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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 16:44

20 heures sur France 2, Pujadas annonce d’une voix grave les résultats du second tour des départementales. Les mots sont trop faibles pour décrire ce qui s’est passé : séisme, défaite historique, déculottée, coup de tonnerre,… Tout y passe.

Pensez-donc, le Front National détient la majorité dans 5 départements et participera à l’exécutif de 7 autres grâce aux accords passés avec les sections locales de l’UMP entre les deux tours. Le P.S. et ses alliés radicaux sont laminés et perdent 35 Départements. Les centristes tirent leur épingle du jeu dans certains départements grâce à des apports de voix d’électeurs de l’UMP dégoûtés par le retour de Sarkozy. Ils gagnent aussi quelques départements avec parfois l’aide de l’électorat socialiste dont les candidats ont été éliminés dès le premier tour.

Débat en direct

Après cet énoncé et les premières réactions en direct dans les PC des principaux partis, le débat s’organise dans le studio autour des seconds couteaux des partis et des représentants des instituts de sondages qui apportent leur éclairage.

C’est ainsi que l’on apprend, selon un enquête à la sortie des urnes, que la nouvelle percée du FN dans les zones rurales est due majoritairement aux agriculteurs que l’on pensait réticents envers ce parti, favorable à la sortie de l’Europe, donc à la fin de la Politique Agricole Commune et de ses subventions.

Aussitôt, le politologue de service intervient pour dire qu’il n’est pas surpris, et ce, pour deux raisons : voter FN aux départementales n’aura aucune conséquence à court terme sur les acquis de la PAC et selon les informations dont il dispose, des contacts ont eu lieu entre les deux tours entre le FN et les syndicalistes agricoles tendant à ce que le combat anti européen de ce parti cesse en contrepartie d’un ralliement durable de la profession.

Cette annonce en direct fait l’effet d’une bombe, mais pour les observateurs de la vie politique française faite de renoncements successifs et d’abandon des promesses électorales, c’est la seule voie offerte au FN s’il veut enfin parvenir au pouvoir. Bien entendu, la classe ouvrière qui aura servi de marchepied à ce parti, aura sans doute le sentiment d’avoir été instrumentalisé, mais n’est-ce pas dans les habitudes des partis politiques ?

Pas un mot sur le plateau pour contredire le représentant du FN qui répète en boucle que le Front est le premier parti de France, malgré les 60 % d’abstentions et de votes blancs. Les politiques présents font profil bas sur ce point, compte tenu de leurs responsabilités évidentes sur cette évolution constante et le fait que les compétences définitives des Départements n’étaient pas encore connues avant les deux tours du scrutin.

Pour faire bonne mesure, sur le plateau de France 2, les représentants des centristes et de l’UMP, voulant masquer leurs demi-succès, voire leurs défaites, réclament à cor et à cris la dissolution du Parlement.

Rien de nouveau sous le soleil, donc, sinon que le FN continue tranquillement sa progression dans le paysage politique français sous les yeux des autres partis, impuissants ou complaisants, depuis le 21 avril 2002.

Pendant ce temps, à l’UMP…

Sarkozy, comme à son habitude engueule tout le monde en oubliant ses propres responsabilités dans la déroute de ses troupes et promet des sanctions exemplaires pour ceux qui se seront alliés au FN entre les deux tours, promesses destinées aux médias et qui ne tiendront que quelques heures. NKM appelle discrètement le Président de l’UDI pour savoir s’il n’y aurait pas quelques postes dans les exécutifs centristes nouvellement élus, pendant que Wauquiez fait de même avec son contact au FN. Juppé, de son côté, qui joue au billard à trois bandes fait la même chose avec le PS et prévoit quelques ralliements respectifs.

Quelques fédérations UMP prennent également discrètement des contacts avec l’UDI ou le FN, pour négocier leur ralliement, poussés par les adhérents de base qui demandent déjà la démission de celui qu’ils considéraient comme un Dieu quelques mois auparavant, mais qui semble désormais davantage préoccupé par sa survie politique et judiciaire et son compte en banque qu’il alimente régulièrement en faisant des conférences.

Les démêlés judiciaires des époux Tibéri et des époux Balkany (dont on ne connaîtra pas le sort avant 15 ou 20 ans) se superposent à cette image dégradée du Président de l’UMP et poussent les militants à quitter le navire.

Le trésorier de l’UMP perçoit déjà les affres financières et judiciaires qui attendent le parti, devenu moribond et qui ne pèse quasiment plus rien sur l’échiquier politique Français.

Pendant ce temps, au P.S….

Rue de Solférino, c’est le calme plat. Il faut dire que le parti conscient de sa déconfiture, n’avait pas prévu de réception pour les militants qui d’ailleurs se font de plus en plus rares. Leurs seules manifestations, ces derniers temps, furent des mails et des coups de fil peu amènes pour les dirigeants du parti et de manière plus large pour un gouvernement dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Le P.S. est désormais un astre mort et le message d’attente du téléphone serine en boucle « le temps des cerises », hymne d’un autre temps.

Les recalés du suffrage universel, et ils sont nombreux, s’agitent et grenouillent dans tous les sens pour trouver un point de chute, qui dans un cabinet, qui dans une collectivité territoriale, qui leur permettra de rester au chaud en attendant des jours meilleurs et surtout éviter l’humiliation suprême d’avoir à pointer au pôle emploi.

Pendant ce temps à l’Elysée…

Passé le moment de l’abattement, les conseillers ont repris leurs occupations, et elles sont nombreuses, puisque le Président a décidé dans un premier temps de rameuter le ban et l’arrière ban du PS, y compris les représentants des frondeurs, et des radicaux de gauche pour faire un point.

Un buffet abondant les attend dans la salle des fêtes de l’Elysée.

Le Président, flanqué de son labrador et de son secrétaire général s’avance, l’air guilleret, et serre les mains, à la grande stupéfaction des présents qui se demandent s’il a bien pris connaissance des résultats ou alors s’il est en pleine possession de ses moyens.

Il prend le micro et invite ses convives à se servir copieusement, et annonce d’une voix claire et enjouée : « Mes chers camarades, voici bientôt trois ans que j’attendais ce moment. Nous sommes à poil. Après la défaite des municipales, la déroute des Départementales. C’était prévu ! Rien de tel pour provoquer un réflexe salutaire de cohésion qui commençait à faire défaut, au point que je me demandais si la fin de mon mandat ne serait pas placée sous le signe permanent du 49.3. Rien de tel qu’une bonne branlée électorale pour resserrer les liens et ramener au bercail les brebis égarées. Voilà ce que je vous propose : les municipales et les départementales sont désormais derrière nous et nous devons maintenant travailler pour gagner les régionales. J’exige que le projet de loi sur la répartition des compétences entre les départements et les régions soit voté comme un seul homme par la majorité à l’Assemblée Nationale dans les termes initiaux, c’est-à-dire qu’on siphonne dans un premier temps les compétences départementales intéressantes pour les confier aux régions et qu’on supprime le Conseil Général à l’horizon 2020, comme prévu. Comme ça, en attendant un enterrement de 1ère classe de leur joujou, les nouveaux exécutifs départementaux de droite et d’extrême droite en seront réduits à inaugurer les chrysanthèmes et à faire la bise aux centenaires dans les maisons de retraites. On expliquera ça au français, chiffres à l’appui, en leur disant qu’on fera des économies. »

Un silence stupéfait s’installa dans la salle et les plus vifs intellectuellement, enfin ceux qui n’avaient pas noyé leur chagrin dans le Pommard, se mirent à cogiter, applaudirent à tout rompre et ré attaquèrent le buffet.

« Attendez, ce n’est pas fini, reprit le Président, il nous faut travailler également sur l’horizon 2017 et je vous propose donc de signer un accord de gouvernement avec les écolos et le Front de Gauche pour les deux années à venir, sur la base de mon discours du Bourget, avec bien sûr, les quelques postes ministériels ou dans des commissions qui vont avec. Il n’est pas exclu non plus que je passe un coup de fil à Bayrou, on ne sait jamais, on pourrait en avoir besoin… »

C’est peu de dire que la perspective de bosser avec Mélenchon ou Dufflot ne réjouissait pas tout le monde, mais enfin, si c’était le prix à payer pour garder la majorité, les mandats et les indemnités qui vont avec et continuer à tutoyer les ors des palais présidentiels…

Il faudrait sans doute expliquer ce revirement aux militants et aux électeurs, mais en fait il suffirait de dire que cette stratégie avait été pensée dès 2012 et le tour serait joué…. De toute façon, les électeurs désespérés s’abstenaient davantage à chaque scrutin ou votaient pour le FN et avaient à nouveau besoin de rêver.

Les derniers petits fours eurent du mal à passer.

Plus rien à perdre. Cela valait peut-être le coup d’essayer…

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