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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 17:45

Avec un tel taux d’abstention, difficile de tirer des leçons du scrutin des dernières cantonales qui par ailleurs ne concernait que la moitié des cantons. Pourtant, tous les états major politiques y vont de leur analyse. Entre ceux qui déclarent avoir gagné et ceux qui pensent ne pas avoir beaucoup perdu, l’électeur lambda conforte sa position de rejet de la classe politique, plus intéressée par la communication en vue des échéances de 2012 que par la résolution des problèmes concrets relevant de la compétence des conseils généraux.

Faudra t-il attendre l’élection présidentielle pour entendre parler de voirie départementale, d’action sociale, de sécurité incendie ou bien de construction de collèges ?

C’est vrai qu’on aura parlé de tout pendant cette campagne, a priori locale, sauf des compétences relevant du Département : vote sanction contre Sarkozy, test électoral pour 2012, immigration, insécurité, pouvoir d’achat, etc … Il n’est donc pas étonnant que les électeurs aient déserté les bureaux de vote en se disant qu’ils règleront d’un coup tous les problèmes aux présidentielles de 2012.

Les analyses à la petite semaine

Nos brillants analystes et politologues ont, dès le soir du premier tour énuméré les raisons de l’abstention massive et du score du Front National : contexte économique, événements internationaux (le tremblement de terre au Japon, les révolutions au Maghreb !), insécurité,  immigration… Il n’y a guère que la grande marée qui n’ait pas été invoquée pour expliquer la désertion des électeurs des départements côtiers.

Aucune autocritique du côté des élus qui persistent à penser qu’ils sont tous dans le vrai vis-à-vis de l’état démocratique du pays en ignorant les signaux d’alarme, tel le rapport du médiateur qui décrit des citoyens qui se sentent abandonnés ou démunis, des services publics ravagés par le déshumanisation, en bref une société en plein « burn out ».

 Le Département : une image floue

Une explication, technique celle là, mérite notre attention C’était la première fois que les élections cantonales n’étaient pas jumelées avec une autre élection locale. Le jumelage a donc, de fait, et depuis longtemps, maintenu une participation artificielle à toutes les élections cantonales précédentes, d’où la conclusion suivante : les électeurs ne se déplacent  pas pour élire une assemblée départementale dont ils ignorent les compétences.

Lors de ces élections, on élit, dans le cadre du canton, des conseillers généraux qui siègeront au Département. A ce stade d’explication, un certain nombre d’électeurs décrochent. Ajoutons à cela qu’en zone urbaine, la notion de canton n’est pas claire pour le citoyen qui lui préfère celle de quartier. En plus, les candidats aux cantonales dans ces zones urbaines sont bien souvent des élus municipaux qui s’occupent déjà des quartiers ce qui vous donne une idée de la confusion qui règne dans l’esprit des électeurs qui ne voient pas ce qu’un élu municipal qui se présente aux cantonales pourra lui apporter de plus.

Les cantons ne correspondent donc à pas grand-chose sauf peut-être en zone rurale où le rond point superbe ainsi que l’aménagement du centre bourg  sont des « preuves » visibles de l’existence du Conseil Général qui subventionne et le fait savoir.

Ils correspondent d’autant moins à une réalité que certain d’entre eux sont composés de communes qui n’appartiennent pas toutes à la même intercommunalité et que la montée en puissance de ces intercommunalités brouille un peu plus l’image du Département, réduit à un guichet d’octroi de subventions et à la gestion de compétences lourdes mais peu valorisantes, comme le social par exemple, compétence par ailleurs bien souvent attribuée, dans les esprits, à la commune.

Comment sortir de l’impasse ?

Ils y a les partisans de la fusion entre la Région et le Département qui règlerait de manière définitive le cas de celui-ci. Techniquement, il est possible d’envisager des regroupements de compétences obligatoires ou facultatives exercées par les deux collectivités, au seul profit de la Région : c’est le cas pour les collèges et les lycées les transports ferroviaires et routiers, l’action économique, l’enseignement supérieur, la culture…

Reste l’action sociale, compétence départementale qui nécessite des budgets conséquents et pour laquelle la proximité s’impose. La progression constante des ressources financières se faisant  bien souvent au détriment des autres compétences, il conviendrait de la confier à des établissements publics départementaux ce qui favoriserait la sécurisation des ressources financières nécessaires.

Le même dispositif pourrait s’appliquer aux services de sécurité et d’incendie.

Les partisans de cette fusion (à l’UMP, principalement) prennent actuellement leurs désirs pour des réalités en disant que le conseiller territorial prévu dans la loi sur la réforme des collectivités territoriales votée en 2010, règlera le problème, cet élu représentant à la fois le Département et la Région. En réalité, ce n’est qu’un artifice car on ne règle qu’un problème de scrutin puisque la constitution n’a pas été modifiée et que ces deux collectivités continuent d’exister.

A gauche, on cogite également pour pallier l’abstentionnisme et un député P.S. n’a rien trouvé de mieux que d’envisager d’élire le même jour, les conseillers municipaux, régionaux et généraux. En quelque sorte, les élections municipales pour lesquels le taux d’abstention n’est pas encore dramatique (mais, on y va) serviraient de « produit d’appel » pour les autres scrutins dont les électeurs se détournent de plus en plus. Le seul « avantage » de ce dispositif serait de faire apparaître clairement les cumuls de mandats par la simple comparaison des bulletins de vote aux trois élections, mais ce n’est sans doute pas le but recherché…

Autant dire que dans les deux cas – conseiller territorial ou scrutins regroupés – on ne règle rien et surtout pas le déficit démocratique et la fracture de plus en plus importante qui apparaît entre les élus et les citoyens qu’ils sont censés représenter. Aujourd’hui on ne nous propose que des artifices ou des contournements comme réponse.

E t cela risque de durer encore longtemps et de s’aggraver avec des conséquences sur la montée du populisme dans notre pays, tout simplement parce que les élections locales sont un enjeu politique, que la gauche classique, majoritaire dans les collectivités locales n’a pas envie de changer le système (tant qu’elle n’aura pas décroché la timbale de la présidentielle et des législatives) et que la majorité nationale actuelle ne pense qu’à se réimplanter localement en taillant des croupières à l’opposition.

La démocratie, le citoyen, la proximité avec lui ? On s’en fout, les enjeux sont avant tout politiques et vous êtes priés de vous conformer à ce que les partis dominants auront décidé pour vous et d’aller ou non voter, pour le plus grand bien des élus en place qui cumulent les mandats et qui en font une profession.

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