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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 08:55

On voudrait que le taux d’abstention pour les présidentielles explose qu’on ne s’y prendrait pas autrement. L’indigence du débat actuel, où chacun joue des coudes, limite notre horizon et occulte les vrais problèmes.

Les petites phrases qui marquent les esprits

C’est aussi l’instant des petites phrases le plus souvent vides de sens mais qui vont être reprises dans les médias : « Le travail doit payer », « il faut rendre du pouvoir d’achat aux français » et l’inévitable « Cela mérite un débat »

Certes, le travail doit payer, mais à part l’augmentation du SMIC en fonction de l’inflation et les ouvertures pour les métiers en tension, on ne voit pas se profiler de revalorisations significatives pour les métiers de première ligne. Parallèlement, les exonérations, primes ou baisses diverses de charges aux entreprises ne semblent pas produire d’effets majeurs sur l’emploi, mais augmentent souvent la rente…

Alors pour contourner ce système sclérosé, on « rend du pouvoir d’achat aux français », comme si les comptes publics pouvaient le permettre : fin de la taxe d’habitation, diminution des charges salariales. Personne ne s’en rend compte mais « rendre du pouvoir d’achat » comme le fait l’Etat signe son incapacité à faire en sorte que le « travail paye ». Les entreprises disent merci : en sus des baisses de charges et autres exonérations, elles se voient dispensées d’augmenter les salaires. Jusqu’où peut-on aller dans cette voie ? Déjà les chèques énergies pour prendre en charge l’inflation. Bientôt les chèques pour pallier l’augmentation des pâtes alimentaires, ou acheter du PQ ? L’Etat s’appauvrit, s’endette jusqu’à ce que ce que nos prêteurs ferment le robinet et que l’inflation reparte. Alors là, le pays sera mur pour « réformer » les retraites, le système des assurances sociales et des prestations familiales… Bingo pour les riches !

Certains candidats à la présidentielle emboitent le pas de l’Etat dans sa volonté de « rendre du pouvoir d’achat ». Mme Le Pen propose de supprimer de la redevance télé et de privatiser l’audiovisuel public : champagne pour les milliardaires qui pourront racheter ces chaînes et nous proposer la même bouse de téléréalité ou de séries américaines. Dans sa course à la normalisation politique visant à aider financièrement les français, elle propose également (comme Montebourg) la renationalisation des autoroutes en évitant de parler des indemnités à verser aux concessionnaires, mais c’est marginal, sans doute (plus de 40 Milliards…).

Il faut donc débattre…

Tout cela « mérite des débats », mais après avoir échangé poliment, ceux qui sont d’accord pour débattre (et ils le sont toujours, comme nos fameux éditorialistes politico-économiques)  concluent d’emblée que cela ne sera pas possible : trop cher pour nos finances, trop d’impôts à la clé, (comme la revalorisation des salaires des enseignants proposée par Mme Hidalgo), inadapté à la concurrence internationale, etc… La France est déjà en faillite : fin du débat avant même qu’il ne commence !

Et puis, les débats, comme le grand débat initié par Macron, ou sa convention citoyenne sur l’environnement (tiens, au fait, les algues vertes sur les plages bretonnes, on en est où depuis 40 ans que ça dure ?), on a déjà donné et on a vu qu’on avait rien vu, à part une campagne médiatique à la gloire du Président. Déjà que les enquêtes d’utilité publique sur les PLU ou l’implantation d’activités polluantes font déjà l’objet d’une grande bienveillance de la part des commissaires enquêteurs…

Donc, les débats, c’est de l’entre soi, de la connivence,  juste une formalité entre copains, des petits raouts auxquels vous ne serez jamais invités, des dossiers ou des observations que vous enverrez et qui finiront à caler les armoires des Préfectures.

Soyons un peu naïfs…

Serait-ce trop demander aux candidats de cesser de créer des écrans de fumée pour abuser les citoyens et détourner leur regard des vraies questions ?

Serait-il possible que les décisions soient prises dans l’intérêt général et de la santé des français et non suspendues à l’arbitrage de lobbies ?

Est-il déraisonnable d’exiger que la question de la drogue soit réglée en amont c’est-à-dire avec les pays producteurs proches de la France plutôt que de voter une énième loi répressive qui ne règlera rien ?

Peut-on réclamer une politique fiscale et sociale juste en faisant contribuer les plus aisés et combattant efficacement la fraude aux cotisations et l’évasion vers les paradis fiscaux ?

Peut-on dire clairement qu’il y a trop de structures administratives en France, trop de collectivités territoriales et trop d’élus professionnels qui sclérosent le système et en vivent, et que cela coûte très cher ?

Pourra-t-on débattre de ces questions, et d’autres, pendant la campagne électorale et surtout avoir des propositions autres que des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient ?

Est-ce trop demander ? (je pense avoir déjà la réponse)

 

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 11:58

Manger des légumes, une escalope, un yaourt… représentent  le stade ultime de l’intervention de multiples acteurs aux motivations parfois contradictoires et intéressées.

Du paysan à l’étal des supermarchés

Au début, il y a le paysan. Il aime son métier, mais les conditions dans lesquelles il l’exerce parfois (agriculture intensive, prix payé, poids du lobby agricole…), en font le maillon faible de la chaîne, celui qui subit, fait ce que la coopérative agricole lui demande, s’enferme dans des pensées négatives, l’œil rivé sur sa comptabilité, celui qui est tributaire pour son cheptel de fabricants d’aliments ou des pesticides pour ses cultures.

Certains s’en sortent mieux parce qu’ils ont adapté leurs modes de production vers le vertueux ou d’autres se sont reconvertis : 12 % des producteurs sont aujourd’hui dans le Bio. Les deux sont moins dépendants du système et privilégient souvent les circuits courts, dessinant ainsi les contours d’une nouvelle agriculture, moins productiviste, plus rémunératrice et indépendante du système bancaire, coopératif et de l’industrie agro-alimentaire.

L’industrie agro-alimentaire vise la régularité et la quantité pour faire tourner ses chaînes quitte à fermer les yeux sur les méthodes de production ou bien à importer des produits bruts avec comme objectif le prix final qui sera payé par la grande distribution, l’acteur incontournable, dont la tendance à fermer les yeux sur « l’amont » peut parfois interroger. C’est au niveau du « couple » agro-alimentaire/grande distribution que la tragédie des petits exploitants trouve son expression la plus éclatante : aucune indépendance pour le producteur.

Enfin, il y a les marques, toujours en recherche de concepts marketing, qui récupèrent le bio ou, en « entreprises responsables » nous parlent « d’agriculture régénératrice », bref tout ce qui peut augmenter les dividendes, assurer des positions prépondérantes sur le marché en rassurant le consommateur...

Un système bien verrouillé

Tout contribue à ce que celui qui travaille la terre, qui élève son cheptel, soit le moins bien considéré. On reproduit à l’intérieur de nos frontières le système qui consiste à faire produire par des petites mains sous payées en Asie ou ailleurs des produits manufacturés qui seront revendus avec une marge conséquente en France. Chapeau, les artistes !

Au passage, les conseillers des coopératives ou de la Chambre d’Agriculture viennent « aider » l’agriculteur en détresse : produire davantage grâce aux pesticides qui tuent les abeilles ou augmenter la taille des élevages et la pollution qui va avec ou bien se lancer dans la méthanisation pour avoir des revenus annexe. Les algues vertes se portent bien en Bretagne, merci, malgré l’argent mis par les communes pour l’enlevage et le traitement et grâce à la politique faux-cul des gouvernements successifs. Quant à la méthanisation, contestée et sujette à caution ou bien encore l’éolien, l’impression que cela donne c’est qu’on oriente peu à peu les agriculteurs vers ces nouvelles pistes de revenus uniquement pour préserver le système de distribution à bas prix de revient mais à forte marge dans La grande distribution.

Le système bien verrouillé est parfaitement décrit à l’échelon de la Bretagne dans la bande dessinée d’Ines Léraud et de Pierre Van Hove (« Algues vertes, l’histoire interdite »). Les interactions entre politiques, services de l’Etat industrie agroalimentaire, grande distribution, banques et lobbies divers et variés y est très bien décrit (y compris les intimidations). Tout est fait pour enterrer les problèmes, ou décourager les gêneurs.

La question ne concerne pas que les agriculteurs

L’agriculture, mais aussi toute la société, se trouve aussi au carrefour de nombreux défis.

  • Comment préserver les terres agricoles en maîtrisant l’étalement urbain et se loger décemment, sans obérer la qualité de vie des habitants ? Dans les territoires à proximité des métropoles notamment (mais pas que…) on assiste à une politique de densification de l’habitat et de maîtrise de l’accès aux véhicules destinée en partie à maintenir les espaces cultivés en périphérie. Les réponses ne sont pas toujours à la hauteur s’agissant de la qualité de vie, des alternatives aux déplacements par des moyens collectifs en sites propres. Enfin, la question est de savoir s’il faut absolument préserver des terres agricoles polluées aux pesticides (avec les répercussions sur le vivant et la qualité de l’eau) sachant que les espaces cultivés en bio représentent moins de 10 % des terres concernées.
  • Comment freiner l’utilisation des terres pour des infrastructures commerciales ou des routes qui ne feront qu’accroitre les émissions de CO2 ? Autrement dit, comment éviter de construire des centres commerciaux en périphérie ou des entrepôts Amazon (parce que c’est bon pour l’emploi…), les routes et les ronds-points qui vont avec (parce que c’est de l’investissement pour les entreprises…) ?  Les variables d’ajustement sont connues : fermetures des commerces de centre-ville et construction de quartiers périphérique sans âme avec problèmes sociaux inévitables. L’Etat, véritable serpent qui se mord la queue, donne de l’argent à ces bons élus locaux pour les aider à revivifier leurs centres villes après les avoir vidés avec ce système…
  • Comment préserver l’environnement et la biodiversité, indissociables de la santé, en continuant à utiliser des pesticides ? Le glyphosate dont l’utilisation semblait décroitre a connu une hausse de ses ventes de 42% entre 2019 et 2020. Tout est dit !
  • Comment raisonner autrement que par le concept techno de « chaînes de valeur » et de profits lorsque la planète et ceux qui travaillent sur le vivant ne sont pas considérés ? Les producteurs bio ou ceux qui font le choix de la production locale pour les cantines ou les particuliers au sein d’AMAP par exemple offrent une alternative pour sortir du système verrouillé, mais ils sont encore trop peu nombreux pour déstabiliser l’organisation actuelle et ont du pain sur la planche pour combattre les acquis de certains adeptes de cette fameuse mondialisation heureuse qui ne raisonne que par les profits.

Se nourrir et surtout bien se nourrir et répondre à ces questions sur le bien vivre relève de notre responsabilité collective et nécessite un débat ouvert en dehors de toute influence de la part de ceux qui privilégient le court terme.       

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3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 16:36

Pas sûr.

Surfant sur la situation pour le moins dégradée de la seconde ville de France, Macron est surtout venu mettre en place son barnum électoral pour 2022.

Il est vrai qu’il avait été sollicité par le Maire de la ville qui devait quand même un peu se douter que Macron en profiterait un peu pour avancer ses pions.

Pourquoi Marseille ?

C’est vrai, Marseille est connue en particulier pour l’enclavement et le délabrement de ses quartiers, l’insalubrité de ses écoles primaires et autres gymnases, ses crimes, ses trafics de drogue et de cigarette, etc…, et il devenait urgent de faire quelque chose. Mais tout cela n’est pas uniquement à attribuer à la fatalité ou à l’abandon de la ville par la Bonne Mère.

Marseille et sa région, c’est surtout une pratique particulière de la politique et des relations entre les différents Présidents des autres collectivités. Ça ne date pas d’aujourd’hui, même si nous avons tous en tête la conception particulière de la gestion de la ville par l’ancien Maire, Jean Claude Gaudin, qui a laissé se détériorer le parc des écoles publiques pour enfin proposer pour leur rénovation un Partenariat Public Privé avec des entreprises à hauteur de 1 Milliard d’euros qui aurait achevé de ruiner la ville. Nous nous souvenons également de l’effondrement de bâtisses insalubres entraînant avec elles leurs occupants. Au passage, nous avions appris que certains bailleurs faisaient partie du Conseil Municipal. Enfin, mais ce n’est pas le dernier point, la gestion des ressources humaines (la cogestion avec un syndicat, aussi…) dans la ville a fait l’objet de nombreuses remarques, notamment de la Chambre Régionale des Comptes. On se rappellera de la « technique » du Fini-parti des services de ramassage des déchets, à laquelle il a été mis fin récemment. On pourrait parler également de la politique de recrutement ou bien encore de celle de subventionnement de certaines associations, etc…. Le pays tout entier est-il responsable de ces dérives et financer un retour à une situation normale ?  

Marseille, un début ?

Les millions valsent, les effectifs de policiers, de juges, d’éducateurs et de médiateurs se multiplient comme des petits pains, ainsi que les promesses de commissariat, de transports collectifs, de grand pôle de cinéma, de caméras de vidéosurveillance,… C’est Noël, avant l’heure, mais qu’il va falloir financer.

Alors un grand plan, comme celui de Borloo qui avait été retoqué publiquement avec dédain par la Président en début de mandat, ou bien un truc, un machin non financé ou alors sur 15/20 ans dont on se souviendra avec émotion ou avec colère ?  

Avant de trouver normal que l’Etat intervienne, il convient de se rappeler que les communes françaises vivent sous le régime de la décentralisation et que leurs élus sont responsables de la gestion de ces collectivités. En droit commun, lorsqu’une commune n’est plus en état d’assurer cette gestion, ou lorsqu’elle dépasse manifestement le cadre légal, le Préfet du Département nomme une délégation spéciale chargée de la gérer en lieu et place des élus défaillants ou indélicats. Marseille aurait-elle été mise sous tutelle de fait par les déclarations d’intervention du Président sur ses propres compétences ?

Marseille n’est pas la seule ville française en proie à des difficultés de même nature. Allons-nous donc assister à une tournée des popotes dans toutes les villes de France connaissant des difficultés, avec promesse d’espèces sonnantes et trébuchantes qui ne seront pas rattachées au compte du candidat Président au titre de sa campagne électorale ?

Opportunisme électoral et promesses qui n’engagent que ceux qui les croient ?

Il est à craindre que cela ne soit en partie que du vent et on jugera des résultats à l’aune des promesses faites dans les domaines régaliens comme la police ou la justice. Pour le reste, on fera un tour de table financier avec les autres collectivités (Région ou Département) qui s’engageront (ou pas) sur des actions susceptibles de valoriser leur image pour les prochaines élections 

Macron ratisse large

Outre Mac Fly et Carlito, Macron aura réussi l’exploit de citer ans le même discours Samuel Paty, Bernard Tapie et bien sûr l’O.M. : un grand écart…

Les commentateurs politiques qui ne sont jamais en reste en matière de brosse à reluire, notent que « le Président a une relation particulière avec Marseille » et que ce déplacement est « une manière de casser son image de Président des riches », que « Marseille est une vitrine de ce qu’il n’est pas ou de ce qu’il aurait intérêt à être à la veille de l’élection présidentielle pour se rapprocher d’un public qui n’est pas le sien »  .

Bref, Macron est surtout en campagne électorale…  : Fin du rêve pour le maire socialiste de Marseille, Benoit Payan, qui s’apercevra, mais un peu tard, qu’il s’est fait instrumentaliser.

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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 17:55

Plus de 200 000 manifestants ont défilé dans les rues samedi dernier contre le pass sanitaire. Les libertés sont-elles leur seule motivation et de quoi parle-t-on quand on évoque les libertés ?

Retour sur la gestion de crise…

Gestion bienveillante ou cynique ? Depuis 18 mois, face à la pandémie, l’état de santé des français est au centre des discussions mais le gouvernement ne prend pas uniquement ses décisions en fonction de ces considérations sanitaires. L’aspect maintien et relance de l’économie entre pour beaucoup dans la réflexion sur les mesures à prendre, selon qu’on se positionne en début de crise ou maintenant.

Les dénis de départ puis les décisions successives, prises parfois à la volée et pas toujours en cohérence avec le corps médical (masques, tests, confinement/déconfinement, stratégie vaccinale, pass sanitaire,…), mais toujours sous le regard critique des « partenaires économiques » expliquent sans doute le louvoiement politique depuis 2020 entre l’option sanitaire et l’option économique avec bien entendu, en toile de fond, l’échéance électorale de 2022...

Le gouvernement réfléchit sa stratégie avec un œil sur les comptes publics et l’autre sur le PIB. Il songe d’abord à relancer la machine pour que la « mondialisation heureuse » continue de fonctionner. Le déficit budgétaire et la dette atteignant des records, le « quoi qu’il en coûte » n’est plus tenable et c’est clairement l’option économique qui tient la rampe aujourd’hui avec la  vaccination de masse qui est son bras armé.

Les nouvelles mesures et leurs limites

Le discours du 12 juillet avec le fameux pass sanitaire avait comme objectif premier de faire se précipiter les français dans les centres de vaccination, ce qu’ils ont fait et continuent de faire. Objectif atteint, donc.

Placé devant ses propres contradictions ou ses outrances, à moins que cela ne fasse partie du plan com global, le gouvernement, maintenant que la vaccination de masse semble acquise, opère quelques replis stratégiques. C’est le cas pour les 72 heures de validité du test PCR ou encore les autotests validés en pharmacie, sans compter le recul sur le contrôle des personnes positives confinées chez elles, ou bien encore les petits aménagements sur l’accès dans les centres commerciaux, sachant que pour contrôler tout ça avec les forces de l’ordre, il faudrait des moyens que l’Etat ne peut pas dégager.

La mise en œuvre concrète n’est pas sans poser de questions, en particulier aux professionnels chargés d’effectuer les contrôles, qui, oubliant de parler des aides précédentes (baisse de la TVA sur la restauration, par exemple) réclament des indemnisations à l’Etat pour le surcroit de travail que cela procure pour filtrer les clients. Il n’y a pas de petits profits. Ils ont obtenu de ne pas avoir à vérifier les identités des porteurs de pass.

Je vois ici et là des articles sur ce fil dans lesquels des « défenseurs des libertés » présentent ces reculs comme « une grande victoire » de leur mouvement ou appellent à la grève générale. Quand ils auront compris qu’ils se sont fait rouler dans la farine, le réveil sera brutal.

En ce moment, les « sachants » et autres éditorialistes s’obligent à rester poli et adoptent des prudences de sioux quand ils qualifient ce mouvement « pour les libertés », alors que les mêmes n’avaient pas de mot assez forts contre les gilets jaunes. Cela donne à réfléchir et indique que le gouvernement table sur la fin en douceur de la contestation.

Alors ce mouvement ?

Autant être clair tout de suite, je n’en fait pas partie mais je comprends, dans une certaine mesure, le mécontentement qu’il exprime, encore faut-il avoir un regard critique sur ses composantes et le contour des revendications.

Je comprends que certaines catégories n’aiment pas qu’on leur force la main pour se faire vacciner (soignants et pompiers, par exemple). Pareil pour d’autres manifestants qui, vaccinés, mais soucieux de l’entorse faite aux libertés, défilent.

Je suis plus prudent en ce qui concerne les antivax dont je ne partage pas le point de vue, et dont quelques-uns pensent que le traitement par les plantes (graine de nigelle ou artémise, notamment) ou par des médicaments qui n’ont jamais été validées contre le virus, pourrait les guérir.

C’est aussi chez les antivax que l’on trouve certains partisans du complot mondial qui va de « big pharma » au déni de la défaite de Trump avec dénonciation d’actes de pédophilie chez les démocrates en passant par l’annonce de l’arrivé de chars d’assaut à Washington le jour de l’investiture de Biden, et bientôt sans doute en France...

Après, bien sûr, et c’est inévitable, on va trouver quelques représentants de groupuscules politiques en mal de reconnaissance et qui font le grand écart entre la défense des libertés et leur discours pro vaccination.

Bref, la cohabitation dans les manifestations ne doit pas être de tout repos surtout si on rajoute les joyeux amalgames nazis ou antisémites qui circulent encore dans les défilés et il vaut mieux être bien vacciné contre la bêtise et l’ignorance et solidement motivé quand on défile en cette compagnie sous la banderole des libertés.

Alors, les libertés, quelles libertés ?

Tout mouvement protestataire, pour aboutir, doit afficher un minimum de cohésion et  fédérer. Les gilets jaunes dont les revendications s’appuyaient sur le coût de la vie et le mépris de l’intelligentsia pour les « territoires » situés à plus de 30 Kms d’une métropole, avaient intégré ce principe.

Dans le mouvement actuel, on ne voit pas cette cohésion indispensable, cette communion de pensée, et le mot liberté n’a pas le même sens pour tous. Il est là l’écueil qu’avaient su éviter les gilets jaunes.

Vous parlez de libertés individuelles, de dictature, de collaboration en montrant du doigt ceux qui ne pensent pas comme vous, comme dans un combat perdu d’avance... Vous n’arriverez pas à ébranler le système qui est basé sur le fric. C’est là votre erreur, désigner à la vindicte tous les « autres », de manière indifférenciée en les traitant de collabos. Les gouvernements changent, font et feront toujours la même politique, celle que leur demandent de faire les habitués de Davos et les mégalos qui ne savent plus faire de leur fric et s’envoient en l’air dans leurs fusées.

Alors pourquoi cet engouement soudain et partiel pour les libertés, slogan fourre-tout censé unifier, sans analyse préalable, et qui rate sa cible ? Et de quelles libertés parle-t-on ? Elles ne se résument pas au combat contre un pass sanitaire, sachant par ailleurs que nous sommes tous les acteurs bienveillants de la restriction de nos libertés au quotidien, depuis longtemps.

La vie actuelle et les facilités qu’elle offre, restreint nos libertés mais nous fermons les yeux, par paresse, par facilité, dès qu’on nous propose de nous connecter à un réseau social ou à une enceinte connectée qui enregistre nos conversations, le tout faisant les choux gras des propriétaires de ces technologies qui feront fructifier leur business sur l’abandon consenti de nos libertés…

Grâce à cette communication volontaire de nos données personnelles et de santé, les traces de nos achats par cartes bancaires, nos clics sur les réseaux sociaux, nos commandes en ligne…, les maîtres du net disposent d’une masse d’information qu’ils valorisent en les revendant à des sociétés qui ne manqueront pas de vous fourguer un produit ou un abonnement dont vous n’avez pas besoin.

Parfois, par nos exigences, notre vote, nous acceptons des lois sécuritaires en oubliant qu’elles pourraient être utilisées contre nous. Nous sommes friands de vidéo sécurité, dans les commerces, les stades ou bien encore dans des villes sans poser la question essentielle de l’atteinte à nos libertés que tout cela engendre. Bientôt la reconnaissance faciale ? Et pour faire bonne mesure à un contrôle social en bonne et due forme, permettant de mater les oppositions ?

 

Alors, lorsqu’on parle de défense des libertés il faut en cerner précisément les contours, ne pas en oublier, bien choisir ses cibles, ne pas faire de fixation uniquement sur telle ou telle mesure conjoncturelle, et surtout veiller à ce que cette quête ne restreigne pas les libertés des autres.

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14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 22:27

« Simplifier partout où c’est possible, l’action publique »

En marge de son récent discours sur la situation sanitaire du pays, le Président de la République a parlé de réforme de l’Etat et de simplification du mille-feuille territorial

Joindre Etat et Collectivités est pertinent tant les deux sont liés au point que les secondes, malgré la décentralisation, fonctionnent toujours sous le regard de l’Etat, que ce soit en matière d’exercice des compétences transférées, ou de financements.

Inflation législative et réglementaire

Depuis 1982, pas moins de 38 lois (transferts, nouvelles répartitions de compétences, création d’intercommunalités, amélioration de la décentralisation, modification de territoires ou de circonscriptions…) ont été votées, (sans parler des décrets), rendant le dispositif illisible.

Une nouvelle loi est dans les tuyaux, comme si on avait encore besoin d’en rajouter dans la pile : la loi 3DS, superbe sigle comme on les aime chez les communicants et qui signifie : Différenciation, Décentralisation, Déconcentration et Simplification…. Tout un programme !

Pour ma part, quitte à qualifier la décentralisation dans son ensemble, je traduirais par : Déresponsabilisation, Dépenses, Dispersion et Sanction (dans les urnes)

Le leurre de la décentralisation

A la suite d’un colloque tenu en 1978, Jacques ATTALI, en parlant de décentralisation et en ajoutant qu’elle était un leurre, disait qu’elle était une nécessité pour deux raisons :

  • Il est préférable à tout système social qui gère une crise de faire partager au maximum la responsabilité de la crise à un grand nombre d’acteurs du débat social plutôt que d’apparaître comme le point central.

De là découle la technique de gouvernance du « tous responsables » que nous connaissons encore, sauf que la dilution de la responsabilité ne joue plus le rôle d’amortisseur de crises. Les citoyens ne votent plus et revendiquent, parfois de façon violente, jusqu’aux portes de l’Elysée.

  • La seconde concernait les lieux de gestion décentralisés qui permettent de mieux gérer et de mieux adapter la décision à l’information disponible.

Sur ce point, le système qui a bien fonctionné au début et qui a permis d’améliorer notablement la gestion antérieure de l’Etat, s’est fracassé sur la multiplication des structures et à la modification des limites territoriales, à la dispersion des moyens, au tarissement de la ressource financière et à la multiplication des décideurs. Les acteurs économiques locaux ont, quant à eux, bénéficié du système, en jouant parfois de leurs relations privilégiées auprès des élus.

La France Jacobine

Faute d’interlocuteurs reconnus, disposant de moyens adaptés et cohérents susceptibles de répondre aux difficultés vécues dans les territoires, que ce soit en matière de mobilités, de réseaux, d’accès aux services publics ou bien encore de déserts médicaux, les citoyens n’y croient plus et ne votent plus. Pire encore, les cahiers de doléances écrits pendant le fameux « Grand Débat » croupissent dans des archives sans qu’elles aient été lues.

La France, soi-disant décentralisée, est surtout jacobine, et tout, même les difficultés du quotidien, remonte à Paris transformant l’Etat en super Conseil Général.

Les grands corps de l’Etat ne sont pas étrangers à ce dévoiement de la décentralisation.

Des coûts qui explosent

En 40 ans de décentralisation brouillonne, les coûts de fonctionnement ont explosé. A chaque transfert, à chaque nouvelle répartition entre collectivités, on a recruté sans pour autant diminuer totalement les coûts dans les anciennes structures. On a souvent eu recours à des cabinets d’experts pour traiter des dossiers en oubliant que les fonctionnaires territoriaux avaient la capacité de les mener à bien, ou à de la gestion déléguée (association, entreprises privées) pour des services publics, sans toujours être trop regardant en matière de contrôle de ces délégataires. Enfin, la multiplication des territoires et des intervenants (y compris l’Etat) et la pêche aux subventions ont complexifié, renchéri et freiné la mise en œuvre de projets, mis en lumière les querelles politiques et les coûts induits par la présence de services doublonnant dans chaque collectivité.

L’inefficacité du système est patente et tout cela coûte très cher au contribuable.

« La seule solution est de continuer à bousculer le système et les positions établies, les rentes, les statuts ». (Dixit le Président de la République lors de son discours).

Reste au Président, s’il est sincère, à convaincre les élus sur lesquels repose le système…

 

 

 

 

 

 

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5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 17:13

A partir de 1982, l’Etat a confié à des collectivités locales la gestion de compétences qu’il avait du mal à assurer, en faisant le pari que les choses s’amélioreraient : pari gagné car les moyens financiers suivaient, au début... Etablissements du second degré, routes, transports, social… les choses se sont considérablement améliorées et cela s’est vu.

Un lent dévoiement

Cette décentralisation a libéré les élus locaux de la tutelle préfectorale. Opposants et partisans, se sont glissés dans ce nouveau costume et politisé la gestion, en accueillant dans les assemblées locales de jeunes pousses et des permanents politiques, et en créant des tremplins pour des hommes « providentiels » briguant la fonction suprême.

Comme les finances suivaient, on a vu apparaître des grands projets dans des domaines comme la culture, le sport ou l’enseignement supérieur, coûteux en investissement mais également en exploitation sur le long terme,… mais tellement valorisants pour l’image d’élus locaux ambitieux et soucieux de leur image !

L’aménagement du territoire a été mis à l’honneur. On a favorisé le rêve du pavillon en campagne avec le travail en ville par la multiplication des voies de circulation, sans trop réfléchir à l’impact sur l’agriculture, l’environnement ou l’immobilier.

Et comme tout cela nécessitait de nouvelles compétences, on a recruté de nouveaux profils dans les cabinets et directions générales des administrations locales, pas toujours au fait des règles administratives, mais tellement dévoués politiquement aux maîtres des lieux.

Une reproduction mortifère

Le système a si bien fonctionné qu’on a créé de nouvelles strates de collectivités et, bien sûr, les oppositions politiques et les querelles qui vont avec. Régions, Départements, Communes, Métropoles, Communautés de communes et autres structures se partagent aujourd’hui le privilège de l’illisibilité et de la complexité qui créent l’abstention dans les scrutins.

La décentralisation est devenue un monstre kafkaïen que le pouvoir central tente de dompter en redistribuant des compétences ou en les restreignant, sauf qu’à chaque fois, au lieu de rendre les choses plus lisibles et de réduire les coûts, c’est le contraire qui se produit (« nouvelles » Régions, fusions de départements ou nouvelles compétences des métropoles,…).

… Comme si le monstre créé au fil du temps n’était plus réformable, comme si tout espoir pour le citoyen d’arriver à une gestion efficace et respectueuse des deniers publics devait se fracasser sur le mur des ambitions politiques et personnelles.    

Et l’Etat dans tout ça ?

Plutôt que de parler de l’Etat, il vaudrait mieux parler de système politique composé de partis qui œuvrent pour la préservation de leurs intérêts. Un jour au pouvoir, le lendemain dans l’opposition, l’action est identique et vise avant tout à garder ce mille-feuille accueillant, voire à le développer. Quand par hasard, on parle de fusion entre deux collectivités comme en Alsace ou bien entre Régions, cela se fait toujours à structure constante, en conservant le même nombre d’élus, le même nombre de fonctionnaires, et en alignant les primes et indemnités sur le montant le plus élevé, tout en multipliant les frais de déplacements entre les anciennes limites territoriales.

Aucun espoir d’une meilleure gestion et augmentation des dépenses de fonctionnement garantie.

Mais l’Etat, me direz-vous, en confiant la gestion de ses anciennes compétences à des collectivités, n’a t’il pas réalisé d’économies ? Sur ce point, on doit avouer notre perplexité, car il est impossible de retracer budgétairement les mouvements financiers consécutifs aux transferts et s’agissant des transferts de personnels, il est notoire depuis le début de la décentralisation que l’Etat a conservé dans ses administrations des agents pour de simples raisons de paix sociale avec les syndicats.

L’Etat « stratège »

Aujourd’hui, l’Etat se veut « stratège », c’est à dire qu’il se recentre sur ses missions régaliennes (justice, police, armée,…) tout en voulant jouer un rôle d’orientation en matière d’économie sachant qu’il n’est plus que le jouet des systèmes économiques et financiers privés, en particulier les GAFAM qui fixent eux-mêmes les conditions fiscales et sociales dans lesquelles ils souhaitent évoluer.

A ce petit jeu malsain, l’Etat perd à tous les coups, déroulant le tapis rouge pour quelques centaines d’emplois « sauvés » (même pas créés), supprimant la fiscalité jugée « confiscatoire » par ceux qui y sont assujettis et, cerise sur le gâteau, versant des « compensations » ou des crédits d’impôts pour des « charges » salariales trop élevées destinées à alimenter les caisses de l’assurance maladie, de retraites ou d’indemnisation du chômage.

Dans sa «stratégie », la décentralisation n’occupe qu’une faible place pour l’Etat, juste un éparpillement des mécontentements, l’assurance d’un point de chute pour élus recalés du suffrage universel, ou bien de nouvelles possibilités pour lui de refiler la patate chaude d’une nouvelle compétence à des barons locaux qui se gargariseront toujours et seront satisfaits de l’attention que l’Etat leur porte en matière de gestion.

Fin de l’histoire !   

  

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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 19:07

Les urnes, aux deux tiers vides, ont rendu leur verdict. C’est ce vide qui pose question plus que les communiqués de victoire, souvent des sortants, élus partiellement au bénéfice du doute.

Au soir du premier tour, certains éditorialistes n’avaient pas de mots assez forts pour dénoncer le manque de civisme, de tancer et rappeler à l’ordre les affreux abstentionnistes.

Deux tiers des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés. Cela mérite réflexion.

Les rois du bidouillage

Alors que faire ? Pour certains, surtout des politiques pas pressés de se remettre en cause, la solution consisterait à aménager les opérations de votes.

  • Rendre obligatoire le vote (avec bien sûr des sanctions à la clé) est une solution inapplicable
  • Permettre un vote sur plusieurs jours, au risque de « trumpiser » les élections et multiplier les recours
  • Le vote électronique, proposé par les partisans de la « Start up nation ». En poussant un peu on pourrait demander à Amazon de passer des spots de campagne à la mi-temps des matchs de foot dont il détient désormais les droits et offrir une pizza à ceux qui auraient voté avant la reprise du jeu…
  • Ne valider une élection que lorsque le « gagnant » aura enregistré un seuil minimum, ce qui suppose de revoter jusqu’à ce que ce seuil soit atteint…
  • Reconnaitre le vote blanc, révélateur du manque de choix positif, augmenterait la participation à la marge sans rien changer au fond (les tenants de la théorie de l’Etat raciste ne manqueraient pas de protester contre cette mesure mettant en lumière le privilège blanc…).

Et pourquoi ne pas utiliser l’application « Tous anti covid » dont on espère qu’elle ne sera plus utile bientôt et la transformer en « Tous anti abstention » Avec QR code indiquant que vous avez voté et que vous avez croisé un abstentionniste en risquant la contamination ?

Aucune de ces solutions émanant de politiques n’est satisfaisante. Elles présentent même pour eux un « avantage » : celui de ne pas parler des vrais problèmes car l’abstention n’est que la conséquence du délitement de la classe politique et de sa bêtise.

La trahison des politiques

En réalité, ce ne sont pas les français qui quittent la politique, mais c’est le système politique qui s’éloigne d’eux en étant hors du champ des préoccupations citoyennes, quand il ne les trahit pas.

Quelques éléments peuvent appuyer cette analyse. C’est d’abord le referendum « annulé » de 2005, puis des déclarations démagogiques comme « Mon ennemi, c’est la finance » pour finir avec le  « ni de droite ni de gauche », qui aura contribué à la déstabilisation des partis traditionnels avec ses ralliements de circonstance pathétiques et à la disparition des corps intermédiaires.

Quel impact sur le corps électoral peut avoir la présence d’un ancien Président de la République à la barre d’un tribunal accompagné d’une dizaine de responsables d’un parti qui ne savent pas comment une campagne électorale a pu coûter 20 millions de plus qu’autorisé ?

Enfin, le parti d’extrême droite, arbitre des élégances électorales depuis vingt ans, a choisi de se « normaliser ». Il a perdu une grande partie de son électorat contestataire, a vidé de son utilité le fameux front républicain, et donc renforcé l’abstentionnisme.

Et par-dessus tout, le caractère local de ces élections a été confisqué pour en faire une présélection de la future présidentielle, sachant par ailleurs que les électeurs locaux ne semblent pas totalement convaincus par l’efficacité des Régions et des Départements, faute de moyens et de pouvoirs réels, et  peu convaincus par la répartition des compétences.

Ce que ces élections révèlent enfin, c’est qu’être Président de Région n’est pas une charge à temps plein puisque cela permet de faire campagne comme futur Président de la République. Un marchepied, rien de plus…. Une arnaque au vote. Un crachat sur le corps électoral.

A chaque évènement, des cohortes d’électeurs, en quête de sens, ont choisi de se retirer de l’arène.

Une faillite totale

Nous avons eu une campagne d’aboyeurs et de falsificateurs, là où il aurait fallu mettre en débat l’efficacité du système et de ses trop nombreux élus qui le confisquent pour des raisons qui ne concernent pas toujours le service aux habitants des territoires.

Nous avons eu une campagne minable rythmée par de faux débats et des sondages indigents. Les politologues qui prennent souvent leurs analyses pour la réalité se sont plantés dans les grandes largeurs. Les sondeurs seraient peut être meilleurs pour classer les abstentionnistes en fonction de leur famille politique d’origine plutôt que de chercher à savoir pour qui vont voter les 33 % d’électeurs qui participent.

Le danger pour la démocratie n’est pas l’abstentionnisme, mais la classe politique elle-même qui en est à l’origine et les médias dont le métier n’est pas la promotion de la démocratie mais de vendre de la pub.

 

Alors, l’abstentionniste, électeur capricieux, enfant gâté qui crache dans la soupe démocratique ou citoyen déçu, démuni devant l’incurie politique ? Je retiens la seconde proposition.

Le système politique doit faire son examen de conscience.

En est-il seulement capable ?

Ce serait surprenant : la gamelle est bonne.

 

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 15:23

Jusqu’à présent, on se contentait des taux de participation existants, même s’ils ne dépassaient que rarement les 50 %, sauf pour la Présidentielle : 75 % et les municipales (sauf 2020) : 60%. Politiques et commentateurs se satisfaisaient de ces résultats marqués par un désintérêt relatif mais réguliers des français pour le vote.

Il aura fallu ce funeste 20 juin qui n’a attiré qu’un électeur sur trois dans les bureaux de vote, à l’occasion des élections Régionales et Départementales, pour qu’on entende ou qu’on lise des choses sur le sujet de l’abstention et un début de réflexion critique sur le fonctionnement de nos institutions.

Etre à portée de baffes ne semble plus être la fonction d’élus locaux méconnus, remplacés dans ce rôle par le Président de la République, lui-même.

On recrute chez les abstentionnistes

Il fut un temps où on parlait de sympathiques pêcheurs à la ligne à défaut de se poser les bonnes questions, puis on a parlé d’insatisfaits notoires, d’adeptes du « tous pourris », preuve qu’ils commençaient à énerver et nous en étions arrivés à leur trouver parfois des excuses : modifications des conditions d’élections ou de territoires des circonscriptions, des jeunes pas concernés par un truc de vieux (déjà…), la météo,…

Cette fois-ci, nous avons été gâtés avec le Covid : choix des dates de scrutin inopportunes et corrélation avec le sentiment de libération et d’insouciance généré par la fin du confinement qui n’a rien arrangé.

C’est vrai que la fermeture prolongée des bistrots et brasseries, haut lieu du débat politique n’aura sans doute pas favorisé la participation, mais ce serait faire trop de cas de ces excuses toutes faites prêtes à servir aux médias par des politicards qui ne veulent surtout pas aborder les raisons plus profondes de ce désintérêt, sachant qu’ils pourraient avoir beaucoup à y perdre.

D’où vient le problème ?

Le sentiment que le Président de la République peut tout faire s’est renforcé au cours de ce mandat. Son mépris affichés vis-à-vis des élus locaux en début de mandat et la mise à l’écart des corps intermédiaires en général ont provoqué une aspiration vers le haut du débat et des revendications, parfois violentes, d’autant qu’il aura fortement contribué par ailleurs à disséminer les restes d’un parti socialiste déjà moribond.

La polarisation gauche/droite a volé en éclats sous ce quinquennat donnant naissance à un gloubi boulga idéologique allant de la strat up nation, en passant par la réforme à marche forcée si prisée du monde néolibéral, pour arriver à la drague lourdingue des jeunes avec les épisodes Mac Fly et Carlito et Justin Bieber.

Rien n’y aura fait et le bilan est terrible : les jeunes n’ont pas voté et la participation décline même chez les plus âgés. La gestion du Covid a laissé des traces qui auraient pu profiter à la participation électorale dans les territoires dont les élus pouvaient revendiquer quelques actions intéressantes (masques, mise à disposition de locaux pour la vaccination).

Ce Président n’aura, à aucun moment su tisser les liens avec les territoires ou prendre des dispositions pour les revitaliser et les conforter dans leur rôle de proximité avec les citoyens.

Ce n’est pas faute de pouvoir disposer d’éléments et de clignotants le mettant en garde : des études et ouvrages sur lesquels il aurait pu bâtir une action différente sont parus : « les territoires perdus de la République » (Emmanuel Brenner), « l’Archipel français » (J. Fourquet) ou « Plus rien à faire, Plus rien à foutre » de Brice Teinturier. A noter que ces deux derniers, sondeurs de leur état, sont bien meilleur dans l’écriture personnelle que dans la production d’enquêtes commandées par les médias et partis politiques qui n’ont pas su déceler cette vagues d’abstentionnistes.

Les taux d’abstention, vus sous ce prisme, ne sont donc pas une surprise.

Et les paramètres locaux dans tout ça ?

Une grande surprise et une satisfaction pour moi qui ferraille depuis longtemps sur la répartition des compétences et le mille-feuille, le regard parfois très critique porté par des éditorialistes et des politologues dans les médias, sur la décentralisation à la française.

Tout ou presque a été passé en revue. Le poids des grands corps d’Etat jacobins opposé depuis toujours à la décentralisation et qui n’ont eu de cesse que de l’affaiblir, en confiant des compétences de gestion (où tout continue de se décider à Paris), en battant en brèche l’autonomie fiscale des collectivités (tout en pantouflant pour certains à la tête des administrations locales) a bien été mis en avant.

Le charcutage des Régions à la Hollande qui devait présider à une réforme concomitante des administrations de l’Etat est à mettre au rang des fiascos politiques coûteux, inefficaces et contre lequel les pouvoirs locaux se montrent encore opposés (cas de l’Alsace, pour ne citer qu’elle).

Le saupoudrage de compétences, sans aucune logique, entre différents niveaux de collectivité a également été évoqué sans toutefois ne soit pointé du doigt la complaisance des élus des baronnies locales, qui trouvent un intérêt politique et financier personnel envers ces collectivités impuissantes, mais coûteuses pour le contribuable.

En caricaturant à peine, le citoyen qui ne comprend rien au système, arrive néanmoins à reconnaître certains de ces élus en photo dans la presse locale lors de l’inauguration d’un tronçon routier, d’un bâtiment public ou à l’occasion de la Sainte Barbe des pompiers. Encore que,… les difficultés arrivent lorsqu’il s’agit d’affecter ces élus à la collectivité locale dans laquelle ils exercent leur mandat.

Voici donc un second élément qui vient enrichir la réflexion et la compréhension sur le désintérêt des français vis-à-vis des dernières élections locales.

Remise en cause globale ou inertie habituelle ?

Il ne faudrait pas croire que la future loi 4D portée par Jacqueline Gouraud va modifier le cours des choses. Bien au contraire elle ne fera que conforter la situation et élargir le fossé entre les citoyens et les collectivités territoriales.

La politique du « secret du bonheur » symbolisée par trois petits singes (ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre) ne sera pas plus efficace.

Surtout ne pas attendre que la solution vienne des politiques eux-mêmes : eux et leurs partis qui se nourrissent sur la bête auraient trop à perdre. Ils se contenteront donc de parler de vote obligatoire, de prise en compte du vote blanc, de faciliter le vote par procuration ou de la possibilité de voter sur internet pour dire qu’ils s’intéressent à la question : fin du débat !

Tabler sur les médias ? Certains feront le job, d’autres, obnubilés par l’audience continueront à parler d’insécurité et d’immigration, leur fonds de commerce.

Quel sera le prochain déclencheur de la colère populaire ? Les zones urbaines de faible émission de pollution qui interdiront à ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un véhicule électrique de se rendre dans les villes avec leur véhicule Crit’air 3, étant entendu que le RN, parti « normalisé », ne fait plus rêver ?

Autant dire que si nous ne trouvons pas de solutions alternatives au système actuel, nous nous préparons à des lendemains difficiles dont l’abstention électorale n’est qu’un des signaux faibles.   

 

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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 11:32

Nous aurions tort  de prendre à la légère l’abstention et de caricaturer les abstentionnistes.

Il n’est que d’écouter les réponses évasives des électeurs potentiels pour constater que la complexité qui préside à la répartition des compétences entre les différents niveaux de collectivités peut en décourager plus d’un.

Les élus eux-mêmes essayent de naviguer entre les différentes strates, en occupant parfois plusieurs mandats, sans toujours comprendre les enjeux démocratiques et entretiennent  le flou en s’autosaisissant de manière opportuniste, lors des campagnes électorales, de compétences qui ne sont pas les leurs.

Faute de compétences clairement réparties et de discours structurés nous avons aujourd’hui l’impression que tout le monde, de l’Etat à la commune, en passant par l’intercommunalité, le Département, la Métropole va faire des pistes cyclables, résoudre la question du réchauffement climatique, celle de l’emploi ou des aides sociales, sans parler de la sécurité ou de l’immigration…

Pas moins de 500 000 élus (un pour 130 français !) président à nos destinées. Nous sommes sans doute les meilleurs au monde en ce domaine. A les entendre, ils semblent compétents pour tout mais naviguent souvent à vue dans ce labyrinthe d’intérêts croisés aux frontières incertaines et aux compétences toujours à la merci d’une réforme ou de la suppression d’une ressource financière décidés par l’Etat. Ils ne maîtrisent plus grand-chose, à part le discours électoral et les recompositions politiques parfois opportunistes qui complexifient les choix des électeurs.

On peut avoir au final la fâcheuse impression que le système qui génère tant de déperditions, de dépenses inutiles et d’incompréhensions serait moins fait pour les citoyens que pour un système politique bavard qui ne serait là que pour favoriser l’accession à ces différents postes de pouvoirs, d’hommes et de femmes « providentiels » avec des pouvoirs incertains, limités par la doxa économique.

Il ne s’agit donc pas de montrer du doigt et de stigmatiser les abstentionnistes, qui tendent par ailleurs à devenir majoritaires, et de mettre la poussière sous le tapis en attendant une nouvelle explosion sociale, mais de régler la question de la représentation territoriale et de son cadre en impulsant une nouvelle dynamique citoyenne dans notre pays.

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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 11:05

Finalement, le couplage des élections régionales et départementales présente quelques avantages en ce sens où il permet aux électeurs curieux de s’intéresser aux compétences de chacun, sur leurs liens avec l’Etat et de débusquer faux débats et incohérences des répartitions.

Faux débats et incohérences

Côté faux débats, on citera ceux concernant la sécurité ou l’immigration qui sont de la compétence régalienne de l’Etat et ne seront jamais traités que marginalement au niveau local.

Côté répartition des compétences, tout part du mille-feuille territorial et donc d’une logique politique de partage du « gâteau » entre toutes ses couches et ainsi satisfaire les partis politiques qui règnent sur les territoires. Rien à voir, par conséquent, avec la démocratie locale.

S’agissant d’incohérences, on notera l’attribution du social aux Départements, alors que l’Etat fixe lui-même les conditions d’accès aux aides et est directement responsable de la situation sociale et économique du pays et de ses conséquences. Quasiment aucunes marges de manœuvre, donc, pour des élus simples prestataires de services pour un Etat pingre, qui en plus change constamment les règles des ressources financières transférées aux collectivités.

Ce même département, lorsqu’il existe une Métropole, ne gère plus les routes départementales sur le territoire de celle-ci. Cette cohérence (il y en a tout de même une !) est liée à la compétence transports de cette collectivité qui entretient et aménage désormais les axes pour les transports en commun et aménage les pistes cyclables.

Par contre, la Région, responsable des transports interurbains et scolaires n’a pas la main sur les routes départementales pour agir directement comme les métropoles… Cherchez l’erreur !

Pour les collèges et les lycées, là encore deux collectivités (Département et Région) se partagent le gâteau, avec bien sûr de nombreux doublons à la charge du contribuable, incompréhensibles pour les parents dont les enfants suivent un parcours linéaire entre les deux niveaux et peuvent légitimement s’interroger sur cette répartition.

On pourrait noter également que le rôle des Départements envers les Communautés de Communes est désormais très ténu et que la dernière « réforme » des Régions est un fiasco financier, sans cohérence territoriale, pour dire qu’il devient urgent de réfléchir à une autre organisation des territoires plus vertueuse et plus respectueuse des citoyens.

Mépris du citoyen

Alors, à quand une remise à plat, cette recherche de cohérence avec des économies financières, ou alors un grand débat duquel il ne sortira rien, comme d’habitude ?

Le plus probable, c’est qu’une fois les élections passées, avec taux d’abstention record à la clé (sur lequel on se désolera cinq minutes), on remettra le couvercle sur la marmite de la grande tambouille politique, celle qui consiste à émietter les compétences entre l’ensemble des niveaux de collectivités, sans autre souci que le partage entre les différentes chapelles politiques (avec indemnités et train de vie des assemblées qui vont avec).

…Juste pour que ces existent, que des élus en profitent et entretiennent auprès du bon peuple l’illusion que le pluralisme et le débat démocratique existent dans notre pays.

A voir le battage dans les médias autour de ses élections et la dimension nationale qu’on leur donne ainsi que l’attention portée par Macron au petit peuple lors de ses « déambulations laïques », on pourrait penser que tout se décidera désormais au niveau des Régions et des Départements, en particulier la sécurité et l’immigration, et que le Président de la République jouera bientôt le rôle d’une assistante sociale compatissante auprès de « ceux qui ne sont rien » dans les territoires.

Sans moi les 20 et 27 Juin !

 

 

 

 

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