Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 11:21
Le texte voté par le Parlement sur la réforme des collectivités territoriales, s’il n’est pas révolutionnaire et ne modifiera pas en profondeur le paysage territorial ni la superposition des collectivités et établissements publics comporte des dispositions concernant l’intercommunalité, intéressantes, à conditions que les élus ne les torpillent pas.

 

Le contexte et les enjeux

Avec le litre d’essence sans plomb à 1,5 € et dans quelque temps à 2 €, il est clair que les comportements vont changer.

Prix en tenaille entre les augmentations des énergies (carburants, gaz, électricité) auxquelles s’ajoutent celles des loyers, de l’alimentation, des assurances,…  et la stagnation des revenus salariaux (quand ce n’est pas la baisse) le « reste à vivre » a tendance à diminuer comme peau de chagrin et ce contexte va peser sur les comportements des citoyens en matière de déplacements et d’habitat.

L’époque du retour à la campagne des années 70/80 a vécu. Cet idéal a d’ailleurs rapidement  été remplacé par la nécessité de trouver un terrain à prix abordable pour construire, ce qui a entraîné des familles à vivre à 25 ou 30 kms des zones urbaines du Département, dans des communes rurales dépourvues de services de proximité.

Ce modèle d’accession à la propriété « à tout prix », qui a mis beaucoup de foyers en difficulté (en raison notamment du coût des déplacements domicile-travail et des déplacements des enfants), n’est plus d’actualité, et il n’est pas impossible que nous assistions à des besoins croissants de retours vers les zones urbaines ou périurbaine, là où se concentrent les activités.

Ajoutons à cela que l’INSEE prévoit une forte augmentation de la population dans le bassin rennais à l’horizon 2030 (+ 24 %) et on aura une idée des défis qui nous attendent en matière de logement et de déplacements.

Des intervenants multiples et pas toujours objectifs

Sommes-nous en mesure de relever ces défis, ou plus exactement l’organisation des territoires le permet-il ?

Entre les communes, les intercommunalités, le Département et la Région et les différents acteurs semi-publics ou privé (secteur du logement ou SNCF pour les T.E.R.), sans parler de l’Etat, l’abondance d’intervenants n’est pas toujours synonyme d’efficacité et de bon usage des deniers publics.

Là où cela se complique, c’est que tout ce beau monde qui œuvre pour le bien commun a souvent tendance à considérer les oppositions politiques ou les problèmes d’égo avant la satisfaction des attentes des citoyens et le rôle du Préfet n’est pas neutre dans ce contexte

C’est exactement ce qui se passe en ce moment en Ille et Vilaine à l’occasion du débat sur la refonte de la carte de l’intercommunalité.

Le rôle du Préfet

Bien sûr le Préfet, en parfait agent de l’Etat, a respecté le cadre de la loi qui impose une refonte de la carte de l’intercommunalité à l’horizon 2013 en proposant un document de travail qui sera soumis à la Commission Départementale de la Coopération Intercommunale (composée majoritairement d’élus).

Sans surprise, pour certaines petites intercommunalités (entre 5 et 10 000 habitants), il est proposé une fusion avec les voisines de mêmes dimensions. C’est le cas pour Pipriac, Maure et  Le Grand- Fougeray. Pour d’autres, de même taille, situées au Nord du Département, il n’en va pas de même (Coglais, Louvigné, Baie du Mont Saint Michel ou Pays de Dol) et l’on voit se profiler quelques soupçons relatifs à la personnalité d’élus du littoral de la Manche, peu enclins à travailler ensemble alors que les intérêts communs sont évidents (tourisme, maraîchage, conchyliculture,…).

Même chose en ce qui concerne le découpage la future communauté de Vitré, du Pays Guerchais et de la Roche aux fées, qui ne déplaira certainement pas à P. Mehaignerie, baron local toujours influent dans les couloirs des ministères.

Il n’en va pas de même en ce qui concerne le futur territoire de Rennes Métropole pour laquelle le principal souci du Préfet aura été de ne pas atteindre la taille critique de 500 000 habitants pour pouvoir briguer le statut nouveau de Métropole lui permettant d’étendre ses compétences. Il se sera en cela fortement imprégné du discours de M. de Legge, sénateur UMP, proche de M. Méhaignerie et auteur de l’amendement portant à 500 000 (au lieu de 450 000 dans le projet de loi initial) le seuil pour obtenir le fameux nouveau statut de Métropole, avec en commentaire un discours de propriétaire terrien de l’ancien régime (« Je ne souhaite pas que dans mon département l'on organise le territoire par défaut, en fonction de ce que la capitale aura bien voulu lui laisser »).

On notera enfin un découpage sur mesure pour le Pays de Chateaugiron avec ses personnalités locales fortes ayant émis depuis toujours  le rejet de Rennes Métropole et le quasi statu quo pour le Pays de Liffré dont on a du mal à analyser les causes tant son rattachement à Rennes apparaissait évident pour des raisons géographiques. Dans ce dernier cas, les aspects économiques auront sans doute pesé pour préserver une autonomie provisoire.

La réalité vécue

La réalité vécue par les habitants du Département  est à cent lieues de ces basses considérations propres au microcosme politique local. Cette réalité est faite de problèmes liés aux déplacements, professionnels, en premier lieu, d’accès au logement à un prix raisonnable et de services publics de proximité.

Cette réalité est fortement imprégnée des réalités concernant l’attractivité de Rennes Métropole en matière d’emplois et de la localisation de l’habitat des salariés concernés : c’est ce qu’on appelle l’aire urbaine. Celle de Rennes, qui prend en compte les communes dont 50% des actifs travaillent dans ce secteur, comprend 92 communes et 500 000 habitants.

Pas besoin d’être grand clerc pour constater que le découpage préfectoral n’a tenu aucun compte de cette réalité vécue et a préféré s’en tenir à des considérations prudentes et politiques.

On peut penser que les débats au sein de la Commission Départementale de La Coopération Intercommunale (composée majoritairement d’élus locaux) seront empreints du même genre de considérations qui positionneront les intérêts politiques et personnels avant l’intérêt général.

Des élus mobilisés…

…Pas forcement pour de bonnes raisons, donc, et qui niant les réalités concernant la mobilité et les déplacements des citoyens préfèrent avancer sous couvert de langue de bois pour tenter de les convaincre du bien fondé de « leur » combat.

Certains n’hésitent pas à mettre en avant, en cas d’intégration à Rennes Métropole, la perte de proximité avec les Présidents de Communautés de Communes actuelles, comme si tout le monde les connaissait et demandait à les rencontrer régulièrement (sur quels sujets, d’abord ?).

D’autres évoquent la dilution de la représentation communale au sein d’une communauté élargie. Nous ne sommes pas loin du stress de l’élu local qui, seul, ne dispose déjà plus de beaucoup de pouvoirs mais qui ne veut surtout pas perdre de son prestige. Notons que l’intercommunalité ne touche pas à ce qui fait l’essence même du travail de l’élu local, à savoir la proximité avec le citoyen dans ses démarches administratives courantes, la résolution des questions relatives au vivre ensemble, la vie associative, l’animation de la commune ou bien encore l’accompagnement social.

D’autres augments ont le mérite de la clarté sinon de l’objectivité et concernent les oppositions politiques ou l’absence de communication avec la communauté voisine et dénoncent les conséquences néfastes des « mariages forcés » ou des « annexions » qui ne tiennent pas compte du volontariat des collectivités : des collectivités ou des seuls élus ?

Certains élus enfin jouent sur le registre de la peur : « l’intégration à Rennes Métropole ce serait le démantèlement d’un certain nombre de choses dont les gens n’ont pas encore conscience ». On demande à voir…

Autre argument mis en avant : « la question de la gestion du personnel se pose aussi », témoignage évident de l’absence de management des équipes communales.

Des enjeux trop simples…

Confronté au coût des déplacements domicile travail, l’habitant d’une commune comprise dans l’aire urbaine mais ne faisant pas encore partie de Rennes Métropole et ayant épuisé les joies du covoiturage, lorgne sur le service de transport de l’agglomération pour résoudre son problème ou sur la capacité des différents partenaires à se mettre d’accord sur une politique de logement lui permettant de se rapprocher de son lieu de travail à un coût raisonnable.

S’agissant des services de transport, il devient évident de les confier à une seule autorité organisatrice au lieu de deux actuellement et cela dans un territoire cohérent (aire urbaine ou Pays) et de développer les services périphériques entre les communes. Cela concerne le Département qui devrait abandonner cette compétence au profit des autorités urbaines actuelles (Rennes, Saint Malo, Vitré, Fougères,) et cela dans un cadre territorial élargi qui serait celui des Pays (au nombre de 7 en Ille et Vilaine).

Même chose pour le logement, compétence pour laquelle l’atomisation des responsabilités fait les beaux jours de la spéculation.

Les communes et le Département doivent en passer par le transfert de la maîtrise des sols et du financement des politiques de logement à une organisation supra communale si elles veulent  répondre aux attentes citoyennes et ne plus se cantonner à leur pré-carré, symbole par ailleurs de cumul de mandats et de fonctions.

Enfin le citoyen néo-rural attend des services publics de proximité et il faut bien admettre que dans ce domaine l’action de l’Etat ou de services publics privatisés (La Poste), sous couvert de RGPP ou de critères économiques s’éloigne chaque jour de ces attentes.

Prochaine étape : la concentration urbaine

On ne voit pas le modèle actuel, qui sous couvert d’aménagement du territoire a surtout favorisé la disparition des espaces agricoles transformés en lotissements, poursuivre son développement.

Pour des considérations de mobilité et de logement mais aussi pour des raisons écologiques (réduction de l’émission des gaz à effets de serre) ou d’accès aux loisirs ou aux établissements d’enseignements, les arbitrages personnels en matière d’habitat iront dans le sens de rapprochements vers les villes centre ou d’implantations en zones urbaines.

Les élus locaux qui, contre vents et marées persistent à croire au maintien du modèle actuel sont dans l’erreur et feraient bien d’écouter les citoyens mais aussi ce qu’ont à leur dire les architectes, les urbanistes et les techniciens, faute de quoi ils seront condamnés à voir leur population fuir des territoires dont ils auront contribué à organiser le déclin. 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Duende 15/02/2012 21:21


N'y a t il pas d'autres causes à défendre ? Allez sur le site de la fondation Abbé Pierre et vous verrez que tout ceci est bien ridicule ...


Mobilisons nous autrement : soyons tous candidats avec nos slogans "soyons le changement que nous voulons "


 

Gilles Pradeau 06/05/2011 16:00



L'ADELS organise un séminaire itinérant sur la réforme des collectivités territoriales votée récemment pour accompagner cette période charnière. Informer, sensibiliser, mobiliser et préparer les
élus comme les associations, n'hésitez pas à nous contacter pour accueillir ce séminaire chez vous maintenant que vous connaissez la nouvelle carte intercommunale proposée/imposée par le préfet.
Plus d'infos au 01 43 55 40 05.



ielosubmarine 29/04/2011 16:41



C'est bien cela et ça explique sans doute au final l'abstention massive des électeurs aux dernières élections locales



ZenA4 27/04/2011 18:55



Sans doute que les déplacements font un peu trop partie de la vie quotidienne des habitants, et comme la STAR a l'image d'un bon service de transport collectif, cela pourrait faire basculer
l'opinion publique en faveur d'une adhésion à Rennes Métropole... On préfère alors masquer la réalité, quitte à s'en inventer une autre, ça permet de ne pas ouvrir le débat !



ielosubmarine 27/04/2011 09:23



Merci pour votre commentaire qui confirme que certains élus sont prêts à tout pour enfumer les citoyens



Présentation

  • : Le blog de Michel
  • : Société - Réforme des collectivités locales - Vie des collectivités locales d'Ille et Vilaine - Nouvelles - Coups de gueules
  • Contact

Recherche

Liens