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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 09:07

Jamais avares de concept fumeux et parfois hypocrites (mais ça fait bien et ça en jette), nos technos ministériels ont adoptés à l’occasion de la rédaction du projet de loi sur la décentralisation l’expression « mobilité durable ».

« Mobilité », on se doute que cela concerne nos déplacements, encore que les personnes à mobilité réduite n’aient certainement pas la même conception que les actifs des déplacements.

Même chose pour « durable », terme qui, accolé à développement, nous laisse à penser que l’on parle de maîtrise des ressources naturelles et de réduction des gaz à effet de serre.

Un indice : l’expression « mobilité durable » figure dans le chapitre de la loi consacrée aux transports et remplace l’expression « organisation des transports urbains », pris en charge par les communes, les intercommunalités et les syndicats.

A nouveau concept, nouvelles missions : les collectivités organisatrices « veillent également à l’organisation de l’autopartage, du covoiturage et du vélo en libre service ».

Nous sommes sauvés : la mobilité durable, avec ces nouveaux outils, va certainement résoudre nos problèmes de déplacements. Mieux qu’une réforme, une révolution !

Je suis sans doute un peu ironique, mais plutôt que de consacrer deux articles d’un projet de loi à la « mobilité durable », peut être aurait-il fallu se pencher sur les carences du système de transports existants, et l’hypocrisie des élus locaux.

Les carences du système

Ils viennent du fait qu’il existe, de par la loi, une multiplicité d’organisateurs, soucieux de leurs prérogatives et de leurs territoires : à la Région les transports régionaux par Trains et les lignes routières interdépartementales ou interrégionales, aux intercommunalités dotées d’un périmètre de transports, l’organisation des transports urbains et aux départements l’organisation des transports interurbains dans les zones restantes, sans compter les communautés de communes en zone rurale qui peuvent organiser des transports à la demande.

Pour l’usager lambda, soucieux de « mobilité durable », désirant se rendre d’un point à un autre, et peu au fait de la multiplicité des organisateurs des tarifs et des horaires,  c’est parfois le parcours du combattant : achat de plusieurs titres de transport, ruptures de charge, attente entre deux trajets et au final un temps de transport trop important pour se passer de sa voiture.

La vraie question est là, dans la simplification de l’organisation pour la rendre compatible avec les bassins de vie en la sortant des frontières administratives auquel les citoyens ne comprennent rien.

Que prévoit le projet de loi ? La création d’un syndicat mixte regroupant la région, les départements et les collectivités organisatrices de plus de 100 000 habitants, c'est-à-dire un « machin » supplémentaire qui ignore les zones rurales ou périurbaines et qui surtout ne recherchera aucune cohérence territoriale par rapport à la demande de déplacements liée aux bassins de vie.

L’hypocrisie des élus locaux

C’est déjà difficile pour eux de travailler avec le voisin selon le principe « il vaut mieux un petit chez soi qu’un grand chez les autres », autrement dit, il y a un risque pour une commune à devoir s’effacer dans une intercommunalité où les décisions se prennent à la majorité. C’est pourquoi, il ne faut pas toujours chercher de la cohérence en matière de transports dans les territoires intercommunaux, mais souvent étudier la carte politique du secteur. Le citoyen ? On ne lui demande pas son avis, il s’adaptera, c'est-à-dire qu’il continuera à prendre sa voiture en l’absence d’un réseau accessible et efficace.

Les élus municipaux, au sein d’une seule intercommunalité, n’oublient pas pour autant qu’ils seront éventuellement réélus par les habitants de leurs communes lors des prochaines échéances électorales et ils n’oublient pas de les préserver de la circulation de transit ou de chercher à dissuader l’accès des véhicules personnels dans les centres villes pour empêcher les nuisances.

C’est ainsi que des communes situées en première couronne d’une grande ville « organisent » les choses afin de minimiser la circulation de transit en la repoussant au-delà des limites communales et parfois chez le voisin. Limitation drastique de la vitesse dans des endroits que l’on ne savait pas dangereux, ralentisseurs, chicanes, feux tricolores, rétrécissements de voies, tout ce qui figure dans le catalogue des fournisseurs est ainsi mis en place à grands frais sous couvert hypocrite de sécurité. Le résultat est souvent efficace puisque les automobilistes qui n’ont pas toujours d’alternatives en transports collectifs goûtent aux joies de la « mobilité durable », durable dans le sens de l’augmentation du temps de trajet, mais surtout pas écologique en raison de la consommation supplémentaire de carburants pour faire le détour.

Même chose pour les villes centres qui développent des trésors d’ingéniosité coûteuse en matière de restriction de voirie, d’implantation de poteaux et autres barrières. Ajoutons à cela une politique de promotion du vélo sans éducation et surtout sur des voiries à contre sens avec juste un coup de peinture.

Chasser la voiture des centres ville et l’interdire en périphérie, voici, sous couvert de sécurité, le leitmotiv des élus locaux. Cela coûte cher, très cher, et ne résout pas la question. A quand des systèmes de transports performants, c'est-à-dire qui prendront en compte la réalité des trajets et s’éloigneront du dogme du réseau en étoile en oubliant les trajets en périphérie et en couronne ?

Le problème c’est que l’argent dépensé en aménagements coercitifs n’ira pas aux infrastructures et au renforcement des réseaux.

C’est vrai aussi que les collectivités locales se poussent du col en disant qu’elles réalisent 70 % de l’investissement public en France : c’est dire que nous auront encore droit dans les années à venir à des innovations imbéciles et coûteuses pour dissuader la circulation automobile. Dans le même temps les élus continueront à jouer les pleureuses hypocrites chaque fois qu’une usine automobile fermera.

La « mobilité durable » se mérite, mais il faudrait un peu de courage politique.

 

 

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