Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 11:51

… Et les citoyens ont perdu

Depuis 2012, le pouvoir en place nous annonçait monts et merveilles en matière de collectivités territoriales. Au bout du bout, c’est-à-dire après le vote de plusieurs lois - découpage des Régions, - mise en place de Métropoles, et cette fameuse dernière loi votée le 16 juillet (pendant les vacances pour qu’on ne disserte pas trop sur le vide sidéral de ce texte) – on ne peut que constater, une fois de plus les écarts entre les promesses et les lois votées (et pour leur application, on verra plus tard).

L’union sacrée

En principe, lorsque les parlementaires votent une loi, c’est pour le bien du Pays et des citoyens, (mais, je le concède, cette définition est discutable).

Pas de cela pour le vote de la loi NOTRe (Nouvelle Organisation du Territoire de la République), puisque ce texte voulu par le Gouvernement attaquait trop les intérêts des élus pour qu’il puisse être voté en l’état.

Pensez-donc, on avait prévu de supprimer les Conseils départementaux (ex-généraux), en transférant les compétences aux régions et aux intercommunalités, mais c’était sans compter sur le poids du lobby des élus départementaux et des radicaux de gauche qui ont combattu ce texte pour éviter d’en arriver à une telle extrémité, c’est-à-dire se faire Harakiri.

Le résultat est là, on conserve ce niveau de collectivité, mais lorsqu’on regarde les compétences qui lui restent on se dit qu’entretenir une assemblée d’élus entourée des cabinets et autres services de com, cela coûtera cher aux citoyens, mais cela ne fait rien, comme disent certains élus : « La démocratie à un coût ». A vous de voir si cela est justifié…

Pour l’intercommunalité, c’est à peu près la même chose, même si l’on constate des voies d’amélioration à terme (si le texte n’est pas revu entre temps).

Là ce sont les fameux « Maires ruraux » qui ont été à la manœuvre, appuyés par les parlementaires de tous bords, les sénateurs étant bien entendu en première ligne.

Pas question donc d’aller trop loin en matière de seuil pour les intercommunalités (on sera finalement à 15000 habitants, mais de nombreuses exceptions sont prévues…), ni en matière de vote au suffrage universel des déléguées intercommunautaires (refusé), les Maires des petites communes rurales ont été vent debout contre de trop grandes avancées, aidés en cela par les Sénateurs qui sont leurs grands électeurs, ne l’oublions pas ! Tout cela favorise un système dans lequel gauche et droite confondues tirent leur épingle du jeu.

Ils veulent notre bonheur

Et ils nous disent que c’est pour notre bien que l’on maintien le mille-feuille territorial, que la proximité est plébiscitée par les citoyens. Certes, les citoyens aiment bien avoir un élu de proximité, ne serait-ce que pour avoir un conseil ou pour donner son avis sur ce qui ne va pas dans la commune, mais faut-il pour cela maintenir 540 000 élus (dont une très grande majorité sont des élus communaux) dans notre Pays qui détient le record en la matière ?

Une seule raison justifie ce système : le clientélisme entre élus des différents niveaux et le rôle des partis politiques qui voient dans ce système de grosses opportunités de placer leurs poulains.

En gros, le saupoudrage judicieux de la réserve parlementaire entre plusieurs petites communes rurales, assurera au sénateur la bienveillance des grands électeurs que sont les Maires et la subvention du Conseil Départemental pour le rond-point pourra se traduire par une campagne du Maire en faveur du Conseiller.

Interrogez-vous

Maintenant que vous savez comment ça marche, que votre argent (puisque c’est l’argent des contribuables qui permet ce système) est aussi utilisé à des fins électorales, à assurer le cumul des mandats et une retraite dorée aux sénateurs, à payer les indemnités des élus, leur communication, etc…, demandez-vous si on ne pourrait pas faire mieux avec moins d’élus.

Pour moi, la réponse est évidente : c’est par l’intercommunalité que les choses doivent évoluer, pas celle où on maintient les choses en l’état, mais celle où le citoyen conserverait des Maires de proximité uniquement pour la gestion courante pour toutes les communes de moins de 400 habitants (18 000 sur 36 300, tout de même !) et où les autres décisions seraient prises au niveau intercommunal, une intercommunalité chargée également du plan d’urbanisme intercommunal pour toutes les communes quelle que soit leur taille, afin d’éviter les égoïsmes et les querelles de clocher sur l’implantation de logements sociaux, par exemple. Une intercommunalité, enfin, qui ne nécessiterait plus le maintien du Conseil Départemental, la Région les soutenant au titre de l’aménagement du territoire.

Nous en sommes loin et beaucoup de citoyens, peu avertis du fonctionnement que je décris et surtout de la captation du système par des élus au détriment de l’intérêt collectif, continueront à se battre bec et ongles pour que les choses restent en l’état, fusse au prix (ce qu’ils ignorent souvent) d’une fiscalité locale élevée.

Mais comme le citoyen pense que son vote sert encore à quelque chose, malgré le déni de démocratie du référendum de 2005 et de ce qui se passe actuellement en Grèce, il continuera à faire confiance à des élites autoproclamées qui cherchent avant tout à se maintenir en place et à plébisciter un système ruineux.

Repost 0
12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 20:10

Chaque mois de Juillet, nous avons droit au Tour de France qui cette année a commencé aux Pays Bas. S’agissant d’un produit marketing, il faut bien promouvoir la marque pour mieux la vendre à l’étranger.

Le tour, véritable exploit sportif ou affaire commerciale ?

On pourrait également ajouter entreprise de communication pour les communes, départements, Régions, etc…

Le tour c’est quoi ? D’abord un compromis habile entre manifestation sportive et ses rendez-vous incontournables (les Alpes, les Pyrénées avec leurs cols et leurs montées mythiques), le choix des villes étapes (celles qui sauront mettre les moyens financiers nécessaires avec l’aide des autres collectivités locales du coin) et la découverte de nos beaux paysages français.

Une fois tous les ingrédients bien malaxés, vous obtenez un parcours qui n’a rien à voir avec un tour de France, mais qui est plutôt une succession de tracés ponctués de transferts et de navettes entre les villes étapes : une pour l’arrivée, l’autre pour le départ du lendemain. La machine à subventions fonctionne bien et tout le monde il est content, surtout les élus locaux qui disserteront savamment sur l’impact économique du passage du tour. En gros, il y aura d’un côté le financement initial payé par l’ensemble des contribuables et de l’autre les « retombées économiques » sur le commerce local, beaucoup plus floues.

Ce tour, les cyclistes qui le font sont sans doute les derniers à donner leur avis. Ce qu’on leur demande, c’est juste de courir là où on leur dit, le plus vite possible, en montrant bien leur maillot constellé de marque de saucisses, d’assurances, de boîtes de crédits ou de jeux d’argent aux caméras de télés.

Les coureurs, des sportifs ?

Incontestablement oui ! C’est un métier dur qui implique des sacrifices quand il est fait proprement, ce qui n’est pas toujours le cas. L’affaire Lance Amstrong est là (mais il n’est pas le seul) pour démontrer que le cyclisme (mais ce n’est pas le seul sport concerné) c’est aussi le domaine de la tricherie individuelle ou collective.

Il est toujours très intéressant de voir comment les organisateurs du tour qui connaissent bien le problème rejettent la patate chaude auprès des instances nationales ou internationales du cyclisme pour faire (doucement) le ménage. En fait, il se passe dans le cyclisme ce que nous avons découvert pour le foot avec l’affaire Blatter : de compromis en compromis, on en arrive à la compromission.

Dans un an ou deux, c’est-à-dire quand les labos arriveront à détecter les produits injectés aux coureurs cette année, on nous dira benoîtement que le tour 2015, n’a pas de vainqueur, compte tenu du fait que les second et troisième ont subi le même traitement.

En attendant, vous êtes priés d’accepter que certaines étapes se courent à des vitesses moyennes de 45/50 Kms/h et que certains coureurs montent des cols réputés à plus de 40 de moyenne.

Show must go on !

Alors le tour, fête populaire ?

Oui, également. Il n’est que de voir les spectateurs qui se pressent sur le parcours ou autour des hôtels et du village étape pour entrevoir telle ou telle célébrité invitée, que ce soit le Président de la République ou Miss France, ou bien le coureur inconnu à qui on demandera un autographe pour le cas où il deviendrait célèbre.

Le tour est donc également une entreprise de spectacle et de promotion des élus locaux que l’on retrouvera en une du journal local en train de donner le départ depuis la voiture du directeur de course.

Bon, maintenant, lorsqu’on regarde certaines étapes, on constate qu’on assiste également à un festival de la beaufferie : du spectateur hurlant qui court à côté des coureurs (alors que c’est interdit) déguisé en n’importe quoi ou le cul à l’air, en passant par le « spectateur » dans son camping-car drapé du drapeau de sa région qui regarde passer le tour à l’intérieur sur sa télé avec le Ricard à portée de main et qui passera 4 heures dans les embouteillages pour repartir, avec pour finir (liste non exhaustive) par celui qui se plante au milieu de la route pour faire un selfie au moment du passage du peloton.

C’est quoi le tour en définitive ?

Au terme de ces questionnements, de ces constats, de ces remarques acides ou désabusées, force est de constater que le tour est à l’image de notre société : la course au fric (et peut-être d’une gloire éphémère pour les coureurs), le miroir du délitement de la citoyenneté, la perte de l’esprit sportif, et sans doute un vecteur de la tricherie organisée tout cela au nom de ce « beau moment de communion nationale » qui permet d’oublier les vicissitudes de la vie actuelle.

Planté sur le parcours, le citoyen lambda voit défiler la caravane publicitaire pendant deux heures avant de voir un peloton compact qui passera en trente seconde.

Le même, devant sa télé, aura droit à la chute collective quotidienne sous toute ses coutures, seule animation de mornes étapes en plaine, avec le commentaire érudit du journaliste sur les ruines du château du 12 è siècle et de la spécialité fromagère du coin, introuvable dans le commerce.

J’ai passé de formidables siestes devant mon petit écran et j’ai décidé de ne plus regarder ce barnum.

J’aime plus le tour de France

Repost 0
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 19:21

Il attendit qu’elle ait franchi le portail et tourné au coin de la rue. Comme chaque dimanche matin, depuis deux mois elle partait faire une marche au bord de la mer, pour s’aérer, disait-elle.

Il avait une bonne heure devant lui pour essayer de conforter ses soupçons.

Depuis quelques temps, Jeanne était distante, trop silencieuse. Elle fuyait les caresses, les baisers. Après 15 ans de mariage, la lassitude avait sans doute creusé son sillon, ou bien plus grave, Jeanne avait sans doute trouvé ailleurs ce qu’elle n’avait plus l’impression d’avoir dans le couple.

Il avait bien pensé à la suivre lors de ces promenades dominicales, mais dans un premier temps, il avait jugé plus pertinent de faire l’inventaire de son sac, cet accessoire auquel peu d’hommes s’intéressent de peur de s’y perdre.

En ouvrant le sac, lui vint à la mémoire les premières paroles de la chanson de Michel Jonasz « Dites-moi » : « Elle avait toujours dans son porte-monnaie l’île aux trésors et des pièces de un franc usée ». Les cartes de fidélité faisaient aujourd’hui office d’ile aux trésors et côtoyaient la carte bancaire. Un autre compartiment du sac était occupé par les produits de beauté, fond de teint, crayon, rouge à lèvre ... Ne manquait qu’ « Un pinceau de poil de martre pour mettre des rideaux bleus aux fenêtres de ses yeux, aux fenêtres de ses yeux » dixit la chanson de Jonasz qui lui vrillait la tête pendant qu’il s’adonnait à cette basse besogne d’inventaire.

L’examen du répertoire téléphonique ne donna pas grand-chose, mais d’un autre côté, si elle avait une double vie, ce serait le dernier endroit pour noter les coordonnées d’un potentiel amant.

L’agenda par contre éveilla son attention : à deux dates différentes dont l’une vieille de 3 semaines et une autre prévue dans une semaine figuraient une mention sibylline, DV, qu’il n’arrivait pas à interpréter mais qui augmenta ses doutes.

Et toujours cette mélodie lancinante qui tournait sans cesse dans sa tête : « Dites-moi, dites-moi, qu’elle est partie pour un autre que moi, mais pas à cause de moi, dites-moi ça, dites-moi ça ».

Il referma le sac en prenant soin de tout remettre à sa place et attendit le retour de Jeanne qui perçut son trouble.

  • Assieds-toi, lui dit-elle, j’ai quelque chose à te dire.

A ces mots, il lui sembla que le monde allait s’écrouler, que ce bonheur bâti patiemment, la maison, leur fille, allait s’écrouler, qu’elle allait partir avec un autre. C’était le seul scénario possible. Il cherchait confusément ce qu’il avait raté, sa passion envahissante pour le foot et les copains peut-être, ou alors son côté bourru, son manque de tendresse ou de participation dans la cuisine… Il était perdu.

  • Voilà, reprit-elle, il y a un mois et demie, je suis allé voir le médecin qui a détecté des ganglions au sein droit et m’a demandé d’aller passer une mammographie chez un de ses confrères, le Docteur Vivien. Il m’a rappelée et je dois le revoir dans huit jours pour qu’il décide du protocole pour résorber la tumeur. Je ne voulais pas t’inquiéter avant de savoir, ni que notre fille s’inquiète, mais il est difficile de masquer mes craintes et je vois que tu t’es aperçu d’un changement chez moi, alors…

Il reçut ce discours comme un coup de massue. Décidément, il était trop con. Pas un instant, il ne s’était douté que le comportement de Jeanne avait pour origine la maladie. Sa jalousie avait construit un tout autre scénario.

Il ne savait plus quoi dire, il avait la gorge serrée, les larmes au bord des yeux. Il s’assit à ses côtés sur le canapé, lui prit les mains et lui demanda de lui pardonner de ne pas avoir deviné, d’avoir imaginé un tas de choses, mais maintenant reprit-il « je suis là pour t’accompagner, comme au premier jour, tu guériras et nous aurons des milliers de projets pour nous et pour Marion ».

  • Ne change rien, Julien, je t’aime comme tu es, je suis forte et je pourrai faire face. Continue à aller au foot le dimanche, je sais que c’est bon pour ton équilibre, et puis l’opération ne sera peut-être pas nécessaire et les chances de guérir sont très importantes…

Elle cherchait à rassurer Julien et à se rassurer elle-même.

Enlacés l’un contre l’autre, ils entendirent Marion sortir de sa chambre, descendre l’escalier. Elle les embrassa, s’allongea en chien de fusil dans le canapé et mis sa tête sur les jambes de sa mère, attendant les caresses dans les cheveux qui ne manqueraient pas d’arriver et les yeux mi-clos leur dit : « je vous aime fort tous les deux ».

Impossible d’ajouter quelque chose pour Julien brisé par l’émotion. Il était passé en moins d’un quart d’heure d’accusateur potentiel à un être honteux, méprisable, prêt à demander à Jeanne de lui pardonner d’avoir douté, d’avoir fouillé son sac,…

C’était sûr, désormais il serait encore plus attentif, plus aimant, plus présent.

C’est cet amour familial qui réconfortait Jeanne, qui la maintiendrait debout. Elle le savait.

Et puis, et puis… il y avait Samira, sa perle d’orient comme elle l’appelait, rencontrée au cours de Zumba. De frôlements en caresses, puis d’étreintes furtives en baisers fougueux, elles avaient basculé dans le plaisir saphique. Elle était devenue la confidente, l’amie aux yeux de Julien qui voyait avec bienveillance les deux femmes passer l’après-midi du dimanche ensemble lorsqu’il était au foot et que Marion rejoignait ses amies ados. Il était heureux de les voir boire un thé en devisant gaiement lorsqu’il rentrait le soir, sans se douter…

Et puis, c’est à Samira qu’elle avait confié en premier ses craintes, ses peurs quant à l’éventuelle opération, aux suites… Samira avait juste posé sa main sur la poitrine en lui murmurant à l’oreille : « je serai là, à tes côtés », avant de la prendre dans ses bras et lui donner un baiser langoureux.

Plus tard, c’est sûr, Jeanne choisirait, elle clarifierait les choses, enfin peut-être, mais pour l’instant elle se sentait portée par tout cet amour et elle en avait besoin.

Peut-être aussi, n’aurait-elle pas le loisir de choisir…

Repost 0
8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 18:28

« A vue de nez il est cinq heures ! » C’était la remarque préférée (et lourdingue) de Kévin lorsque nous étions assis entre amis à la terrasse d’une brasserie parmi les odeurs de transpiration estivale.

Kevin avait réussi. Après l’école de chimie, il s’était spécialisé dans l’assemblage des molécules, des extraits floraux et des huiles essentielles et n’avait eu aucun mal à trouver du travail chez les plus prestigieux parfumeurs de la place. C’était ce qu’on appelle un « nez » et il pouvait s’enorgueillir, à juste titre, d’avoir participé de près ou de loin au succès des 5 meilleurs parfums de ces dernières années.

Salaire annuel à 6 chiffres, voiture de sport allemande, duplex dans le 16ème et conquêtes féminines, tous les codes de la réussite étaient réunis et il n’y avait pas de raison que cela cesse, sauf que Kévin dont le talent professionnel était indéniable manquait singulièrement de savoir vivre et n’était jamais avare d’une saillie, d’une moquerie, juste pour le plaisir, et le plus souvent à l’insu de la victime.

Il était même bien connu pour cela, au point que chacun se disait que c’était son tour lorsqu’il était avec d’autres. La dernière victime en date fut sa compagne du moment dont il disait finement « que son tatouage sur la hanche ressemblait au tampon des services vétérinaires indiquant que la viande était consommable ».

Compétent, reconnu, à l’abri du besoin, mais aussi très con comme on pouvait le constater régulièrement lorsqu’il sortait de son business pour s’aventurer sur le terrain de la critique gratuite, du ragot, juste, le croyait-il, pour faire un bon mot, pour se faire mousser.

Comme cela devait arriver un jour, « la viande consommable » apprit son infortune et la réaction, qu’il ne sentit pas venir, fut terrible.

Un quartier de viande tamponné par les services vétérinaires avait été accroché à la suspension de l’entrée de l’appartement. Des traces de sang maculaient la moquette. Une tête de porc sanguinolente avait été posée en évidence sur le plan de travail de la cuisine et le sol du salon était parsemé de barquettes de viande et de maquereaux éventrées, le tout agrémenté de mayonnaise et de ketchup.

Tétanisé et tout à sa - mauvaise – surprise, il n’entendit pas l’infortunée sortir de la chambre et ne put éviter le bourre-pif magistral qu’elle lui asséna avant de partir en claquant la porte.

A partir de ce jour, commença une descente aux enfers pour Kévin. Son ex, au passage petite nièce du meilleur parfumeur de Paris, parla à son grand-oncle de son infortune ce qui eut pour effet de lui fermer toutes les portes. Mais le pire fut la conséquence du bourre-pif. Le verdict du médecin fut sans appel : anosmie, c’est-à-dire perte de l’odorat et du goût, sans qu’il puisse se prononcer sur le caractère réversible ou non.

Tricard dans le milieu, plus de revenus, plus en odeur de sainteté parmi les amis dont le portable ne répondait plus : l’avenir n’était pas au beau fixe. L’appart, acheté à crédit, fut racheté une bouchée de pain par la banque qui détenait un hypothèque, le coupé allemand, vendu lui aussi lui permis de voir venir quelques mois dans un deux pièces loué dans le 18ème, mais pour le boulot, ça s’annonçait mal. Privé de son outil de travail, il ne se rendait même plus compte de l’odeur de renfermé du métro.

Déprimé, il passait ses journées vautré dans son clic-clac à regarder des séries américaines en bouffant des saloperies : il ne faisait plus la différence entre le tournedos Rossini et la carne de réforme, entre le pinard au cubi et le Bordeaux grand cru classé. Son bide en avait pris ombrage et il avait fallu acheter un futal de la taille au-dessus.

« Monsieur Marchand, je crois que j’ai un emploi dans vos cordes », lui avait annoncé sa conseillère pôle emploi : « Testeur chez Walter Saurin pour la qualité des flageolets du cassoulet, avant qu’on les mange, parce qu’après… le résultat était garanti » avait-t-elle rajouté, finement.

Faire illusion, cela avait été son comportement dans sa vie antérieure, alors pourquoi pas testeur de fayots. Il avait dans son vocabulaire toute une série de phrases toutes faites, de « la note boisée », à la « puissance de l’arôme ». Il n’aurait donc aucun mal à disserter sur « le subtil mariage » de la sauce, du haricot et de la saucisse …

Tout l’argumentaire était au point lorsqu’il descendit de chez lui pour se rendre la première fois à ce boulot alimentaire. C’est à ce moment qu’il reçut en pleine tronche la porte en fer de l’entrée poussée par sa voisine du dessus, l’espagnole, qui rentrait du boulot après une dure nuit dans un bar à tapas.

Elle se confondit en excuses, et lui proposa de monter chez elle pour le soigner.

Penchée sur son nez, elle dévoilait une décolleté généreux et pour tout dire attirant, mais ce n’était pas cette sensation érotique qui éveillait les sens de Kevin, c’était quelque chose d’indéfinissable qui lui semblait venir de son passé : l’odorat, qui avait été réveillé par le choc et qui deux ans après la rupture violente se manifestait à nouveau. Pas le Jasmin ni l’huile essentielle de lavande ou l’extrait de pivoine, non, mais une odeur humaine, celle de la sueur après une nuit de travail qui se mélangeait avec les ingrédients utilisés toute la nuit : ail, oignons, huile d’olive, thon, sardines…

Il comprit alors qu’il avait la vraie vie en face de lui, pas celle des gens qui se parfument pour afficher leur statut social ou pour faire oublier la puanteur de leur âme. Il prit la main de sa soignante et l’embrassa longuement. La magie fonctionna basée sur le sentiment de culpabilité réciproque.

Il n’alla pas au travail. Elle ne s’endormit pas pour récupérer de sa nuit de travail. Ils mélangèrent simplement leurs humeurs corporelles et parvinrent à l’explosion conjuguée de leurs sens.

Il y avait bien un truc : un tatouage rond au creux des reins de sa nouvelle amante, mais il se promit de ne plus jamais faire de bon mot uniquement pour se faire valoir.

Il avait grandi. Il avait appris. Il ne tenait pas à gâcher la seconde chance qui lui était offerte.

Repost 0
26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 16:50

Ça fait partie des trous du cul de la République, de ces endroits où personne ne va, sauf les infirmières libérales pour faire la toilette des morts ou bien le facteur qui ne s’attarde plus depuis que La Poste lui a fixé des objectifs de rentabilité.

De ces endroits où la richesse visible ne se voit qu’à la hauteur du tas de bois planqué derrière la maison et où la fête des voisins est un concept lointain, tant les haines recuites entre familles ont dressé des murs invisibles jusqu’à en oublier la parole et ne plus communiquer que par avocat interposé pour le puisage de l’eau du Breuchon plombé aux nitrates, un droit de passage ignoré ou les nuisances du coq.

Bref, un coin pourri, dont les habitants avaient vaillamment contribué à ce qu’il était devenu. La France profonde, comme disent les commentateurs judiciaires devant le palais de justice où l’on juge le dernier crime.

Et justement, on en était là. Fallait bien que ça arrive, mais la manière dont les choses s’étaient passées donnait à voir comme on dit dans le coin ou alors révèle les carences dans l’accompagnement par les services publics, ou le manque de lien social si on est le psychologue attitré de BFM TV.

L’Officier de Police Judiciaire Garbet de la Brigade territoriale du canton découvrait le dossier qui lui avait été transmis par son chef de brigade.

Ça le changeait des contrôles d’alcoolémie le samedi soir, des dénonciations anonymes de cocus potentiels, des constats de pollution des rivières et d’opérations de maintien de l’ordre qui faisaient habituellement son quotidien.

Depuis qu’il avait obtenu le titre d’OPJ, il faut bien le dire, il n’avait pas eu beaucoup l’occasion d’exercer les compétences acquises et justement, là, sans être l’affaire du siècle, le dossier présentait quelques aspects intéressants. En résumé, une lettre anonyme avait mis la piste des enquêteurs parisiens sur un trafic de cannabis qui avait ses racines dans le Département. L’enquête avait permis le démantèlement du réseau et la découverte d’une culture et d’un labo de transformation dans une ferme du ressort de la brigade.

L’affaire avait fait grand bruit et avait tenu en haleine tout le monde. Comme souvent dans ces cas-là les gens du cru s’étaient manifestés et le boulot de l’OPJ était justement de les entendre charge à lui de compléter le dossier du juge chargé de l’affaire.

Les deux premiers « témoins » n’avaient rien apporté de plus à ce qu’il savait déjà, sinon les ragots habituels. Il avait maintenant entre ses mains la lettre de Joseph Martel qui ne présentait aucune particularité, si ce n’est qu’une seconde lettre, non écrite de sa main, mais sur le même papier quadrillé, figurait au dossier.

C’est avec ces éléments qu’il se présenta le lendemain matin chez les Martel, à la ferme sise au lieudit « La Rouzille ».

L’accueil fut chaleureux. Pensez-donc, pour une fois qu’on s’intéressait à lui, Martel avait sorti le grand jeu de la déférence et de l’obséquiosité.

Entrez donc, asseyez-vous, vous voulez un café ?

Non, merci, je ne bois jamais en service, excuse toute faite qu’il avait sortie en voyant la gueule de la salle de la ferme et de la vaisselle qui croupissait dans l’évier qui n’avait pas vu de détergent depuis bien longtemps mais servait de cantine aux cafards. Les tortillons de glu accroché au plafond ou finissaient de vrombir quelques mouches, le sol douteux, la tapisserie culottée par la fumée, la toile cirée hors d’âge et tachée de vin rouge, et Madame Martel, dans sa blouse à fleurs du dimanche, assise sagement au coin de la cheminée, achevaient de donner une idée des lieux dans lesquels il se trouvait : glauque !

« La première impression, toujours la première impression », lui avait dit son instructeur de l’école de gendarmerie. Bon, je n’ai pas perdu la main se dit-il, je sais où je suis. En même temps je ne m’attendais pas à un décor rustique de la « Maison France 5 ».

Un coup de main discret sur la chaise pour éviter de tacher son uniforme et le choix pertinent d’un coin de nappe non fréquenté, tout était prêt pour entendre le énième témoignage qui apporterait à son auteur gloire et postérité assurée et à Garbet quelques heures de mise en forme sur son ordinateur.

« Monsieur Martel, vous nous avez envoyé un courrier. Vous avez apparemment des choses à nous dire sur le dossier de la ferme des sangliers, je vous écoute. »

« Bon d’abord, faut vous dire que cette ferme dans la région on l’appelle entre nous la « ferme de la tondue », rapport aux évènements à la libération. Pas besoin de vous faire un dessin, mais comme vous êtes jeune, vous ne connaissez sans doute pas l’histoire. Alors voilà, la propriétaire de la ferme à c’tépoque vivait seule, rapport à ce que son mari était au stalag. Et vous savez ce que c’est, les boches qui rôdaient pas là ont vite connu l’adresse. Elle ne vendait pas que du beurre la fermière…

Les résistants de la dernière heure, redresseurs de torts, l’avaient chopée et tondue, d’où le nom donné à la ferme. Tout y était passé, tête, chatte, aisselles, et pour faire faire plus joli, un peu de goudron et des plumes avaient été collées avant de la faire défiler à poil, enfin vous me comprenez, en ville ».

En racontant cet épisode, Martel était rouge écarlate. Il revivait une scène qu’il n’avait pas pu voir mais il entretenait la mémoire locale en appuyant bien sur les détails graveleux qu’il ponctuait d’un petit rire malsain.

« Bon, Monsieur Martel, revenons-en à votre témoignage concernant notre affaire si vous le voulez bien… Qu’avez-vous à me dire de concret ? »

« Juste pour finir, la ferme en question, on aurait dû l’appeler la ferme de la pendue, rapport à ce qui s’est passé dans la grange trois jours après la parade dans le village ».

Pour le reste, le susnommé Martel ne savait rien de plus que les autres, de la ferme qui avait été vendue au père de l’actuel propriétaire à la lumière qui brûlait toute la nuit dans la grange « pour que mes poules pondent davantage » qu’il avait dit, sauf que Martel avait rajouté, avec son rire malsain « des poules, mais à poils, on en voyait passer sur la route dans des bagnoles neuves. Elles venaient nous jouer l’amour est dans le pré, sans doute ».

Bref, un concentré de médisance, d’anecdotes graveleuses, qui n’apporterait rien de plus au dossier de Garbet mais qui faisait apparaître le côté malsain du témoin.

Il allait refermer le dossier et remercier Martel, lorsque ses yeux se posèrent sur la seconde lettre qu’il lui tendit et où était écrit « Quand vous verrez Martel, demandez-lui des nouvelles de sa fille ».

Le visage de Martel changea en un instant. La graisse luisante se transforma en gouttes de sueur qui coulaient sur un front devenu blanc, ses mains tremblaient et son assurance de l’instant d’avant avait disparue.

L’espace d’un moment, Garbet eut le sentiment qu’il aller claquer, mais son visage repris des couleurs, et ses mains se crispèrent sur le bord de la table.

« Salope ! Tu n’avais pas le droit de me faire ça ! » cria-t-il à sa femme.

Garbet se senti un instant dépassé mais son cerveau repris le dessus. Cette lettre avait été écrite par Madame Martel et elle provoquait sur son mari quelque chose que l’OPJ avait du mal à définir.

C’est au moment où Martel se leva et se dirigea vers la cheminée pour prendre le fusil de chasse que les clignotants s’allumèrent. Il fallait maintenant faire face. Il n’était plus dans le cadre de l’enquête mais dans le drame familial. Madame Martel avait choisi l’occasion de l’enquête pour apurer le passé.

Mais pour l’instant pas le temps de cogiter. Martel avait en main son flingue, l’armait et dirigeait le canon vers sa femme.

Un premier coup de l’arme de service de Garbet atteint Martel à l’épaule, ce qui eut pour effet de dévier son premier coup de chevrotines qui termina sur la photo de la vierge accroché au mur. Le second rentra dans la tempe du blessé et ressortit au niveau de l’œil opposé. Il eut raison des velléités meurtrières de Martel qui pisait désormais son sang sur le lino parmi les taches de graisse et de vin rouge. Le tout se mélangeait formant des arabesques gracieuses ponctuées de mouches et de cafards venus participer à un festin aussi inattendu que délicieux.

L’apport d’adrénaline dans le cerveau de Garbet et ce que cela avait provoqué chez lui contrastait furieusement avec le calme de Madame Martel tranquillement assise sur sa chaise.

« Fallait que ça s’termine comme ça ». Elle était soulagée et presque heureuse. Ce qu’elle n’avait jamais osé faire, c’était l’administration qui s’en était chargée. Deux balles, juste deux balles payées par le contribuable, et bien moins chères qu’un procès pour inceste à l’issue incertaine, avaient mis fin à vingt ans de souffrance.

En attendant les collègues de l’identité judiciaire, Martel reprit ses réflexes de gendarme et recueillit la confession de la pauvre vieille.

« Ma fille s’est suicidée il y a vingt-cinq ans. Elle avait vingt ans. Elle était belle, en façade seulement, car à l’intérieur, elle se sentait dégueulasse, souillée par ce père ignoble qui allait la rejoindre régulièrement dans sa chambre le soir, jusqu’à sa puberté. Elle disait rien mais il y a des choses qu’une mère voyait. Je m’étais dit qu’après les choses se tasseraient, qu’elle irait mieux, quelle rencontrerait un amoureux et qu’elle ferait sa vie. Je m’étais trompée. C’est vos collègues de l’époque, alertés par un pêcheur qui l’ont sorti de la rivière. De là où elle est maintenant j’espère qu’elle me pardonnera d’avoir tant attendu pour supprimer son tourment ».

Dehors la cavalerie déboulait. Garbet connaissait la procédure : après les constatations, le Directeur d’enquête lui demanderait de remettre son arme jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur le drame.

Pour nettoyer la saloperie, il faudrait un Karcher. L’infirmière qui ferait la toilette du mort ne volerait pas son argent. Garbet n’oublierait jamais cette journée.

Repost 0
24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 08:54

C’est souvent le dimanche que tu t’acharnes avec ta pince à épiler sur mes sourcils devenus broussailleux avec le temps. L’avantage, c’est que ta vue a baissé et que tu passes moins de temps à me faire subir ce supplice consenti, juste pour te faire prendre conscience que l’amour, c’est aussi ce genre de concession et que lorsque ce rituel n’existera plus c’est que l’un d’entre nous ne sera plus.

Pendant que tu traques le poil rebelle, je te regarde et vois la marque de la transformation cellulaire. Des rides se sont installées, des taches sont apparues, les joues et le cou ont subi la loi de Newton, mais pas trop et le visage a toujours cet air juvénile qui m’avait plu lorsque nous nous sommes rencontrés.

Je ferme les yeux et m’engage dans un examen virtuel de ton corps en commençant par les bras. La masse graisseuse s’est substituée progressivement à la masse musculaire, pas suffisamment rapidement pour que je m’en offusque et que je te le reproche.

Paradoxalement, ta poitrine s’est enrichie. De modeste et un peu tombante lorsque tu étais jeune, elle est devenue ample et abondante et j’aime toujours m’y réfugier, m’y perdre, en apprécier la douceur et constater sa réaction lorsque tu partages mon élan et que ton émotion se manifeste.

Plus bas, on voit très bien les strates de la vie qui passe. Les ans, les grossesses, les régimes se retrouvent comme sur la coupe d’un tronc d’arbre et on pourrait deviner quasiment ton âge si on ne voyait que cette parcelle de ton corps. Quelques cicatrices de célioscopies se découvrent au fond de plis naturels semblables à des paysages de montagne. Elles illustrent des blessures invisibles. Plus bas encore est le siège de l’intime, caché dans la broussaille, cette zone naturelle sensible et humide que tu m’offres avec toujours autant de plaisir et que j’envahis à ma manière, renouvelée au fil du temps.

Les jambes sont blanches et soyeuses. Ni varices disgracieuses, ni poils abondants. Elles sont douces à caresser et exhalent des parfums divers provenant des crèmes dont tu te frictionnes abondamment le corps.

Tout au bout, les pieds, dont tu fus privé de l’usage temporairement suite à deux hallux valgus, cette déformation au nom latin qui me fait militer pour la suppression de cette langue au collège.

Voilà, c’est toi tout cela, mais toi comment me vois-tu ? Je ne te le demanderai pas et me livrerai moi-même à cet exercice d’introspection.

La photo du permis de conduire permet un étalonnage sans concession. De noirs et drus, les cheveux sont devenus rapidement gris et épars et le visage s’est tout de même bien élargi. Les poches ourlées d’un pigment foncé sous les yeux marquent peut-être chez ceux qui me regardent la lassitude, mais tu sais que ce n’est pas le cas.

Les photos de vacances des années 70 sont cruelles, encore que… Les côtes apparentes ont été englouties sous le gras et les poils devenus abondants. Quelques grains de « beauté » et autres comédons parsèment le tout et ce n’est qu’au coucher, devant la glace de la salle d’eau, que se dévoile cet environnement « patiné » par le temps.

Le bide a lui aussi pris le dessus sur ce corps jeune : trop de bières, de beurre, et de bonne chère qui engendrent, l’âge venant, une hypertension qu’il faut soigner. Ce bide qui masquait, avant le régime, un sexe obéissant lui aussi aux lois de la gravité et qu’il faut motiver fréquemment de peur qu’il ne s’endorme définitivement.

Le dessus des mains est illustré de nombreuses taches brunes qu’un ami, au manque de tact évident, a qualifiées de « fleurs de cimetières ». Quelques cicatrices dues au bricolage se confondent désormais aux ridules

Les jambes, selon tes dires, sont encore présentables, héritage d’un passé où le moyen de locomotion pour aller au boulot n’était pas la voiture mais le vélo.

Voilà, c’est toi, c’est moi, c’est nous. L’avantage, c’est que nous ne pouvons pas dire : « tu as changé » parce que nous avons fait tout ce chemin ensemble et que nous avons l’intention que cela continue, quelles que soient les transformations de notre corps inhérentes au temps, que nous ne verrons pas apparaître, parce que c’est autre chose qui nous guide et que nous vivons ensemble au quotidien.

C’est nous, tout simplement, et nous comptons bien continuer comme ça encore longtemps, à nous égarer sur nos courbes incertaines et nos rondeurs aléatoires à caresser nos plis, nos replis et nos cicatrices, visibles ou non, à rechercher sans cesse les voies du plaisir d’être à deux.

Juin 2006

**

Nous sommes en avril 2015. Mes parents nous ont quitté l’un après l’autre, à quelques semaines d’intervalle, paisiblement.

Tout avait été préparé, des directives anticipées qui leur ont permis de s’éteindre tranquillement et nous ont évité tout débat ou questions au sein de la fratrie, jusqu’au détail des cérémonies, dans la plus stricte intimité en passant par la dispersion des cendres en mer, sans oublier le partage des bibelots qui retrouvent soudainement une certaine valeur et les mots de passe pour l’ordinateur.

Je suis justement à l’ouvrage et je découvre ce texte et l’émotion me gagne. Je n’aurai jamais pu imaginer cette complicité, cette tolérance, cette franchise.

L’image que mes parents me renvoyaient était celle de parents, précisément, c’est-à-dire d’un couple symbolisant l’autorité, voire le conseil décalé sur notre mode de vie, sur la façon d’élever nos enfants.

C’était également celle d’un couple vieillissant et asexué en quelques sortes, et ce que je découvre m’interpelle, voire me choque.

Je lis et je relis ce texte, je m’en imprègne et je l’assimile.

Je le comprends.

Tout est paisible en moi désormais. Ce que j’ai découvert et que je vais partager avec la fratrie est un formidable hymne au corps, à l’amour et à la tolérance, loin des stéréotypes des magazines, un message d’espoir pour moi que la cinquantaine vient de rattraper.

Une belle leçon de vie.

J’éteins l’ordinateur, j’essuie mes yeux, et je referme la porte. Une autre vient de s’ouvrir.

Repost 0
21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 17:53

Il y a quelques années, pour symboliser l’ouverture des frontières, on avait abondamment disserté sur le fameux plombier Polonais, véritable repoussoir.

Les autorités touristiques polonaises avaient rebondi avec humour sur ce thème pour vanter les mérites de leurs pays en affichant une photo d’un plombier en tenue qui ressemblait plutôt à un boys band.

Rien de tout cela avec le plombier Hongrois…

…et surtout pas l’humour ! Il est fier de ses racines hongroises, notre ex-président, et on veut bien le croire, car la Nation Française s’est constituée de différents apports de populations européennes, asiatiques ou africaines, résultat de l’attractivité pour notre démocratie, de notre passé colonialiste ou encore des conditions de vie qui y règnent.

Or donc, notre ex, mais qui veut redevenir Président, file donc la métaphore autour de l’immigration et de la plomberie : tout cela ne serait qu’un problème de robinet, nous dit-il, sauf qu’il est aussi nul dans chaque domaine et qu’il se contente de plagier l’extrême droite pour faire rire les beaufs en fin de banquet.

On hésite à qualifier sa saillie verbale, et surtout à comparer avec tel ou tel humoriste graveleux, ce qui serait injurieux pour ceux-ci.

L’arroseur arrosé

On se souvient l’empressement de notre ex pour aller combattre en Lybie un ex-tyran qu’il recevait quelques mois auparavant en grandes pompes à Paris en lui passant tous ses caprices, de la tente plantée dans les jardins de la République à la visite privative d’un musée.

Nous n’avons pas bien compris les raisons de ce désamour soudain qui a conduit à la mort du tyran. Certains ont évoqué des liaisons dangereuses en matière de financement électoral, une histoire de liquidités, là encore, qu’un simple réparateur n’était pas capable de résoudre.

Voilà, le tyran tué, l’ex a ramassé ses billes en clamant partout que la France avait remporté une grande victoire, sauf que, le service après-vente, c’est-à-dire le rétablissement de la démocratie en Lybie n’a pas été assuré et que c’est de ce pays que de nombreux migrants partent et viennent échouer, quand ils ne meurent pas en cours de route, sur les côtes européennes. Beau résultat pour le plombier Hongrois qui a ouvert grandes les vannes de l’immigration en partant et qui porte une responsabilité importante sur ce qui se passe en Méditerranée.

L’incompétent

Aussi nul en immigration qu’en plomberie, l’ex part dans une diatribe qui ne l’honore pas et qui devrait lui valoir les foudres immédiates de la fédération professionnelle des plombiers.

Où est-il allé chercher qu’un plombier digne de ce nom proposerait une solution aussi minable qui consisterait à répartir l’eau entre les différentes pièces d’une habitation ? Il la tire seulement de sa propre incompétence politique sur le dossier de la Lybie….

Mauvais plombier donc, qui méconnait les précautions que prendra immédiatement un professionnel confronté à une fuite d’eau, mais il est vrai qu’il a toujours eu des problèmes avec les circuits, financiers surtout. L’épisode Bygmalion est là pour nous rappeler que les digues du financement des campagnes électorales ont été rompues, mais que le plombier en chef ignorait qu’il y avait vraisemblablement du fric caché qui inondait la cuisine, le salon, la chambre des parents et celle des enfants…

Peu doué pour la plomberie, peu doué pour la politique migratoire et la politique tout court, celui qui a tout loupé pendant son quinquennat et qui essaye désespérément de se faire remarquer pour revenir sur la devant de la scène pour s’assurer encore pendant cinq ans une immunité judiciaire, l’ex est en train de faire son dernier tour de piste. Il utilise les grosses ficelles des clowns sur le déclin. Il essaye encore de nous embobiner mais n’y parvient plus. Ses discours et ses mimiques énervées pèsent une tonne à chaque fois Il traîne derrière lui une forte odeur de moisi politique qui rend l’air irrespirable.

Mauvais orateur, mauvais comédien, il est tout juste est-il capable aujourd’hui d’entraîner quelques rires gênés à l’instar du tonton éméché qui raconte sa blague grivoise en fin de repas de communion.

Repost 0
17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:10

Le Parlement se réunira en session extraordinaire en juillet pour examiner, parmi d’autres, le projet de loi NOTRe (Nouvelle Organisation du Territoire de la République).

Pourquoi une session « extraordinaire » ? Pas parce que le contenu de ce texte nécessite un formalisme particulier, mais tout simplement parce que pendant le Parlement vote des amendements sur la publicité du vin et donne une image déplorable de lui-même lors des débats de chiffonniers retransmis ou par son absentéisme chronique en session ordinaire, les textes fondamentaux concernant notre organisation territoriale seront votés pendant que les français seront en vacances. Bronzez en paix !

C’est ainsi, la période estivale est propice à tous les coups en douce. En ce qui concerne ce projet, son enterrement programmé est le formidable révélateur de l’existence d’une caste politique crasse davantage préoccupée par ses intérêts particuliers que par l’intérêt général.

Un projet vidé de son contenu

Nous payons pour le savoir, il y a un gouffre entre les promesses électorales et les déclarations guerrières et la réalité, à tel point qu’on se dit qu’il ne vaudrait mieux pas essayer de réformer nos collectivités. Entre la suppression de la réforme Sarkozy (le conseiller territorial), les déclarations sur l’inutilité du Conseil Général, la réforme de l’intercommunalité, la nouvelle répartition des compétences entre les collectivités restantes, que reste-t-il dans ce projet ?

Rien ou si peu. Le Sénat s’est évertué à détricoter ce qui était susceptible de toucher à son pré carré (la diminution éventuelle du nombre de communes ou leur absorption au sein de grosses intercommunalités), ce qui était susceptible de diminuer prérogatives des conseils départementaux, même si cela coûte très cher aux contribuables locaux et tout ce qui touchait au renforcement des compétences des Régions, sans oublier de différer la mise en place du Grand Paris (pour des raisons de basse politique, essentiellement).

La bêtise crasse des élus et des partis

Jusqu’à preuve du contraire, un élu considère qu’il a surtout vocation à être réélu et par conséquent à faire carrière dans la politique, avec si possible des possibilités de promotion entre les différentes assemblées de la République.

Pour cela, il faut une organisation qui le permette et quoi de mieux que de multiplier les structures et surtout ne jamais accepter qu’on en supprime une. De la commune à l’intercommunalité en passant par les syndicats divers et variés, les conseils départementaux et régionaux, l’Assemblée Nationale pour les privilégiés et le Sénat comme stage de préparation à la retraite, tout doit être conservé pour favoriser un système qui favorise avant tout la classe politique et les partis plutôt que le citoyen et la bonne administration des affaires locales et nationales.

Conséquences tragiques pour la démocratie

Le gouvernement actuel (mais ce sera pareil pour les suivants) en quête d’économies budgétaires restreint ses dotations aux collectivités locales. Ceux qui votent ces mesures, au travers des lois de finances lorsqu’ils sont au Parlement gueulent et manifestent lorsqu’ils exercent leur cumul de mandat dans une commune, un conseil départemental ou régional et ce serait pareil avec une autre majorité. On entretient une rivalité fictive entre « Paris » et « les territoires », cela occupe les médias, nourrit une vie politique et démocratique tragique et surtout évite au citoyen de penser par lui-même. Mieux, le citoyen est lui-même instrumentalisé par ces discours schizophréniques d’élus en mal de réélection.

Cela nous donne de belles envolées et de belles images dans la presse : du crêpe de deuil sur le panneau de la commune aux déclarations définitives des maires ruraux («l’heure est grave ! »), en passant pas une guillotine installée par des élus en colère, les conseils départementaux qui nous disent ne plus pouvoir payer le RSA et les régions qui déclarent « ce n’est pas tolérable ! » en passant par les déclarations de l’Assemblée des Maires de France qui tend la sébile auprès du gouvernement, le barnum médiatique des collectivités est en marche et ses acteurs hypocrites se chauffent la voix, avant sans doute aller symboliquement, la corde au cou et en chemises déposer les clés de leurs collectivités à la porte de l’Elysée.

Les citoyens ballotés

Peu avertis des enjeux et des manœuvres qui se trament dans son dos, le citoyen assiste, incrédule, à ce grand cirque médiatique et ses excès ainsi qu’aux « mesures » prises par les élus locaux pour pallier le tarissement des ressources budgétaires en provenance de l’Etat. En ce moment, ce qui marche bien, ce sont les annulations des festivités et des feux d’artifice pour le 14 juillet ou bien la suppression des festivals.

Pour des élus pour lesquels la culture se réduit à « l’œuvre d’art » implantée sur le rond-point à l’entrée de la commune, le choix est vite fait entre la subvention à l’association culturelle facile à sucrer et celle à l’association des anciens combattants à laquelle on ne touche pas de même que celle du club de foot ou celle du troisième âge, même si certains bénéficiaires n’en n’ont pas besoin.

Etre élu, c’est investir, qu’on se le dise ! Il faut du goudron, des pavés en granit, des jardinières en bois, des lampadaires en veux-tu en voilà, la salle de sport ou la salle polyvalente aux dernières normes mais sous utilisée, et l’endettement qui va avec, et des relais d’opinion permanents que sont les associations locales, de préférence sportives, que l’on arrose avec le message suivant : votez pour moi la prochaine fois !

Depuis la décentralisation de 1982 et les pouvoirs qu’elle a conférés aux collectivités territoriales, on a créé une bulle qui est en train d’exploser. Les élus se sont emparés de leurs nouvelles prérogatives et ont investi au début, pour remettre les équipements à niveau, ce qui n’a pas eu que des inconvénients lorsqu’on se rappelle la décrépitude des collèges et lycées transférés aux départements et régions. Cet essor de l’investissement aurait pu retomber à un niveau normal, mais désormais les élus, voulant toujours bien faire pour se faire réélire et surtout les entreprises et fournisseurs divers de ces collectivités se sont bien habitués au système et à bien vivre sur l’argent du contribuable local, peu regardant sur les dépenses en période de croissance économique.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et il va falloir penser à réformer les politiques locales d’investissement pour aller vers les politiques destinées à promouvoir la vie citoyenne et le vivre ensemble : cela va du développement de l’offre des hébergements pour les personnes âgées à la multiplication des modes de garde et d’accueil de la petite et moyenne enfance, sans oublier la culture et le sport dans toute leur diversité.

Autrement dit, une révolution culturelle que nos élus ne sont pas du tout prêts à faire. Il faudra que les citoyens comprennent les enjeux de ce qui est en train de se passer, décodent les comportements et les dénoncent et obligent les décideurs à se réformer eux-mêmes avant de réformer notre quotidien.

Repost 0
11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 09:43

Dans mon pauvre cerveau perturbé de gaucher contrarié, les choses étaient pourtant simples : il y avait jusqu’à présent dans le paysage politique une gauche et une droite auxquelles correspondaient une idéologie et des programmes bien définis.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui et le pays « s’américanise », parce qu’il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille à cigarette entre les programmes entre ex-gauche et droite au point que la droite classique, incapable d’avoir des propositions plus libérales que celles du gouvernement actuel, se focalise sur les thèmes de l’extrême droite et prend le nom de son pendant aux Etats-Unis – Les républicains – avant sans doute créer un Tea Party à la française.

Les idéaux de gauche sont bel et bien enterrés et il y a donc désormais de la concurrence à droite au point que la nouvelle gauche sera bientôt incarnée par Bayrou.

Il y a trois, ans, le discours du Bourget…

« Présider la République, c’est préserver l’Etat face aux puissances d’argent, face aux communautarismes, c’est être viscéralement attaché à la laïcité »

« Nous relancerons le pouvoir d’achat dont la stagnation rend la vie quotidienne de plus en plus difficile… »

« Nous lutterons contre les licenciements, combattrons vraiment le chômage »

« Nous limiterons les rémunérations abusives… »

« Nous dissuaderons les licenciements boursiers… »

« Je serai le Président de la fin des privilèges… parce que je ne peux pas admettre que pendant que certains s’enrichissent, la précarité s’étende, la pauvreté s’aggrave… »

« Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance »

« Maitriser la finance commence par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit et leurs activités spéculatives »

« Les stock-options seront supprimées, les bonus encadrés »

« Je renégocierai le pacte européen de stabilité »

Arrêtons-là cette funeste énumération qui parle d’elle-même tant l’écart entre le discours et la réalité est patent. A la décharge de leur auteur, on pourra dire que les promesses électorales non tenues sont légions et que leur « oubli » est fréquent quel que soit le candidat ou le parti, mais cela n’excuse en rien les renoncements.

Bilan de mi-mandat

Sur le pouvoir d’achat, chacun aura déjà jugé du résultat que ce soient les salariés, les retraités ou les fonctionnaires dont le pouvoir d’achat est bloqué. Le seul résultat tangible en ce domaine n’est pas du fait du gouvernement mais de la conjoncture extérieure (baisse du prix du pétrole et baisse des taux du crédit) et ce ne sont pas les quelques mesures de simplification destinées à faire réaliser des économies aux particuliers qui convaincront les français qu’ils sont plus riches.

Mais, me direz-vous de nombreux contribuables sont désormais exonérés de l’impôt sur le revenu ! Dont acte, mais lorsqu’on sait que le rendement de cet impôt est en hausse malgré la diminution du nombre de contribuables, on se dit qu’il y en a d’autres qui payent davantage. L’ennemi, c’est donc la finance, mais ce n’est pas chez elle, ni chez les exilés fiscaux que l’on va chercher à remplir les caisses de l’Etat, c’est chez le contribuable lambda des autres tranches, sachant par ailleurs que cet impôt concerne désormais moins de la moitié des français et que les nombreuses niches fiscales qu’on préserve le réduit à l’état de gruyère .

Concernant le chômage et le combat contre les licenciements, les chiffres sont là, ils sont cruels et ils se passent de commentaires. Sur ce terrain on notera le renforcement des contrôles sur les chômeurs, le plafonnement des indemnités prud’homales de licenciement et les milliards du pacte de responsabilité versés à fond perdu et qui servent juste à « préserver l’emploi » ce qui donne l’orientation claire du gouvernement, à l’opposé du programme du candidat du Bourget.

Last but not least, les primes diverses et variées offertes aux entreprises qui souhaiteraient recruter et qui ne le feront pas parce que les carnets de commandes sont au plus bas.

Il y a donc une forme d’obstination coupable à oublier les promesses concernant le pouvoir d’achat des particuliers, seules susceptibles de relancer l’économie. A côté de ça on organise un pont d’or en faveur des mandants du Medef qui se contente juste de dire que « certaines mesures vont dans le bon sens, mais sont insuffisantes ». On voit bien ce qui se profile derrière tout cela : le détricotage du code du travail, la fin du CDI dont le renouvellement désormais permis du CDD est le cheval de Troie.

S’agissant de l’Europe, on constatera que la promesse de renégociation du pacte européen de stabilité n’aura tenu que quelques semaines et que, cruel paradoxe, Cameron devrait obtenir des assouplissements des règles européennes pour maintenir le Royaume Uni dans cet espace : tout est dit sur la « puissance » de la France en Europe déjà bien affaiblie sous Sarkozy.

Ajoutons à ce tableau déplorable les attaques sur l’hôpital public, la grande mansuétude envers les professions libérales encadrées (notaires, par exemple), la régularisation des fraudeurs fiscaux en catimini dans les couloirs feutrés de Bercy, le fiasco de la réforme territoriale, qui ne simplifie rien et entraînera sans doute des dépenses supplémentaires, les 40 milliards de fraude fiscale et sociale, etc., etc… et on comprendra l’ampleur de la perte de crédit du politique.

Alors ?

Alors quoi ? Les promesses électorales ne sont-elles là que pour conquérir le pouvoir ? Oui ! Et cela vaut pour la gauche comme pour la droite dont les élus, une fois parvenus à leurs fins, ne sont là que pour accompagner la mondialisation, la finance, mais selon les règles édictées par ces marchands du temple, pas selon la volonté exprimées par les citoyens.

Voter ? Bof ! Les résultats sont là : les électeurs désertent de plus en plus les urnes fatigués par les promesses non tenues, les coups de canifs aux contrats.

Hollande, Sarkozy, pour ne parler que de ceux qui sont ou ont été aux affaires adoptent la même posture : de l’emphase, de l’enthousiasme, de la force de conviction quand ils jouent les bateleurs sur les estrades électorales et un renoncement coupable lorsqu’ils sont aux affaires. En ce sens, je ne distingue pas vraiment de différences entre ces deux personnages, sinon la soif de pouvoir pour eux-mêmes et ceux qui les entourent.

Repost 0
8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 10:39

Le PS et l’ex-UMP viennent de tenir leurs congrès et à entendre et lire les médias qui relayent complaisamment cet entre soi politique, on pourrait avoir l’impression que tout va bien ou que tout ira mieux demain dans notre pays.

Que représentent aujourd’hui les partis politiques ?

Pas grand-chose étant entendu qu’il ne faut pas confondre militants et sympathisants. Les premiers sont en chute libre dans les deux partis dits « de gouvernement », usés par les années de pouvoir, le non renouvellement des leaders et les promesses non tenues. Tout juste la moitié des militants de ces deux partis ont voté lors des congrès et les communicants ont tout de suite porté la bonne parole de la victoire des lignes majoritaires, de la confiance, voire du renouveau. Quant aux sympathisants, ils désertent de plus en plus les urnes, quand ils ne vont pas faire un tour ailleurs attirés par des promesses qui ne seront pas tenues non plus.

Le Président de la République lui-même a entretenu la confusion entre sa fonction au service de tous les français et les positions prises par le parti, pourtant à cent lieues de ses promesses de campagne : « Je salue l’esprit de responsabilité des militants. Nous sommes rassemblés pour réformer la France ».

Pas mieux du côté de l’ex-UMP, où le ripolinage du parti répond davantage à la volonté de mettre sous le tapis la poussière des affaires Bygmalion et autres et à mettre à nouveau sous immunité l’ex et sa cohorte de casseroles judicaires, que d’émettre la moindre proposition politique novatrice.

Au total, ce sont environ 170 000 adhérents, soit environ 50 à 60 % des adhérents de ces deux partis (ce qui en dit long sur les malaises internes à ces formations) qui se sont exprimés, de manière très cadrée, qui représenteraient l’opinion des Français.

L’article 4 de la constitution indique que « Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage ». Ce rôle qui leur est imparti n’est plus exercé, et les récents résultats de la participation aux élections, en chute libre, sont là pour prouver que les partis jouent désormais un rôle de repoussoir dans l’opinion publique.

D’où provient cette dérive ?

L’affaiblissement du politique est patent depuis que les nations se sont effacées devant l’Europe dont la responsabilité est mise en avant à chaque décision susceptible de froisser les nationaux. Je ne défends pas l’idée selon laquelle il ne faudrait pas coordonner, harmoniser les politiques nationales serait foncièrement mauvaise, mais force est de constater que les mesures sociales, fiscales ou celles relatives à la circulation des capitaux sont largement oubliées ou bien systématiquement alignées sur le moins-disant. Comment promettre que demain on rasera gratis comme l’a fait M. Hollande lors de son discours du Bourget, quand on sait qu’on ne pourra pas tenir ses promesses ?

Seuls le libéralisme, la mondialisation, l’affairisme financier et la pression sociale ont droit de cité et les partis dits de gauche s’enfoncent lentement mais sûrement vers le magma centriste-libéral. La droite, symbolisée par l’ex-UMP, placée devant la même équation glisse peu à peu vers le populisme d’extrême droite à défaut de pouvoir s’opposer à l’hydre supra national.

Il faut voir comment la pensée unique européenne dirige aujourd’hui cet espace, au point que ses représentants foulent à leurs pieds les décisions démocratiques des pays (cf la Grèce, aujourd’hui, l’Espagne demain ?) renforcés par leur précédent du traité européen mis au suffrage en 2005. Dehors les peuples ! La gouvernance mondiale est à l’œuvre, elle n’est pas démocratique, juste fondé sur des escroqueries programmatiques présentées par les partis politiques lors des élections et passées à la broyeuse juste après.

Quel est donc le rôle des partis politiques ?

Si on comprend bien qu’ils ne servent pas à grand-chose compte tenu d’une gouvernance effective non élue qui préside à nos destinées en privatisant les profits et en socialisant les pertes, les partis ne peuvent plus être dans la proposition, mais dans le suivisme.

S’ils ne servent plus à grand-chose, sinon à expliquer l’inexplicable en proclamant que demain tout ira mieux, ne négligeons pas toutefois les avantages qu’ils retirent de leur position, outre les financements publics payés par nos impôts.

Entrer dans un parti lorsqu’on est jeune, brillant et une étiquette « ENA » sur le front et le carnet d’adresse qui va avec peut déboucher sur une brillante carrière. J’utilise sciemment le terme de carrière puisque tout est organisé pour ne pas laisser tomber un membre de ces coteries, et même lorsque l’un d’entre eux aura trop tapé dans la caisse ou magouillé lors des élections, on pourra toujours compter sur la faconde des avocats voire de la complaisance de la justice pour éviter au délinquant d’avoir à quitter la carrière prématurément. Le cumul des mandats organisé par les bénéficiaires eux-mêmes procède de cette idée de carrière entre les collectivités locales, l’Assemblée Nationale, jusqu’à la scandaleuse maison de retraite qu’est le Sénat. Au besoin, une nomination au tour extérieur pour la Chambre des Comptes ou les corps d’inspection de l’administration permettra à son bénéficiaire de bien vivre ;

Les étiquettes « ENA, HEC, Polytechnique, et autres » ne préparent pas par ailleurs à la contestation mais plutôt au conformisme, si utile lorsque leurs titulaires voudront répondre aux sirènes du privé.

Pour les moins bien lotis en matière de diplômes, être dans un parti peut signifier pouvoir également faire carrière dans l’assistanat parlementaire, dans les cabinets des collectivités locales ou servir de sésame pour trouver un poste dans des entreprises qui travaillent avec l’administration. « Le réseau », là également est mortifère et débouche sur des compromissions et dépenses inconsidérées de l’Etat ou des collectivités locales.

Les partis sont de fait devenus une sorte de pôle emploi pour ses membres, mais pas avec les mêmes règles que celles appliquées aux salariés ordinaires…

Enfin les partis servent à tenir le terrain, et là ce sont les petites mains bénévoles qui sont à l’œuvre au service des grands hommes de gauche ou de droite et de leur idéologie unique. Inutile de dire que la conviction tend à s’émousser et les visites de cages d’escalier les distributions de tracts dans les boîtes à lettres diminuent avec le temps au bénéfice des « réseaux sociaux » qui compensent si bien l’absence de présence physique et de débats contradictoires dans les salles d’écoles.

Voilà ce que sont devenus les partis aujourd’hui : des machines à compromis à défaut de porter des propositions réalistes et surtout tenables, des castes qui protègent leurs membres, à défaut de s’occuper des plus faibles, des communicants à défaut d’écouter la parole citoyenne.

Autant dire que nous ne nous préparons pas des lendemains qui chantent, et ce n’est pas le vote obligatoire qui règlera le problème de l’abstention.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Michel
  • : Société - Réforme des collectivités locales - Vie des collectivités locales d'Ille et Vilaine - Nouvelles - Coups de gueules
  • Contact

Recherche

Liens