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22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 08:20

Premier point, fondamental, me semble-t-il, l’Ukraine est un pays souverain. Par conséquent, « l’opération militaire spéciale », autrement dit la guerre, décidée par Poutine, est totalement illégitime.

Le « narratif »

Examinons maintenant l’argumentaire (le narratif), de Poutine pour justifier cette entrée en guerre puisqu’après 26 jours d’offensive, il faut désormais appeler les choses par leur nom.

Au-delà de ses visées impérialistes, de sa lecture des équilibres géopolitiques en Europe et de son équation personnelle, il suffit de reprendre le début de son discours au peuple russe pour déceler qu’il pensait être accueilli en quasi libérateur, en faisant vibrer la fibre patriotique, amicale, familiale et religieuse :

« Je tiens à souligner une fois de plus que l’Ukraine n’est pas pour nous un simple pays voisin. Elle fait partie intégrante de notre propre histoire, de notre culture et de notre espace spirituel. Il s’agit de nos amis et de nos parents, ce qui inclut non seulement les collègues, les amis et les anciens combattants, mais aussi les parents et les personnes qui nous sont liées par le sang et les liens familiaux ».

Visiblement, cela n’a pas marché et les tanks russes n’ont pas été accueillis avec des fleurs, ni avec le pain et le sel par la population, et l’appel à l’armée ukrainienne à déposer les armes dès les premiers jours a été un fiasco.

De lourdes pertes ont été enregistrées par l’armée russe dont on avait dit qu’elle allait subvertir l’Ukraine en quelques jours. Le retour des cercueils au pays sera dramatique et le nombre de « disparus » sera important. Cette guerre ressemble de plus en plus à un long chemin de croix pour Poutine. Elle est révélatrice des faiblesses de son organisation, de son intendance et de ses services de renseignements.

Sur le terrain, les Ukrainiens contestent la présence des troupes russes ce qui contribue à saper un peu plus leur moral. Alors pour reprendre la main, Poutine, aux abois, fait appel à des supplétifs Tchétchènes, Syriens, et autres mercenaires, y compris la société Wagner, vraisemblablement pour colmater les brèches et fait ce qu’il a déjà fait à Grozny et à Alep, c’est-à-dire raser les villes par des bombardements intensifs, oubliant « ses amis, les anciens combattants, les parents, les collègues et les personnes qui nous sont liées par le sang (!) et les liens familiaux ».

Toute vérité n’est pas bonne à dire

Ce narratif biaisé et l’absence d’informations en Russie sur ce qui se passe réellement en Ukraine sont donc destinés avant tout à la population russe qui est sommée d’adhérer au récit présenté par les médias officiels à la botte de Poutine et de manifester son enthousiasme.

Les reportages doivent être dument validés par le Ministère de la défense, mais comme cela ne suffit pas, un certain nombre de mesures concernant les libertés en Russie ont fait l’objet de modifications autoritaires dignes d’un régime dictatorial :

  • L’organisme de régulation des médias Roskomnzador a donné l’ordre de ne diffuser que « les informations de sources officielles russes ».
  • Le parlement a adopté une loi « contre les fausses informations » qui fait peser le risque de 15 ans de prison.
  • Le slogan « non à la guerre » est passible de 3 ans de prison selon le texte qui interdit de « discréditer les actions de l’armée russe ».

… sans oublier l’interdiction de médias et des réseaux sociaux et celle de manifester contre la guerre.

A côté de ce dispositif répressif Orwellien, il y la contestation de toutes les sources occidentales d’information qualifiées d’illégitimes et de mensongères, y compris sur ce site, par certains rédacteurs aux ordres. Sauf qu’en occident, nous avons accès à des images de la télé officielle russe qui nous donnent une idée du « traitement » de l’information, grossièrement mise en scène. De leur côté, les russes ne peuvent plus comparer les récits avec d’autres sources, interdites désormais, et se faire leur propre opinion.

 

Quelques éléments d’analyse complémentaire

Il s’agirait de combattre une « Junte », ce qui renvoie à un régime tenu par les militaires. Cette comparaison trouve toute sa saveur lorsqu’on sait que la compagnie Wagner proche du Kremlin protège actuellement le gouvernement des colonels au Mali dont les troupes sont soupçonnées d’exactions vis-à-vis de la population.

Bien évidemment les dirigeants ukrainiens sont « drogués » et il s’agit par ailleurs de protéger les russophones et les russophiles et de répondre sans doute  « à leur aspiration de retour à la mère patrie » (ce qui ne semble pas se confirmer sur le terrain, (les bombes ne faisant pas le tri)

Il s’agit de « dénazifier » le pays sans que l’on puisse obtenir des éléments tangibles sur ce point (qui, combien,…) sachant qu’il existe une frange de l’armée qui s’est égarée dans cette voie (dont le bataillon Azov), ce qui laisse craindre que ce qualificatif soit utilisé largement dans les purges et ne finisse en tueries organisées. Précisons tout de même que le Président Ukrainien et son premier ministre sont juifs, ce qui donne toute sa « dimension à l’argument de la « dénazification »

En résumant, ce serait comme si la France décidait d’attaquer la Belgique au nom de la francophilie et de la francophonie et décide de pousser un peu dans les Flandres pour y traquer les derniers nostalgiques du nazisme.

Enfin, on parle de « génocide » au Donbass et ce propos est repris par des « journalistes » qui cherchent à en convaincre la population en posant des questions biaisées.

Les mots ont un sens qu’on oublie. Il faut dire aussi que le terme « prise d’otage » est couramment utilisé aujourd’hui pour désigner les « victimes » d’une grève, et que le terme de génocide peut trouver à s’appliquer aussi aux victimes d’accidents de la route ou de la pollution. Alors, pourquoi ne pas faire référence à ces mots ou expressions banalisées quand on veut absolument faire la guerre… quitte à redonner à ces mots leur sens premier ?

Rappelons que les termes de génocide, comme ceux de crimes de guerre ou contre l’humanité ne relèvent pas de la simple affirmation d’un quidam mais qu’ils demandent à être documentés et prouvés après des enquêtes indépendantes avant d’éventuels procès et condamnations. Les deux parties, Russie et Ukraine, auraient-elles été prêtes à en accepter et en faciliter la tenue pour faire la lumière sur la responsabilité éventuelle de chaque partie et ainsi éviter la guerre ?

Il semble que cela n’ait pas été la préoccupation première de l’instigateur de cette guerre.

 

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