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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 09:14

Depuis le décès brutal de Jean Michel Lemétayer, l’ancien leader de la FNSEA, la presse, en particulier locale, n’a pas été avare de compliments sur l’homme et son engagement. Difficile de trouver le moindre début de critique sur son action à la tête du syndicat, étant entendu que l’homme privé était certainement « un type bien », « simple », « débordant d’énergie », « estimé de tous », notamment dans son village d’Ille et vilaine, comme cela a été rapporté dans Ouest France.

Tous, de la gauche à la droite, que ce soit le personnel politique, la presse, ou le monde syndical agricole, y compris minoritaire, ont débordé d’éloges et de bons sentiments sur l’homme, et les réserves sur son action ne se sont que très modérément exprimées.

Bien sûr, le temps des obsèques ne se prête pas à ce genre d’exercice mais ce concert de louanges, certainement justifiées s’agissant de l’homme, ne doit pas masquer l’orientation et l’action du syndicat agricole dont il fut le Président.

Un libéralisme mâtiné de subventions publiques

Rappelons tout d’abord que la FNSEA est le principal lobby agricole et qu’il a du mal à accepter la pluralité d’expression au sein de la profession. Ensuite, on soulignera l’ambigüité qu’il y a à s’inscrire dans le libéralisme dès qu’il s’agit pour l’agriculture française et l’industrie agro alimentaire d’exporter ses produits, et en même temps prôner le protectionnisme lorsque les autres producteurs européens veulent vendre leurs produits en France. On a vu ce que cela pouvait donner en matière d’opérations coup de poings avec destruction de marchandises à l’appui.

Cette ambigüité apparaît également de manière flagrante lorsqu’il s’agit de maintenir contre vents et marées la PAC, très favorable, il faut le dire à l’agriculture française.

Un syndicalisme de combat

Pour se faire entendre, les syndicalistes de la FNSEA, n’hésitent jamais à sortir l’artillerie et les blindés, c'est-à-dire les légumes et les œufs dont ils arrosent copieusement les forces de l’ordre, et les tracteurs et engins qui servent à l’occasion à démolir les grilles des Préfectures ou à épandre le lisier, marque caractéristique de leur passage.

Dernier exploit en date (le 3 Août), la destruction dans le Finistère d’un portique écotaxe (destiné à facturer la redevance routière applicable aux plus de 3.5 T voulue dans le cadre du Grenelle de l’environnement), par un collectif dans lequel figurait la FDSEA.

Il est intéressant de constater que ces actions ont toujours bénéficié de la mansuétude des pouvoirs publics (de droite ou de gauche) qui laissent complaisamment entrer les tracteurs jusque dans les centres villes où ils bloquent la circulation, au mieux, ou démolissent, au pire, des bâtiments publics.

Notons enfin que des courants traversent le syndicat et que les intérêts divergent entre céréaliers, producteurs de lait, de viande (porc, volailles, bovins, ovins,…), mais qu’en l’absence de pluralité syndicale, les affaires se règlent entre « amis » au nom d’une solidarité agricole plus ou moins factice.

Les laissés pour compte du modèle

Le syndicalisme agricole incarné par la FNSEA bénéficie donc d’une place à part dans le paysage français. Pour autant le modèle d’agriculture qu’elle incarne est-il efficace ?

Une partie de la profession agricole souffre et de nombreuses exploitations ferment chaque année en raison d’un modèle d’agriculture intensive prôné par la FNSEA et la course à la mécanisation qui va avec. Les petits agriculteurs, prisonniers de ce modèle, se sont endettés au-delà du raisonnable avec la promesse de remontée des cours qui ne vient que rarement et ont épandu engrais et pesticides fournis par les coopératives au-delà du raisonnable. Les banquiers, y compris ceux qui se revendiquent proches du monde agricole, mais qui ne sont pas des philanthropes pour autant, procèdent, au mieux à l’étalement des dettes ou au report des intérêts, ce qui revient tout juste à rallonger la laisse de l’agriculteur et à différer l’échéance de la liquidation de l’exploitation.

Ce système profite à ceux qui s’inscrivent dans le schéma productiviste, qui voient là la possibilité de racheter pour une bouchée de pain, terres, bâtiments et matériels tout en orientant les agriculteurs ruinés vers le RSA.

Et l’environnement dans tout cela ?

On l’a dit, le modèle productiviste avec ses excès est préjudiciable à l’environnement et ce ne sont pas les concepts plus ou moins fumeux sur « l’agriculture raisonnée » ou « durable » ou « responsable », chargés de faire oublier l’agriculture bio, qui pourront nous convaincre de la suprématie du modèle proposé par la FNSEA.

La Bretagne est bien placée pour vérifier les conséquences des rejets agricoles dans les cours d’eau. De superbes marées vertes agrémentent si l’on peut dire, les côtes, et à chaque fois, c’est la puissance publique (l’Etat, les intercommunalités, les communes,), c'est-à-dire le contribuable, qui paye les frais du nettoyage, comme par ailleurs à la suite de chaque manifestation.

Le bal des faux culs

Alors, voilà, il y avait quelque chose d’affligeant dans cette quasi unanimité de louanges sans nuances dont on pourra dire, pour l’expliquer, qu’elle concernait l’homme et non l’organisation syndicale.

Quelques députés auront sans doute fait le minimum. D’autres élus, de gauche également, mais sans doute animés par les prochaines échéances électorales, en on fait un peut trop dans la brosse à reluire, quand ceux de droite pouvaient enfin faire preuve d’une sincérité sans faille.

Trois Ministres de gauche se sont déplacés pour la cérémonie mortuaire et un message du Président de la République à été lu. Un sans faute dans cette période estivale peu propice à la mobilisation (souvenons nous des ratés lors de la canicule). On n’a donc pas entendu les flingueurs de l’UMP reprocher quoi que ce soit au gouvernement actuel, d’autant que les dirigeants de ce parti ne semblaient pas présents aux obsèques.

Une seule personnalité politique (l’ancien Ministre de gauche de l’agriculture Louis Le PENSEC) aura nuancé son éloge par une réserve sur les convictions du défunt qui n’étaient pas partagées par tous. Il est bien seul à n’avoir pas manié la langue de bois et à l’avoir fait dans le respect du défunt.

Un exercice de communication politique globalement bien réussi, donc, mais qui aura occulté bien des choses sur la réalité du monde agricole d’aujourd’hui, ses sous prolétaires qui crèvent la faim, et sur les attentes et questionnements des citoyens en matière de traçabilité des produits, de coûts de production, d’environnement et de liens entre l’agriculture, l’agro alimentaire et la grande distribution.

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