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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 19:07

Les urnes, aux deux tiers vides, ont rendu leur verdict. C’est ce vide qui pose question plus que les communiqués de victoire, souvent des sortants, élus partiellement au bénéfice du doute.

Au soir du premier tour, certains éditorialistes n’avaient pas de mots assez forts pour dénoncer le manque de civisme, de tancer et rappeler à l’ordre les affreux abstentionnistes.

Deux tiers des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés. Cela mérite réflexion.

Les rois du bidouillage

Alors que faire ? Pour certains, surtout des politiques pas pressés de se remettre en cause, la solution consisterait à aménager les opérations de votes.

  • Rendre obligatoire le vote (avec bien sûr des sanctions à la clé) est une solution inapplicable
  • Permettre un vote sur plusieurs jours, au risque de « trumpiser » les élections et multiplier les recours
  • Le vote électronique, proposé par les partisans de la « Start up nation ». En poussant un peu on pourrait demander à Amazon de passer des spots de campagne à la mi-temps des matchs de foot dont il détient désormais les droits et offrir une pizza à ceux qui auraient voté avant la reprise du jeu…
  • Ne valider une élection que lorsque le « gagnant » aura enregistré un seuil minimum, ce qui suppose de revoter jusqu’à ce que ce seuil soit atteint…
  • Reconnaitre le vote blanc, révélateur du manque de choix positif, augmenterait la participation à la marge sans rien changer au fond (les tenants de la théorie de l’Etat raciste ne manqueraient pas de protester contre cette mesure mettant en lumière le privilège blanc…).

Et pourquoi ne pas utiliser l’application « Tous anti covid » dont on espère qu’elle ne sera plus utile bientôt et la transformer en « Tous anti abstention » Avec QR code indiquant que vous avez voté et que vous avez croisé un abstentionniste en risquant la contamination ?

Aucune de ces solutions émanant de politiques n’est satisfaisante. Elles présentent même pour eux un « avantage » : celui de ne pas parler des vrais problèmes car l’abstention n’est que la conséquence du délitement de la classe politique et de sa bêtise.

La trahison des politiques

En réalité, ce ne sont pas les français qui quittent la politique, mais c’est le système politique qui s’éloigne d’eux en étant hors du champ des préoccupations citoyennes, quand il ne les trahit pas.

Quelques éléments peuvent appuyer cette analyse. C’est d’abord le referendum « annulé » de 2005, puis des déclarations démagogiques comme « Mon ennemi, c’est la finance » pour finir avec le  « ni de droite ni de gauche », qui aura contribué à la déstabilisation des partis traditionnels avec ses ralliements de circonstance pathétiques et à la disparition des corps intermédiaires.

Quel impact sur le corps électoral peut avoir la présence d’un ancien Président de la République à la barre d’un tribunal accompagné d’une dizaine de responsables d’un parti qui ne savent pas comment une campagne électorale a pu coûter 20 millions de plus qu’autorisé ?

Enfin, le parti d’extrême droite, arbitre des élégances électorales depuis vingt ans, a choisi de se « normaliser ». Il a perdu une grande partie de son électorat contestataire, a vidé de son utilité le fameux front républicain, et donc renforcé l’abstentionnisme.

Et par-dessus tout, le caractère local de ces élections a été confisqué pour en faire une présélection de la future présidentielle, sachant par ailleurs que les électeurs locaux ne semblent pas totalement convaincus par l’efficacité des Régions et des Départements, faute de moyens et de pouvoirs réels, et  peu convaincus par la répartition des compétences.

Ce que ces élections révèlent enfin, c’est qu’être Président de Région n’est pas une charge à temps plein puisque cela permet de faire campagne comme futur Président de la République. Un marchepied, rien de plus…. Une arnaque au vote. Un crachat sur le corps électoral.

A chaque évènement, des cohortes d’électeurs, en quête de sens, ont choisi de se retirer de l’arène.

Une faillite totale

Nous avons eu une campagne d’aboyeurs et de falsificateurs, là où il aurait fallu mettre en débat l’efficacité du système et de ses trop nombreux élus qui le confisquent pour des raisons qui ne concernent pas toujours le service aux habitants des territoires.

Nous avons eu une campagne minable rythmée par de faux débats et des sondages indigents. Les politologues qui prennent souvent leurs analyses pour la réalité se sont plantés dans les grandes largeurs. Les sondeurs seraient peut être meilleurs pour classer les abstentionnistes en fonction de leur famille politique d’origine plutôt que de chercher à savoir pour qui vont voter les 33 % d’électeurs qui participent.

Le danger pour la démocratie n’est pas l’abstentionnisme, mais la classe politique elle-même qui en est à l’origine et les médias dont le métier n’est pas la promotion de la démocratie mais de vendre de la pub.

 

Alors, l’abstentionniste, électeur capricieux, enfant gâté qui crache dans la soupe démocratique ou citoyen déçu, démuni devant l’incurie politique ? Je retiens la seconde proposition.

Le système politique doit faire son examen de conscience.

En est-il seulement capable ?

Ce serait surprenant : la gamelle est bonne.

 

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