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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:10

Deux petites phrases inquiétantes, parues dans Marianne, ont éveillé mon attention dans cette torpeur estivale.

L'une émane de Michel Rocard et s'adresse directement à cet hebdomadaire « Vous vous comportez, non comme des journalistes d'information, mais comme des acteurs politiques. C'est aux hommes politiques d'agir en politique ».

La seconde a été prononcée par Claude Allègre : « Dans une démocratie, le contre-pouvoir, c'est l'opposition, pas la presse ».

 

Les grands démocrates

 

Ainsi donc, certains hommes politiques considèrent que le débat politique leur appartient, que les citoyens qui les ont élus ne doivent pas, sauf lors des élections, remettre en cause leur pouvoir, et qu'entre temps la presse doit se contenter de reproduire les communiqués des services de presse et de surtout éviter de lancer des débats politiques.

Belle conception de la démocratie qu'aucun homme politique actuellement au pouvoir n'aurait osé formuler au risque de provoquer un tollé général. Il a fallu que ce soit MM. Rocard et Allegre, ex-hommes de gauche, bénéficiant d'un statut particulier de faire-valoir de la droite, qui profèrent ces absurdités en contradiction flagrante, au passage, avec l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi).

Ces hommes politiques finissants, dans leur volonté d'exister encore, ne se rendent même plus compte, en proférant de telles inepties, qu'ils se mettent au même niveau que Morano ou Lefebvre, aboyeurs patentés de l'UMP, qui ne manquent pas une occasion de taper sur les médias.

 

Comment expliquer cette volonté de museler le débat ?

 

La vie politique est principalement marquée par les échéances électorales qui donnent lieu à un grand cirque médiatique. Le citoyen se sent de plus en plus étranger à ce débat qui, sous couvert de technicité, d'Europe, de mondialisation, d'économie, lui échappe de plus en plus. Pas étonnant que le taux de participation aux élections soit de plus en plus bas, et que les élus et les partis, profitant de cette complexité, développent un discours généraliste, d'où les véritables enjeux sont absents, pour nous dire « votez pour nous, on s'occupe du reste », et surtout « ne venez pas troubler nos réflexions, et ne remettez pas en cause notre légitimité ».

La vie politique française s'est donc professionnalisée, et chaque élu se pique de maîtriser un dossier, d'être un technicien de tel ou tel domaine, ce qui ne favorise pas le renouvellement des personnels politiques et l'exercice d'une véritable démocratie.

Les partis et groupement politiques censés concourir à l'expression du suffrage (article 4 de la constitution) encadrent le système, organisent cette professionnalisation et par conséquent transforment de fait les mandats en métiers et favorisent également le cumul des mandats.

Pas étonnant que l'on retrouve les mêmes qui parlent de la même chose depuis plus de trente ans.

 

Où se trouve le véritable pouvoir ?

 

De moins en moins dans les assemblées élues, de gauche comme de droite, qui réagissent de plus en plus aux sollicitations diverses des lobbies, aux injonctions des marchés, aux errements des traders, aux pouvoirs occultes de la finance internationale, en mettant en œuvre des politiques ou des mesures de plus en plus éloignées des attentes citoyennes.

Pas étonnant que les élus, prisonniers qu'ils sont du dogme libéral, veuillent limiter le débat et dénier aux médias le droit de faire le travail qu'ils sont en incapacité de faire.

Les politiques sont donc les fondés de pouvoir d'un ordre mondial duquel le citoyen se sent exclu et dont il ne tire aucun bénéfice tangible. Les élus prennent le risque inconsidéré de devoir répondre un jour de manière violente à une explosion sociale qui ne manquera pas de se produire. Ils s’y préparent en promulguant un arsenal législatif répressif.

 

Les plans médias gouvernementaux de l'été

 

Après un mois de juin catastrophique pour le pouvoir en palace, la rentrée s'annonce encore plus difficile avec la relance de l'affaire Woerth et le débat sur les retraites.

Le gouvernement a donc été mandaté tout au long de l'été pour essayer de détourner l'attention du bon peuple et de lui faire oublier ce qui l'attend.

Dans le genre, la palme revient sans conteste au Ministre de l'intérieur qui a su réagir à la moindre alerte sécuritaire et qui relaye si bien les propos douteux du chef de l'Etat sur les gens du voyage et les Roms.

Quasiment pas une semaine sans le voir une ou plusieurs fois devant les écrans télé, parler de guerre, de « présumés délinquants », entouré d'une masse de fonctionnaires galonnés, dont on se dit qu'ils seraient mieux sur le terrain, au lieu de faire l'ouverture du 20 heures.

En voyant cette mise en scène, cela m'a rappelé un dessin de 1968, dénonçant la mainmise du pouvoir sur les médias, où l'on voyait un policier sous slogan suivant « chaque soir à la télé, la police vous parle en direct ».

Pas mal non plus le plan com de Bachelot sur les salles de shoot pour les consommateurs de drogue : à part Gaudin qui n'avait rien compris et qui a été obligé de se rétracter après avoir jugé le projet intéressant, cela a permis au Premier Ministre d'exister pendant les vacances et de se positionner sur le volet répressif, tellement en vogue aujourd'hui.

Mention spéciale enfin pour la Bonne Mère de l'économie, notre dame de Lagarde, revenue précipitamment de sa villégiature Corse pour commenter le bon chiffre de la croissance au second trimestre et justifier au passage l'augmentation de 3% de l'électricité (4 euros « seulement » par mois...)

Les médailles en athlétisme ont permis également au Gouvernement de se refaire la cerise pendant quelques jours. Nul doute que dans le registre de l'instrumentalisation, nos nageurs auront droit prochainement à la même sollicitude.

Et le mois d'août n'est pas terminé...

 

Voilà donc le pays rêvé de nos hommes politiques, celui où les médias seraient chargés de faire de belles photos et de relayer la bonne parole, de ne pas remettre en cause le système, et de surtout ne pas engager des débats qui seraient néfastes à l'ordre social.

 

L'intimidation est en marche, et certains hommes politiques aux convictions aléatoires et à géométrie variable se font les complices de ce nouvel ordre médiatique et politique auquel les citoyens et les médias sont priés de se soumettre.

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