

Question subsidiaire : connaissez-vous les noms des deux conseillers départementaux qui représentent votre canton, les rencontrez-vous souvent et avez-vous une idée des compétences du Conseil Départemental ? Savez-vous que les dépenses contraintes « déléguées par l’Etat », le social et les collèges en particulier, représentent plus de 70 % des budgets départementaux et que les marges de manœuvre des élus représentent des queues de cerise ?

Ajoutons que les cantons dans les grandes villes avec des découpages savants entre quartiers et périphérie ne ressemblent à rien sinon à occuper des conseillers municipaux qui cumulent avec un mandat au Conseil Départemental, voire à l’intercommunalité ou la Métropole. Nous ne sommes pas loin du conflit d’intérêt.

Le Conseil Départemental est une collectivité en soins palliatifs, avec son mode d’élection par « canton » de conseillers départementaux dont les compétences se rétrécissent comme peau de chagrin après chaque réforme.

Cette collectivité « nourrit » cependant un peu plus de 4000 élus en France (et un nombre conséquent de personnels politiques indispensables bien sûr). Ses compétences (avec les personnels qui les exercent) pourraient être réparties dans d’autres collectivités sans que le citoyen lambda s’en aperçoive.   

Alors pourquoi avoir pris comme territoire le canton pour répondre aux besoins de services publics ? Cette proposition est inepte en milieu urbain et demande à être validée en milieu rural.

Autant dire que tout cela ressemble fort à une lubie d’énarque, griffonnée sur un coin de table, un peu comme le redécoupage des régions sous Hollande, ce qui signifie que cela nous coûtera plus cher au final.

On est dans le normatif propre aux énarques qui ne sont jamais allés sur le terrain, qui n’ont jamais brigué les suffrages des électeurs au Conseil Départemental

Comment faire pour répondre au besoin de proximité qui émane du terrain ?

D’abord rationnaliser  le mille-feuille territorial par la suppression du Conseil départemental qui est de trop.

S’appuyer ensuite sur les expériences menées par les communes et les intercommunalités en matière de guichets uniques et sur la territorialisation de services des Conseils Départementaux qui existe dans certains départements avec parfois des camping-car qui se déplacent dans les communes pour aller au plus près du citoyen.

Intégrer dans la réflexion les agences des opérateurs de l’Etat (CAF, CPAM, Pôle emploi, par exemple) et en incluant bien évidemment les missions de l’Etat effectuées actuellement dans les Préfectures et sous-Préfectures. La question de l’utilité des Sous-Préfectures sera alors posée.

Associer à la réflexion le monde associatif. Je pense en particulier aux associations qui mettent déjà à disposition de centres sociaux des écrivains publics ou à celles qui accompagnent les demandeurs d’emploi pour les aider dans leurs démarches (CV, lettres de motivation, entrainements aux entretiens d’embauche,…).

Les Missions locales, les CCI ou les Chambres de Métiers peuvent également trouver leur place dans ce dispositif.

La Région, décriée depuis le redécoupage Hollande a toute sa place également, non seulement pour ses compétences en matière de transports (scolaires ou interurbains), de formation professionnelle ou de lycées (et pourquoi pas de collèges), mais aussi parce qu’elle se veut le relais des Pays, espaces de solidarité qui maillent les Départements et aussi qu’elle a sur ce dossier une formidable opportunité. Ce serait l’occasion pour elle, comme chef de file, de coordonner ce projet en appliquant la différenciation entre territoires, notamment en travaillant sur les déséquilibres entre les Métropoles, le périurbain et le milieu rural sur un espace pertinent.

 

Tout au long du processus, il faudra entendre les demandes qui émanent de la population et faire ensuite des choix en matière d’implantation territoriale, étant entendu que le choix du canton est une ânerie monumentale.

 

Cela suppose enfin que les collectivités et l’Etat jouent le jeu en mettant leur égo et leurs différences politiques de côté et que les personnels des collectivités territoriales, ceux de l’Etat, de ses opérateurs et ceux des chambres consulaires s’impliquent pleinement sur la construction d’un modèle efficace répondant aux souhaits de la population.

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Patrick Jehannin 28/04/2019 10:45

100 % d'accord !...

Même à géométrie variable, les découpages ne seront sans doute jamais parfaits... mais une chose m'apparait certaine : les assemblées départementales n'ont en effet pas de sérieuses raisons d'être.